Vampire at Midnight – Gregory McClatchy

Vampire at Midnight. 1988

Origine : États-Unis
Genre : Thriller horrifique
Réalisation : Gregory McClatchy
Avec : Jason Williams, Gustav Vintas, Lesley Milne, Esther Elise…

Et allez, encore un ! Encore un cadavre retrouvé vidé de son sang à Los Angeles ou dans les environs. La police piétine tandis que les médias font leurs choux gras des exactions de ce qui passe désormais pour “le gang des vampires”. Bien qu’on ne lui ait pas confié l’affaire, le flic Roger Sutter s’y penchera malgré tout de près après le meurtre du collègue en charge. Enfin ceci dit, il aimerait tout autant se pencher sur Jenny, sa belle pianiste de voisine. Mais il n’est pas le seul : le hasard voudra que le célèbre hypnothérapeute Victor Radikoff croise la route de Jenny et, grigri aidant, s’attire ses bonnes grâces et la soumette à son influence vampirique. Car oui, Radikoff n’est nul autre que le vampire en chef !

Modeste série B remplie de quasi débutants à tous les étages (seule la tête d’affiche n’est pas tout à fait inconnue, Jason Williams ayant tenu le rôle-titre de Flesh Gordon), Vampire at Midnight a le mérite de ne pas chercher à s’aventurer sur un terrain qui lui serait hostile. C’est à dire que son vampire, ou ses vampires puisque le Dr. Radikoff dispose de quelques serviteurs, n’est pas du genre à se fixer dans des ruines gothiques poussiéreuses, à se transformer en chauve-souris ou à prendre des allures de goules. C’est au contraire un fieffé mondain, ce qui lui facilite grandement la tâche de dégotter des victimes de préférence jeunes et pulpeuses. Si Dracula s’enracinait dans les traditions de ses Carpates natales et composait avec des villageois superstitieux, Radikoff est un pur produit californien : toujours en costard, il se donne un style intellectuel entretenu par les propos new age avec lesquels il vante son art, l’hypnose, dont les rombières et les rombiers de tous âges semblent être friands vu le succès des conférences qu’il donne. Du coup, le petit malin ne joue guère sur ses charmes (tout relatifs au demeurant) et privilégie l’hypnose pour soumettre ses victimes, que ce soit pour les vider de leur sang ou, pour les plus veinardes, les vampiriser et en faire des servantes. Ce qui en fait un vampire bien plus civilisé que ses collègues de l’ancien monde, toujours à se faufiler par des fenêtres ouvertes et à jouer de leur force pour planter leurs crocs. Radikoff, lui, ne plante pas de crocs : il taillade bien proprement avec un couteau et s’abreuve à cette fontaine sans tacher son veston Armani. Le réalisateur Gregory McClatchy emploie avec une certaine intelligence ce postulat non seulement pour éviter d’avoir à concocter des effets spéciaux élaborés, mais aussi voire surtout pour donner une identité propre à son vampire, laissant planer l’ambiguïté sur sa véritable nature : vampire réel ou bien simple tueur se prenant pour tel grâce à des dons pratiquement surnaturels d’hypnotiseur ? Le mystère ne vole pas bien haut, mais au demeurant ce qui importe surtout est la volonté de montrer un être vampirique doté d’un certain standing qui n’est pas sans évoquer l’image un peu chic que les vampires adopteront la décennie suivante dans la mouvance d’Entretien avec un vampire. Il y a donc de l’idée derrière tout cela. Par contre, la concrétisation laisse à désirer : Victor Radikoff et son charabia ésotérique éculé (“vos paupières sont lourdes !“) n’est pas charismatique pour un sou, surtout lorsque l’on est obligé de le subir dans son calamiteux doublage français (et encore, ce n’est rien par rapport aux personnages secondaires… la palme revenant à une figurante dotée d’un accent snobinard pour le moins excessif). Il souffre également du fait que son environnement traduise un évident manque de budget -et d’expérience- : ainsi, ses meurtres en série n’ont pas bien l’air d’ébranler la société, son champ d’action est réduit, son antre se limite à une décoration minimaliste très “art contemporain” et les quelques hallucinations qu’il provoque se limitent à une invasion de fumigènes. De même, ses méfaits peinent vraiment à convaincre, notamment lorsqu’il s’en prend à des personnages parachutés soudainement dans l’intrigue dans le seul but de se faire dessouder. Tel ce couple de (break)danseurs qui ne fait guère sérieux pour un tueur “de la haute” et qui phagocyte les velléités classieuses du film en imposant un soudain retour aux années 80 dans ce qu’elles ont de plus outrancier. Et n’épiloguons pas sur Raoul, cet ado rockeur apathique, serviteur de Radikoff et adepte de la coupe mulet qui trouvera sa seule utilité dans un final enlevé, tout en rebondissements -dont ceux de l’héroïne.

Bien intentionné mais maladroit dans le traitement original qu’il voudrait réserver à son vampire, Gregory McClatchy tombe dans les mêmes travers lorsqu’il s’agit de ses “héros”. Il cède déjà à la facilité du cliché pour le principal personnage féminin, Jenny, une vraie potiche comme plus grand monde n’ose en faire : belle, blonde, avec histoire personnelle difficile (d’ailleurs sa poignée de porte ne tient plus… la poisse !), sans protection, cible privilégiée de Radikoff… et bien entendue dotée d’une conséquente poitrine qui sera dévoilée sous un argument fallacieux lors du climax. Bref, tout pour s’attirer les grâces de Roger, cet Inspecteur Harry de moindre envergure qui à force de ne pas respecter le règlement sera mis à pied par l’institution policière incarnée par un chef tout juste bon à chouiner. Mais son côté dur à cuir est mis à mal par une vie personnelle et un rythme de travail pour le moins nonchalants. Entre deux sauteries avec une collègue (ne le dites pas à Jenny !), Roger nourrit et bavarde avec Frankie, son poisson rouge, s’engueule pour aucune raison valable avec son patron, espionne Jenny par la fenêtre avec des jumelles, suit vaguement le dossier du vampire à la télé, et éventuellement, pendant la pub, jette un œil sur les éléments du dossier. Même lorsqu’il tient une piste concrète en réussissant à occire une acolyte de Radikoff (lequel s’enfuit par l’escalier), il ne pousse pas au-delà les investigations avant que sa relation avec Jenny n’en soit affectée. En bref, cet homme a l’air de s’emmerder. Ce en quoi il n’est pas si loin du spectateur, qui à vrai dire trouve tout cela bien mou. Et McClatchy de s’égarer dans des faux-semblants histoire de meubler : les breakdancers mentionnés plus haut et plus généralement les victimes sorties du chapeau, le spectacle -désopilant il va sans dire- d’un humoriste visé par Radikoff, plusieurs plans d’actrices à poil. Un cahier des charges standard pour une série B qui ne l’est pas moins. N’empêche que malgré sa lenteur, ses personnages idiots et ses clichés, il se dégage malgré tout un certain charme de ce Vampire at Midnight qu’on pourrait visiblement également trouver sous ce titre de thriller vaguement érotique qu’est Dangereuses tentations (mentionné au générique). Appelons ça le charme de la modestie, avec un réalisateur qui a eu quelques bonnes idées mais qu’il n’a pas su ou pas pu exploiter convenablement pour en faire une vraie bonne série B solide. N’empêche que ce genre de produit un peu amateur, décontracté, fait de bric et de broc, manque un peu dans le paysage de la série B actuelle (la vraie, pas celle issue des studios), qui foisonne de productions numériques incapables de trouver un équilibre entre l’humour, les références plus ou moins appuyées et les tentatives d’innovation. Ou bien ce genre de production existe-il encore mais se retrouve noyé dans une masse balancée à la télévision ou plus certainement encore sur internet.

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