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Histoires fantastiques 2-15 : Lucy – Nick Castle

Amazing Stories. Saison 2, épisode 15.

The 21-inch sun. 1987.

Origine : États-Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : Nick Castle
Avec : Robert Towsend, Michael Lerner, Craig Richard Nelson, Robert Stan.

Billy Burliss vit de sa prose en tant que scénariste. Mais pas n’importe quel type de scénariste puisqu’il écrit exclusivement pour des sitcoms. Une écriture qui demande un sens du gag et du rythme élevé et une discipline de fer. La discipline, Billy l’a. Il vit seul, ne compte aucuns amis et n’a donc aucune source de distraction. En revanche, il lui manque le petit coup de pouce du destion qui lui mettrait le pied à l’étrier. Alors quand un beau jour, il reçoit l’appel du producteur Dick Castel qui recherche un scénariste pour son sitcom Easy Come, Easy Go, Billy Burliss est prêt à tout accepter, même de rédiger le traitement d’un épisode entier en une seule nuit. Sauf qu’il doit se rendre à l’évidence, il a présumé de son talent. La nuit avance et il n’arrive à rien. Au matin, il s’apprête à rendre son tablier lorsqu’il apperçoit sur son bureau le scénario d’un épisode parfaitement rédigé et signé de sa main. Son texte est accepté et pour lui, tout change, sa carrière décolle enfin. Mais comment ce prodige a-t-il bien pu avoir lieu ?

Quelque peu oublié aujourd’hui, sauf de quelques férus de croquemitaines et du cinéma fantastique des années 80, Nick Castle a réussi à faire son trou à Hollywood grâce à ses relations. Grand pote de John Carpenter depuis l’université, il fait partie de son groupe de musique The Coupe de villes, qui compte comme troisième membre Tommy Lee Wallace (Halloween 3 : Le Sang du sorcier, Vampire, vous avez dit vampire ? 2, Ça), et participe en tant qu’acteur à Dark Star. Mais son rôle le plus emblématique, il l’obtient en 1978 en jouant nulle autre que la figure du Mal dans Halloween : La Nuit des masques, baptisée The Shape aka Michael Myers. Après avoir participé à l’écriture de New York 1997, Nick Castle monte en grade et passe à la réalisation à la faveur de TAG, le jeu de l’assassinat en 1982. Mais son oeuvre emblématique, il la signe en 1984 avec Starfighter dont les scènes de combats spatiaux ont été générées par ordinateur. Un choix d’une logique sans faille puisque l’intrigue se construit autour du jeu d’une borne d’arcade où il est question d’une bataille spatiale dont le héros va découvrir qu’elle se déroule réellement et qu’il pourrait y jouer un rôle crucial. A cet écran vidéoludique annonciateur de folles aventures, Nick Castle substitue dans Lucy le plus traditionnel écran de télévision. L’originalité tient alors moins à l’appareil qu’à celui qui s’en nourrit, une plante verte pour laquelle cet écran allumé en continu fait figure de soleil de 21 pouces, traduction littérale du titre original.

Cet élément fantastique joliment animé conserve toute sa candeur par une volonté de ne pas chercher à l’expliquer. Passée une surprise bien légitime, Billy Burliss accepte la situation. C’est d’autant plus facile pour lui qu’il en tire un profit immédiat – il est engagé sur la sitcom en tant que scénariste attitré – et que cette révélation vient rompre sa solitude. Le coeur battant de l’épisode réside là, entre des réminiscences du cinéma de Steven Spielberg (comment ne pas penser à E.T.) et l’illustration du rêve américain dans ses à-côtés les plus sordides. Billy Burliss, c’est ce type plein d’enthousiasme qui a tout quitté pour rêver plus grand et qui au final n’arrive pas à faire décoller sa carrière. Il doit des mois de loyers à sa logeuse, vit en reclus dans son appartement et se fait envoyer sur les roses à chaque fois qu’il propose un scénario. Ses rêves de grandeur prennent du plomb dans l’aile laissant le doute prendre le pas sur son inspiration. A force de refus, il ne se fait plus suffisamment confiance et manque clairement d’un soutien… que Lucy finit par lui apporter de manière disproportionnée. Ne voulant plus jouer les potiches, Lucy prend la carrière de Billy à son compte, veillant non seulement à la qualité de ses textes mais aussi à ce qu’il ne se brûle pas les ailes. Elle tendrait à agir en ange gardien or, c’est une autre petite musique qui se joue à nos oreilles. Car si grâce à elle, Billy connaît le succès, il reste prisonnier de son travail. Et le seul écart qu’il s’autorise se voit immédiatement sanctionné. La réussite aurait donc un prix, celui d’une aliénation totale à son travail au mépris de toute vie sociale. C’est comme si Billy avait passé un pacte faustien auprès de Lucy. Sauf que dans la logique du récit, cette malédiction est présentée comme une bénédiction. L’accomplissement de son rêve vaut bien tous les sacrifices et le sourire que Billy affiche après avoir divulgué son pôle de scénaristes vaut renoncement. L’artisan est devenu un chef d’entreprise en quête de profits.

Sous ses airs de conte de fées tout mignon, Lucy apparaît comme un parfait instantané de l’ère Reagan. Cela tient d’une part à la place prépondérante qu’occupe le poste de télévision, dépeint tout à la fois comme un compagnon de solitude et une source inépuisable de savoirs et d’émancipation. Et surtout dans cette manière de glorifier la réussite vue comme une fin en soi. L’élément fantastique devient alors un outil de cette ascension sociale qui nous est montrée comme allant de soi, seule fin acceptable d’un épisode au merveilleux très orienté.

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