Le Fils de Godzilla – Jun Fukuda

Kaiju shima no kessen : Gojira no musuko. 1967

Origine : Japon
Genre : Kaijuju agaga
Réalisation : Jun Fukuda
Avec : Akira Kubo, Beverly Maeda, Tadao Takashima, Akihiko Hirata…

Sur une île isolée du Pacifique, une petite troupe de scientifiques travaille dans le plus grand secret à un projet fou supervisé par l’ONU : la modification du climat. Le but ? Rendre les déserts fertiles. Pris d’aigreur gastrique, signe selon lui infaillible qu’un bon sujet est dans le coin, un reporter qui survolait la zone s’y parachute et se voit confier la responsabilité de la popotte et du linge. Sur ces entrefaites, un premier test climatique fructueux provoque -radiations obligent- la croissance des mantes religieuses locales, déjà bien grosses pour les normes continentales. Bestioles qui s’en vont illico déterrer un œuf pour tenter de bouloter ce qu’il y a dedans. Et qu’est-ce qu’il y a dedans ? Nul autre que Minilla, un bébé de la même espèce que Godzilla. Lequel débaroule sur place pour sauver celui qui est désormais son fils adoptif, sous le regard ému du reporter et de la seule autochtone de l’île.

Bon… Au moins les choses sont claires : on ne prend plus de gants du côté de la Toho pour plonger la franchise Godzilla dans le grand n’importe quoi. Et cela en faisant des économies d’argent et de talents (le réalisateur Ishiro Honda, le responsable des effets spéciaux Eiji Tsuburaya, et le compositeur Akira Ifukube). Co-produit au même moment avec des américains, La Revanche de King Kong a été clairement privilégiée, laissant le gros lézard dans les mains des responsables du déjà bien léger Godzilla, Ebirah et Mothra : Duel dans les mers du sud. On retrouve donc Jun Fukuda en maître d’œuvre, pour une histoire qui comme le précédent volet se passe sur une île déserte, ce qui permet de s’éviter la constitution de maquettes amenées de toute façon à être dégommées au fur et à mesure. Quelques cabanes feront aussi bien l’affaire. Car au stade où nous en sommes, Godzilla et son potentiel ravageur n’impressionne plus grand monde. Les personnages constatent la présence de Godzilla comme ils constateraient la présence de nuages orageux et partent se cacher comme ils se protégeraient d’une averse. Pourquoi alors s’embêter à le faire détruire quoi que ce soit ? Et puis de toute façon, dans Le Fils de Godzilla (titre que par soucis de mieux coller au contenu on préférera à l’appellation “La Planète des monstres” sous lequel il fut également vendu), toute forme de danger est tellement loin que même les autres kaiju ne sont guère perçus autrement que comme des curiosités zoologiques. Ils n’ont en tout cas aucune velléité de mettre en péril l’humanité, se contentant de vivre leurs petites vies qui de mantes religieuses (il y en a 3 et les Kamacuras sont leurs noms) et qui d’araignée (Kumonga). Bien sûr, ils peuvent parfois mettre en péril les personnages humains qui traînent dans leurs pattes, et ils escomptent bien ne faire qu’une bouchée de ce plat de choix que serait Minilla, mais n’y voyons pas malice : ils ne font que ce que leur dit leur instinct. Nés de la radioactivité, ils n’en sont pas moins naturels. A des coudées de King Ghidrah le dragon à trois têtes venu détruire l’humanité quelques films plus tôt, ils ne sont en fait là que pour faciliter l’éducation de Minilla à ce monde de brutes.

Le Fils de Godzilla ne s’inscrit donc pas vraiment dans la lignée de la saga telle qu’on l’imagine. Il n’est en fait que l’aboutissement -qu’on espère ultime- du glissement du monstre vedette vers le camp du bien. Puisque le Godzilla protecteur ne suffisait plus, la tendance était à son anthropomorphisme avec comme ambition ouverte de le rendre non seulement sympathique, mais également rigolo. Lui balancer un bébé Godzi correspond très bien à cette vision et permet de décupler ces attributs infantilisants. Tant et si bien que nous sommes ici face à un film s’adressant ouvertement aux enfants, avec quelques appels du pied à un public adulte émotif. Car, débutant dans la vie, le bébé Godzilla se définit légitimement par sa vulnérabilité et par sa maladresse. Des passages obligés qu’une éducation auprès de papa permettra de corriger. D’où la ribambelle de scènes éducatives dans lesquelles l’ex terreur du Japon montre les ficelles du métier de Kaiju à junior. Comment cracher du feu, comment rugir, comment se battre, bref le quotidien d’un monstre géant. Crétin en soit, ce principe s’accompagne bien entendu d’un humour au ras des pâquerettes né des maladresses de Minilla : ses ronds de fumée ratés en lieu et place du feu destructeur, ses gadins en marchant sur des cailloux, ses crises de colère lorsqu’il est contrarié et puis bien sûr son rugissement ressemblant à un jappement de chien mis en écho. Tout ceci est censé faire rire mais également attendrir, à l’image de son petit cri pour appeler son “papa”. Lequel, en bon paternel, sait à la fois faire preuve de fermeté mais également de tendresse. On imagine déjà les “hihihihi” les “ôôôôh” et les “ââââh” que cela provoquera dans une salle de cinéma (mais pas en France, où le film dût attendre la VHS pour être visible). D’autant que le look de Minilla a été calibré pour faciliter l’affection : loin d’être le monstre écailleux qu’est son père, c’est une petite chose potelée et bien lisse au regard innocent si ce n’est bovin. De quoi attendrir les foules lorsqu’il se trouve en fâcheuse posture (pas trop quand même : la musique façon dessin animé indique qu’il ne faut pas s’inquiéter) face aux Kamacuras ou à Kumonga. Antagonistes qui soit dit en passant n’incarnent que le tout-venant des monstres de la saga, se contentant d’être la version géante des animaux standards. Du reste, plus généralement, sur la question des effets spéciaux le film ne répond pas non plus aux attentes avec ses problème de proportions et de textures. Ne parlons pas des prises de catch lorsque Godzilla vient à la rescousse du fiston, ce qu’il fait immanquablement avant d’être secouru à son tour par lui lors de l’attendrissant combat final contre Kumonga. Mais bon, qui s’en soucie vu ce qu’il y a à montrer ?

Au-delà des kaiju ou ce qu’il en reste, Le Fils de Godzilla incorpore aussi une petite bande d’humains qui ne sont pas follement utiles, mais qui permettent de ne pas faire un film sans autre dialogue que les “papa” (enfin en langue kaiju) de Minilla. Censée expliquer la soudaine croissance des monstres (qui étaient déjà géants au début), l’expérimentation vaseuse sur le contrôle du climat ne mène à rien, n’est même pas pensée pour être un minimum crédible (bien que toutes leurs installations soient détruites à la fin du film, ils peuvent malgré tout la reproduire). En revanche, les personnages permettent plus ou moins d’oublier que le film est dépourvu de toute forme d’histoire en apportant à moindre frais une dose d’aventure. Paradoxalement et vu le niveau d’ensemble, c’est peut-être ce qu’il y a de plus intéressant à se mettre sous les yeux. Comment échapper aux soudaines variations de la température, à la fièvre tropicale, à la toile de Kumonga, nourrir le gazouillant Minilla lorsque son père a le dos tourné, voilà encore ce qui meuble le plus efficacement. Par contre les personnages sont au niveau de l’ensemble, et donc quelque peu débiles. Entre cette autochtone particulièrement cruche qui gambade en ricanant comme une idiote, ce reporter enamouré qui joue les héros et ce leader scientifique qui prend la pose du vieux sage sans jamais rien proposer de constructif, nous avons là une belle brochette. Guère impressionnés par ce qu’il se passe autour d’eux -il est vrai qu’après 8 films, les monstres géants sont devenus communs-, ils ont en revanche une nette tendance à décrire ce qui se trouve sous leurs yeux, dans la plus grande tradition des dessins animés japonais avec lesquels ils partagent un surjeu parfois proche de l’hystérie. D’ailleurs à y réfléchir, si la saga avait continué sur cette pente, elle aurait très bien pu devenir un dessin animé matinal pour têtes blondes. Certains pourront trouver un certain charme à tant d’infantilisation, mais plus sûrement nous n’y verrons qu’une dégénérescence commerciale d’un kaiju souffrant de sa propre popularité auprès des petits et des grands. Voire des tous petits, comme ici.

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