Les Pilleurs – Walter Hill
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Trespass. 1992.Origine : États-Unis
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Alors qu’ils interviennent dans un immeuble en flammes, les pompiers Don et Vince tombent sur un drôle d’olibrius qui, plutôt que son enveloppe corporel préfère sauver son âme. Après avoir fait acte de repentance et remis des documents aux deux pompiers, il se jette volontairement dans le brasier. Abasourdis, les deux collègues le sont encore plus lorsqu’ils découvrent la teneur des documents qui leur ont été remis. Ils se retrouvent en possession d’une carte aux trésors menant au fruit d’un larcin perpétré 50 ans plus tôt dans une église. Sous l’impulsion de Don, les deux hommes se rendent sur les lieux, une usine désaffectée dans la ville de St-Louis. Sur place, rien ne se passe comme prévu. Le trésor reste introuvable, un squateur s’en prend à Vince et pire que tout, King James, un chef de gang, choisit justement cet endroit pour régler son compte à un concurrent. Témoin de la scène, Vince s’attire les foudres du baron de la drogue et de ses sbires. Il ne doit qu’à la promptitude de Don de s’en tirer à bon compte. Enfin, momentanément puisque les deux hommes sont pris au piège, ne pouvant compter que sur leur otage, le frère de King James, pour espérer pouvoir se tirer d’affaire.

Comme pour mieux se remettre de l’échec de Johnny belle gueule, Walter Hill accepte la proposition de Eddie Murphy pour réaliser 48 heures de plus. Un film clé en main qu’il réalise en pantoufles pour un résultat en deça de 48 heures mais qui rapporte bien plus. Fort de ce succès, il a les coudées franches pour son projet suivant. Celui-ci lui est apporté sur un plateau par Neil Canton, qui pour l’occasion a ressorti des placards un scénario vieux d’une bonne quinzaine d’années écrit par Robert Zemeckis et Bob Gale, sorte de variation autour du classique Le Trésor de la Sierra Madre de John Huston. Robert Zemeckis, Walter Hill le connaît bien pour s’être lancé avec lui – entre autres – dans l’aventure des Contes de la crypte sur la chaîne HBO qui a été pour lui une bouffée d’oxygène le temps de trois épisodes. Il retrouve d’ailleurs pour l’occasion William Sadler, son bourreau zélé du premier épisode de cette même série Le Bourreau en mal d’exécution. Plutôt rompu aux seconds rôles, sa présence au générique associée à celle de Bill Paxton, plus connu mais pas au point d’en faire une vedette, atteste d’une volonté de Walter Hill de renouer avec un cinéma plus rentre-dedans et non assujetti à un acteur star. Sous couvert d’un film d’action où les grosses pétoires s’expriment autant, si ce n’est plus, que les personnages, ce huis-clos aux faux airs de Rio Bravo évoque une réalité bien tangible des États-Unis, l’à nouveau impossible dialogue entre la frange blanche et la frange noire de sa population. Un film qui a d’ailleurs été rattrapé par l’actualité puisque le titre original envisagé au départ – The Looters – a été changé en catastrophe suite aux émeutes de Los Angeles provoquées par le verdict pour le moins clément dans l’affaire Rodney King dans une volonté de ne pas mettre de l’huile sur le feu. Loin de ces préoccupations nationales, la France reprend à son compte le premier titre envisagé.

Les Pilleurs nous montre un Walter Hill qui n’est pas là pour finasser. A ce titre, la mise en place du récit s’avère un modèle du genre. Il ne lui faut pas plus des 2 minutes de générique pour présenter les divers protagonistes appelés à s’opposer. En cela, il semble épouser les codes de l’époque qui tendent vers un maximum d’informations en un minimum de temps en un flot ininterrompu d’images. Nous sommes à l’ère de MTV et de CNN, les robinets à clips et à informations qui refaçonnent notre manière d’appréhender le monde. Et bien avant l’avènement du téléphone portable, les images capturées au caméscope par des particuliers donnaient de certains événements une dimension et une ampleur inédites. L’affaire Rodney King n’aurait pas connu le même retentissement sans la diffusion des images capturées par le vidéaste amateur George Holliday. Par sa présence, le bien nommé Vidéo, qui traîne à la suite de King James l’oeil toujours vissé à l’oeilleton de sa caméra, offre un précipité de cette époque. Ce personnage se pose en archiviste de King James, filmant tout jusqu’à l’absurde (le meurtre d’un concurrent) sans aucune remise en question. En soi, il n’a guère d’utilité autre que celle de pointer du doigt une société qui s’abreuve d’images jusqu’à l’abrutissement. Walter Hill traite ce personnage avec dédain en en faisant le souffre-douleur des autres membres de la bande, lesquels lui reproche en permanence sa passivité qui confine à la lâcheté. Sa présence renvoie aussi à l’imagerie de la scène rap nord américaine construite autour du culte de la représentation. Il ne faut sans doute pas chercher plus loin les raisons de ce casting pour le moins opportuniste qui met en avant Ice T et Ice Cube, chefs de fil du Gangsta rap US auxquels Hollywood commence à faire les yeux doux (New Jack City pour le premier, Boyz n the Hood pour le second). Ces artistes issus de gangs rejouent une partition qu’ils connaissent bien sans la portée sociale. Les voyous qu’ils incarnent, et qui se présentent comme des hommes d’affaires (dixit King James lui-même, tout endimanché), sont des caricatures, des adultes mal dégrossis au langage ordurier et à la gâchette facile rendus inoffensifs dans l’anonymat d’un no man’s land. Dans le contexte du film, qu’ils gagnent leur vie du trafic de drogue relève de l’anecdote. Cela n’a aucune implication réelle sur l’histoire, laquelle se résume à un conflit entre deux camps bien distincts sur fond d’incompréhension et d’incommunicabilité.

Les Pilleurs repose sur un dispositif assez simple qui convoque un nombre défini de personnages dans un lieu unique. L’affrontement qui se joue prend des airs de western avec ces « héros » assiégés. Les guillemets sont de mise tant ni Don, ni Vince n’en ont l’étoffe. Une manière pour Walter Hill de confirmer que l’habit ne fait pas le moine. Ces soldats du feu qui font du danger leur quotidien pour venir en aide aux citoyens quels qu’ils soient perdent toute grandeur dès qu’il s’agit de récupérer un pactole. Des deux pompiers, le plus irrécupérable s’avère Don. Il a une revanche à prendre sur la vie et se lance dans l’aventure par nécessité quand Vince le suit davantage par curiosité. Don est l’élément moteur de cette quête mais aussi son grain de sable. Par son imprévisibilité et son envie d’en découdre (il est venu armé), il place d’emblée cette folle équipée sous l’égide du rapport de force. En somme, il ordonne, Vince exécute. Et face à King James et ses hommes, il n’agit pas autrement. Bien qu’en infériorité numérique, il tente d’imposer ses conditions, fort de l’otage qu’il a pris au passage. Contre eux, il se lance dans une croisade perdue d’avance avec toute l’énergie du désespoir. Walter Hill aurait pu choisir de magnifier cette posture, il n’en fait rien. Au contraire, dans le dialogue de sourds qui s’engage où seuls les flingues parviennent à se faire entendre, il renvoie les belligérants dos à dos, égaux dans leur bassesse puis leur avidité. Il n’y a personne à sauver dans tout ce marasme, pas même Bradlee, le squateur des lieux. Il n’est bien sûr pour rien dans le conflit qui s’engage mais la manière avec laquelle il tire in fine son épingle du jeu relève du plus parfait cynisme. En cela, et par l’aspect bête et méchant des différents protagonistes, l’influence du travail que Walter Hill a fourni pour Les Contes de la crypte se fait ressentir. Et comme il n’y a personne à sauver, autant tout envoyer brûler. Loin d’être rédempteur, le feu de joie final prend des vertus purificatrices en rendant à la poussière ces êtres qui n’apportent que chaos et désolation. En outre, il permet de conclure le récit comme il avait commencé, parenthèses infernales d’un film qui se sera mué en un incessant jeu de massacre.

Au sein de la filmographie de Walter Hill, Les Pilleurs fait moins office de nouveau départ que d’un véritable défouloir. Il ne cherche nullement à densifier un scénario minimaliste, cherchant plutôt à saisir ses personnages dans une énergie autodestructrice. En dépit de son savoir-faire, le film s’embourbe rapidement sous les invectives et les échanges de coups de feu de ses personnages, n’ayant pas grand chose d’autre à offrir. Si Walter Hill a retrouvé la gnac, il n’a pas retrouvé le génie de ses meilleurs films. Reste une série B d’honnête facture qui met en avant les habituels seconds couteaux d’Hollywood. Un film d’outsiders.



