Spiders – Gary Jones

Spiders. 2000

Origine : États-Unis
Genre : Solderies
Réalisation : Gary Jones
Avec : Lana Parrilla, Josh Green, Oliver Macready, Mark Phelan…

C’est sur les décombres du studio Cannon que débuta l’aventure pas franchement épique de Nu Image. Avi Lerner, son fondateur, était à la fin des années 80 un collaborateur du duo Golan et Globus, pour lesquels il arrangeait des tournages à bas prix dans le sud de l’Afrique, si ce n’est en Afrique du sud. Mais, mesures anti-apartheid obligent, Lerner dut cesser de jouer aux entremetteurs… Avec le renfort d’anciens cadres de la Cannon -laquelle frôla la banqueroute et fut acquise par Pathé en 1989-, il fonda donc Nu Image dont les premières productions virent le jour en 1992. A cette époque, Lerner et sa bande continuaient plus ou moins à copier ce que la Cannon avait fait au cours des années 80 : des films d’action souvent inspirés par les blockbusters du moment. Par la suite, Lerner diversifia un peu les styles jusqu’à finir par atteindre une certaine respectabilité lui permettant d’allouer des budgets plus confortables et de récupérer des franchises aux noms ronflants : ce fut ainsi Nu Image (devenue Millenium Entertainment) qui produisit John Rambo ou encore le remake de Conan le barbare. Mais n’empêche que si Nu Image a acquis des fonds et une certaine renommée, aussi peu glorieuse soit-elle, elle le doit en bonne partie à la vague de films d’animaux monstrueux qu’elle bazardait à tout va au commencement du siècle. Des films souvent produits pour le marché de la vidéo et qui trustaient également les grilles de programmation de chaînes comme Sci-Fi. Aucun de véritablement mémorable, mais Nu Image fit naître une mode qui à l’heure actuelle ne s’est toujours par tarie, très vite reprise et intensifiée par d’autres studios souvent encore moins fortunés et faisant le beurre d’éditeurs DVD bas de gamme. En 1999, Shark Attack fut le premier film du genre à sortir de la boîte de Lerner, et il demeure le plus connu si ce n’est le plus apprécié. Et, rien qu’en 2000, Shark Attack 2, Octopus, Crocodile (signé par un Tobe Hooper au fond du trou) et le Spiders qui nous intéresse ici virent le jour. La démocratisation des effets numériques battait son plein, et tant pis si le résultat ne s’avérait guère convaincant. Pour présider la case araignée, Lerner jeta son dévolu sur un Gary Jones qui n’était pas tout à fait un inconnu : vaguement proche de Sam Raimi, il contribua à la production de Mort sur le Grill, aux effets spéciaux (son cœur de métier) de Evil Dead 2 et réalisa quelques épisodes de Xenia la guerrière et de Hercule. Mais c’est toutefois bien Mosquito, sa première réalisation, qui dut justifier de son embauche sur Spiders et deux ans après sur Crocodile 2. Voilà un homme en passe de se faire une spécialité ! Dommage pour lui qu’il n’ait su imposer un certain cachet à son film.

Les extraterrestres sont là et le gouvernement nous le cache ! C’est en tout cas ce que pense la bornée Marci, journaliste pour le canard de son université. Bien décidée à faire éclater la vérité, elle fait la sourde oreille lorsque son rédacteur en chef lui demande de pondre un article sur la navette spatiale Solaris. En compagnie de deux collègues, elle préfère courir les petits gris sur un site militaire interdit. Sur place, surprise : pas d’E.T. mais la carcasse de Solaris, victime d’un accident le soir même et censée s’être désintégrée dans l’atmosphère. “Complot”, pense Marci, qui profite d’être là avant les autorités pour fouiller les décombres. Ce qu’elle y trouve n’est guère reluisant : des cadavres horriblement mutilés et un seul survivant très mal en point baragouinant quelque chose à propos d’une “mère supérieure”. Parvenant à se planquer dans un camion de l’armée une fois celle-ci arrivée, et toujours accompagnée de ses deux acolytes, voilà donc Marci en route pour une base secrète. Pour peu qu’elle parvienne à fureter en profondeur sans se faire repérer, c’est sûr : le Pullitzer est dans la poche ! Toutefois, le plus dur ne sera pas d’éviter de se faire prendre, mais bien de survivre à la mère supérieure, une araignée ayant temporairement élu domicile à l’intérieur même du survivant de Solaris, navette qui abritait des expérimentations trop secrètes à base d’ADN extraterrestre.

Et bien voilà… Que dire de plus… Loin de reprendre la tonalité cartoon des films de Sam Raimi, loin même de se vautrer dans la pitrerie comme le font les actuels films d’animaux mutants (ce qui n’est pas plus mal), Gary Jones nous pond un mélange d’action et d’horreur typique de la Nu Image des débuts. Confiné les deux tiers de sa durée dans un dédale de couloirs industriels où déambulent quelques troufions et une poignée de bureaucrates façon “men in black”, son film manque clairement d’ampleur et trahit aisément son manque de moyens. On pourrait bien entendu lui pardonner si le réalisateur savait épicer cette sauce industrielle : malheureusement, ce n’est pas le cas et il ne faudra compter sur à peu près rien pour faire sortir Spiders de la monotonie dans laquelle il marine. Commençons donc par les personnages : si les comparses de Marci s’avèrent sans surprise insipides, Marci elle-même n’est pas très loin d’être antipathique. La faute à son complotisme chevillé au corps, qui loin de la faire passer pour une avatar de Fox Mulder (lequel avait au moins un peu d’humour ainsi qu’un passif personnel à régler) a tôt fait de la transformer en une petite chefaillonne obtuse. Au début des années 2000, et surtout dans le court laps de temps d’ici au 11 septembre, le complotisme ne se rattachait pas alors systématiquement à l’une ou l’autre des chapelles d’extrême-droite, et dire que Spiders porte en germe l’idéologie QAnon serait certes anachronique. Mais n’empêche que ce style de personnage se croyant plus malin que les autres est rapidement casse-bonbons. D’autant que le scénario lui donne raison et la fait triompher face à des caricatures d’agents gouvernementaux pourvus de toutes les tares habituelles (autoritaires, sans égard pour la vie humaine et calculateurs) et qui mourront de leur vanité. Sans jamais l’abandonner tout à fait, car après tout il ne faudrait pas que l’imitation de X-Files se fasse oublier, Gary Jones saborde ceci dit la quête de son héroïne par le biais du cahier des charges, qui implique qu’une donzelle de Nu Image finisse toujours son parcours en femme forte, vêtue de préférence d’un débardeur blanc à l’occasion plongé dans l’eau. Ainsi, plus le film avance et plus les à-côtés complotistes sont relégués à la portion congrue, bien que l’on continue ici où là à retrouver quelques anodines évocations de théories polémiques (l’assassinat de Kennedy, une pseudo mission Apollo 18, un alien dans le formol…). C’est qu’au fur et à mesure de l’intrigue le mystère façon X-Files s’efface au profit de l’action science-fictionnelle trempée dans le moule des deux premiers films de la saga Alien. Secondée par un fonctionnaire bodybuildé en quête de rédemption, Marci devient alors une Ellen Ripley bas de gamme et lutte moins pour sa croisade journalistique que pour sa propre survie. Ce qu’elle fait sans grand éclat : bien que le film soit assez mouvementé, il n’a rien de vraiment emballant. Là encore, nous avons les passages obligés d’un film de couloir dans lequel les protagonistes recherchent une issue en faisant ici ou là une mauvaise rencontre, animale ou humaine. La mise en scène fait la part belle à la construction de cette pseudo tension mille fois vues et par ailleurs appuyée sur une photographie franchement laide. On pourra certes arguer que le climax sort enfin de ces murs gris pour gagner les rues du patelin -passant de la référence Alien à la référence King Kong- mais les dés sont déjà jetés et à ce stade, seule la perspective prochaine du générique de fin contribue à tenir le spectateur en éveil.

Spiders est donc d’une platitude à toute épreuve. Ce n’est pourtant pas faute de s’être trop ou pas assez pris au sérieux : Gary Jones a bien conscience de réaliser un petit film (ce que l’un des personnage affiche clairement en déclarant “qu’on se croirait dans une série B”), et reconnaissons-lui le mérite de se tenir à cet équilibre qui permet également de ne pas trop prendre au pied de la lettre son versant complotiste -qui n’est somme toute que la version post-X Files des magouilles politiques de rigueur dans les films d’animaux ou les films catastrophe des années 70/80 (ainsi le maire d’Amity, qui dans Les Dents de la mer refusait de fermer la plage pour ne pas nuire aux profits saisonniers). Par contre, difficile d’afficher la même mansuétude lorsque l’on voit comment il traite sa “mère supérieure”, cette araignée dopée à l’ADN extra-terrestre qui n’a d’arachnide que la forme. Remplaçons-là par un monstre générique ou même par un autre animal, et quelques détails mis à part, rien n’aurait foncièrement été changé. L’avantage des araignées, outre de bénéficier d’une arachnophobie répandue dans nos contrées occidentales, est qu’elles permettent de jouer la carte de l’invasion insidieuse, avec ces petites bestioles venimeuses dégingandées pénétrant dans nos doux foyers. Chez Gary Jones, aidé par des scénaristes peu inspirés (dont Jace Anderson, épouse d’Adam Gierasch et fossoyeuse de vieilles gloires : Crocodile, Toolbox Murders et Mortuary pour Tobe Hooper, Mother of Tears pour Dario Argento, Rats pour Tibor Takács), non seulement le combat oppose des humains à une seule araignée, non seulement il se concentre dans un labo / entrepôt militaire, mais en plus ladite araignée grandit au fur et à mesure du film. Jack Arnold et Bill Rebane avaient déjà réalisé des films d’araignée géante, respectivement avec Tarantula et L’Invasion des araignées géantes, mais leurs films ne trempaient pas dans l’ambiance bourrine d’un Nu Image et ne transformaient pas leurs bestioles en simili-Alien ou simili-King Kong. Ainsi, chez Gary Jones, en dépit de quelques figures imposées (les toiles qui bloquent des couloirs, les cocons où sont stockées les victimes, les attaques à coup de chélicères, les visions subjectives sous l’abdomen ou dans les yeux de la bête), on finit par oublier que nous avons affaire à une araignée. Elle est devenue un monstre passe-partout, mise en forme par des effets spéciaux très inégaux. Pourtant confiés aux valeurs sûres de KNB, ceux-ci mélangent allégrement le numérique et l’animatronique avec des réussites diverses. Ainsi, l’araignée version moyenne (disons la taille d’un chat) fait peine à voir et illustre les problèmes d’incrustation et de mouvement caractéristiques des CGI balbutiants. Un peu plus convaincante est la version XL de la bête, encore que là encore le manque de moyens reste évident. Par contre, les quelques effets gores sous forme de maquillage sont franchement réussis. Dommage que le film ne soit pas un pur film d’horreur : il aurait au moins gagné en intérêt par ce biais artisanal. Au lieu de quoi nous avons un scénario passe-partout sur un monstre quelconque avec des personnages de routine évoluant dans un cadre pioché dans le tout-venant. Bien qu’il fasse son possible pour se montrer dynamique et enjoué, Spiders trouve le moyen d’être assommant.

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