CinémaHorreurScience-Fiction

Moontrap – Robert Dyke

Moontrap. 1988.

Origine : États-Unis
Genre : Dans la lune
Réalisation : Robert Dyke
Aevc : Walter Koenig, Bruce Campbell, Leigh Lombardi, Robert Kurcz, John J. Saunders, Reavis Graham, Tom Case.

Le Colonel Jason Grant et son second Ray Tanner sont en orbite autour de la lune pour une mission qui ne les passionne guère. L’imprévu s’annonce d’abord par une alerte sur leur radar. Un énorme vaisseau à la dérive apparaît devant eux. Histoire de se dégourdir les jambes, Grant tente une sortie afin de savoir de quoi il retourne. A travers une paroi ppercée, il aperçoit une sorte de ballon de football américain qui l’intrigue au point qu’il s’en empare avant d’être surpris par un cadavre en apesanteur. Illico presto, les deux hommes regagnent la Terre avec leurs deux trouvailles. Dès lors, les surprises s’enchaînent. La datation au carbone 14 définit l’âge du corps à 14000 ans. Quant au ballon, il garde ses secrets jusqu’à ce que le petit robot bricoleur qu’il abrite en sorte et se constitue une structure imposante pour attaquer la base. Grant réussit à le neutraliser et à convaincre l’émissaire du gouvernement de lancer une nouvelle mission sur la lune afin d’en savoir plus à leur sujet. Mission dont il fait bien évidemment partie.

Décidément, l’espace colle à la peau de Walter Koenig. Mondialement connu pour le rôle du lieutenant Pavel Tchekov dans la série Star Trek (depuis la deuxième saison), il a bien sûr repris du service lorsque tout l’équipage de l’USS Enterprise a migré du petit au grand écran. Moontrap aurait d’ailleurs pu être en concurrence avec le 5e volet de la saga, Star Trek 5 : L’Ultime frontière, mais les mauvais retours suite à des projections au MIFED en Italie et au Worldfest de Houston feront qu’il passera directement par la case vidéoclub. Si le concernant, cet échec ne change pas vraiment la donne – il restera pour toujours associé à ce personnage qui lui colle autant à la peau que l’uniforme qu’il portait -, il en va autrement pour son réalisateur, l’obscur Robert Dyke dont il s’agissait-là du premier film. Homme de l’ombre, il a notamment arpenté les plateaux de cinéma pour Evil Dead 2, s’occupant des miniatures, et pour Bigfoot et les Henderson, où il s’est consacré aux effets visuels additionnels. Des petits boulots afin de se familiariser avec le milieu dans l’attente de pouvoir enfin se lancer dans le grand bain. Et l’occasion se présente par l’entremise du scénario écrit par Tex Ragsdale, qui promet ni plus ni moins que de remettre en question toutes nos connaissances à propos des origines de l’humanité. Un scénario au postulat ambitieux qui préfère à ces considérations métaphysiques le bon vieil affrontement entre l’homme et la machine, la machine étant ici une espèce extraterrestre. Si le budget est modeste (on parle de 3 millions de dollars), Robert Dyke s’investit doublement puisque outre la réalisation, il occupe également le poste de producteur du film. Et au côté de Walter Koenig, il peut compter sur la présence de Bruce Campbell, qui sortait tout droit de Maniac Cop, pour assurer la continuité avec son passé récent et potentiellement attirer un public plus large.

Si on prend les propos de Haskell au pied de la lettre, lesquels font état d’une dernière mission sur la lune 20 ans auparavant, Moontrap se déroule dans un futur très proche. Mais cela ne revêt au fond pas une grande importance car si le film ne fait pas abstraction du contexte géopolitique – la concurrence soviétique est évoquée uniquement dans le but de convaincre Haskell de lancer la mission et ainsi leur couper l’herbe sous le pied – il n’en fait pas son sujet. Tout en retrouvant le charme de ces séries B de science-fiction, notamment par certains de ses effets spéciaux rudimentaires (les ostensibles miniatures à chaque fois que les astronautes se déplacent à bord du Rover), Moontrap a la correction de ne pas en reprendre le manichéisme teinté de propagande. De par leur nature robotique, ces extraterrestres inscrivent Moontrap dans le sillage de films comme 2001, l’odyssée de l’espace ou plus récemment Terminator et Runaway, l’évadé du futur. L’ennemi n’est plus tant l’autre qu’une machine que l’absence d’émotion et de sentiments rend particulièrement impitoyable. Ces robots n’ont aucune considération pour le genre humain qu’ils relèguent au rang de simple pièce de rechange. A leurs yeux, l’homme vaut moins que sa technologie dans laquelle ils trouvent matière à des remises à niveau. Ce qui induit un drôle de rapport de force puisque sans l’être humain, ces robots extraterrestres sont réduits à l’immobilisme (14000 ans d’attente !). Cela révèle surtout les grandes failles d’un scénario qui ne cherche pas à aller plus loin que l’affrontement homme contre machine, n’ayant pas vraiment réfléchi aux implications de son postulat. Ces problèmes d’écriture se concentrent notamment autour du personnage de Mera dont le traitement n’apporte strictement rien au récit. Et pourtant, elle aurait des choses à révéler, elle, le vestige d’une humanité aussi ancienne qu’évoluée. Sauf que le scénario préfère la cantonner à un rôle de figurante, témoin passif des gesticulations des deux astronautes américains. Le film se montre tout aussi brouillon dans son déroulement et son traitement de la menace. Il ressort même que si le colonel Jason Grant s’était occupé de ses affaires, la planète Terre n’aurait couru aucun risque. Ce serait ignorer que ledit colonel vit avec une blessure narcissique, celle de n’avoir jamais pu poser le pied sur la lune. A ce titre, il vit sa découverte comme la dernière chance d’assouvir un vieux rêve.

Série B oblige, Moontrap se joue autour d’un casting resserré d’où n’émergent que quelques figures éparses. Parmi elles, Koreman assure la communication entre les astronautes en mission et la base, tandis que Barnes apporte la caution scientifique à toute cette expédition. On lui doit non seulement la datation du cadavre retrouvé en orbite mais également l’unique tentative de communiquer avec un extraterrestre. Une tentative rapidement tuée dans l’oeuf qui lui fera perdre toute rigueur scientifique au profit d’une résolution par les armes. Le dialogue a ses limites. Mais pour l’essentiel, Moontrap repose sur un tandem d’astronautes dont les surnoms respectifs valent caractérisation. Quand Ray Tanner porte le sobriquet de « Penetrator » pour sa tendance à toujours foncer dans le tas au mépris du danger (et non pas à cause d’une sexualité débridée), Jason Grant se voit affublé de celui de Einstein pour sa propension à réfléchir avant d’agir. En parfait homme d’action qui s’énerve à la moindre contrariété (la machine à café d’un des salons de la NASA peut en témoigner), Ray Tanner illustre parfaitement son surnom. Jason Grant, beaucoup moins. Il semble la plupart du temps totalement dépassé par la situation, subissant le cours des événements plus qu’il ne le contrôle. On peut néanmoins lui reconnaître son sens de l’à-propos, réussissant à contrecarrer l’attaque extraterrestre au hasard de ses découvertes. Et puis il a une manière toute personnelle de braver la mort, s’envoyant en l’air avec Mera alors que le danger peut surgir de partout. Il fallait au moins ça pour justifier que l’interprète de la jeune femme, Leigh Lombardi, tombe le haut. Quoiqu’une autre occasion se présente ultérieurement, et sans tomber comme un cheveu sur la soupe celle-ci, mais Robert Dyke ne saisit pas l’occasion. A sa manière, cette séquence « romantique » sert en quelque sorte à justifier tout ce bazar en offrant un avenir plus ensoleillé à Jason Grant. Non content d’avoir enfin pu accomplir son rêve de marcher sur la lutte (et de s’y vautrer !), il en revient avec une compagne sous le bras. Un joli souvenir pour un homme seul.

Si Moontrap se perd vite dans son intrigue minimaliste et peu trépidante, il peut néanmoins compter sur de très bons effets spéciaux dès qu’il s’agit d’animer les robots à l’écran. Reprenant certains codes du cinéma d’horreur, le film se clôt par une fin ouverte que sa mauvaise réception par le public aurait dû laisser en suspens. C’est bien mal connaître Robert Dyke qui près de 30 ans plus tard lui donnera une suite, la fort bien nommée Moontrap : Target Earth.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.