L’Attaque de la pom-pom girl géante – Kevin O’Neill

Attack of the 50 Foot Cheerleader. 2012.

Origine : États-Unis
Genre : Démesuré
Réalisation : Kevin O’Neill
Avec : Jena Sims, Olivia Alexander, Ryan Merriman, Sasha Jackson, Treat Williams, Ted Raimi et Sean Young.

Bien qu’elle excelle dans le domaine scientifique, Cassie Stratford ne jure que par la confrérie des Zeta Mu et l’équipe des pom-pom girls qu’elle aimerait bien intégrer. De nature effacée, elle rêve de popularité et d’attirer tous les regards, à commencer par celui de sa mère, qui au même âge, portait haut les couleurs de leur collège. Malheureusement, entre rêve et réalité, il existe un gouffre qu’elle a bien du mal à franchir, échouant piteusement lors des sélections pour devenir une pom-pom girl. Quant à son admission aux Zeta Mu, elle ne sera officielle que si elle résiste au mois de bizutage concocté avec sadisme par Brittany, la Zeta en chef. Désabusée, elle recourt à un sérum sur lequel elle a travaillé avec son ami Kyle dont les vertus doivent la rendre irrésistible. Et ça marche ! Le lendemain matin, elle se découvre non seulement dépourvue de ses disgracieux boutons d’acné mais également dotée d’une plantureuse poitrine. Et surtout, elle jouit désormais d’une assurance à toute épreuve qui en fait l’attraction majeure de la réunion des Zeta Mu, pourtant vouée à la ridiculiser, elle et les autres bizutes. Alors qu’elle s’enorgueillit de sa popularité naissante, elle subit les contrecoups du sérum, atteignant bientôt 15 mètres de haut. Devenue une bête curieuse, elle attire l’attention du cupide Mr Gray, propriétaire du laboratoire pour lequel elle travaille, et qui voit en elle une manne financière inespérée.

Grand cinéaste à ses heures (son cycle Poe, Mitraillette Kelly, The Intruder), incubateur de jeunes talents durant les années 60 – 70 (Francis Ford Coppola, Joe Dante, Jonathan Demme, …) et inlassable producteur de films, Roger Corman reste peu connu de la nouvelle génération même si l’une ou l’autre de ses productions a forcément été visionnées par icelle. Car si ces dernières années l’ont vu baissé un peu le pied, il continue bon an mal an d’alimenter une filmographie riche de pas moins de 515 titres, le plus souvent pour le marché de la vidéo ou celui de la télévision pour lesquels ses productions à l’économie relèvent de l’aubaine. Autant dire que la qualité est loin d’être au rendez-vous, nombre de ces productions relevant de l’exploitation outrancière de concept déjà boiteux à base d’animaux géants (Supergator) ou génétiquement modifiés (Sharktopus, Piraconda), ou de déclinaisons paresseuses du remake d’un titre ancien (La Course à la mort de l’an 2000 de 1975 devenu simplement Course à la mort en 2008 et qui connaîtra plusieurs suites). L’Attaque de la pom-pom girl géante tire quant à lui son argument principal de L’Attaque de la femme de 50 pieds, un titre emblématique de la science-fiction américaine des années 50 qui connaîtra un remake au mitan des années 90 réalisé par Christopher Guest avec Darryl Hannah en vedette, ainsi qu’une version à l’humour “campie” avec L’Attaque de la pin-up géante signé de l’opportuniste Fred Olen Ray. Pour Roger Corman, L’Attaque de la pom-pom girl géante lui donne en outre l’occasion de se frotter pour la première fois au gimmick de la 3-D. Une nouveauté qui lui a redonné de l’allant puisque non content de jouer dedans aux côtés de John Landis, il a par ailleurs assuré la promotion du film avec un entrain juvénile, se rendant au Comic-com en compagnie de ses deux actrices principales, les atouts majeurs d’un projet où la dimension fantastique relève du simple prétexte.

Pour ceux qui douteraient encore des réelles intentions du film, le premier plan se charge de leur mettre les points sur les “i”. L’Attaque de la pom-pom girl géante s’ouvre ainsi sur le joufflu en gros plan d’une pom-pom girl qu’elle vient claquer d’une main leste. Imaginez un peu ce que cela peu donner en 3-D. Le physique des comédiennes se trouvant au centre des débats, tout concourt à nous les dévoiler, le plus souvent dans des tenues légères voire complètement nues. Les scènes frivoles se succèdent, à commencer par Tiff, personnage secondaire qui a droit à son quart d’heure de gloire au moment de la douche dans les vestiaires. Le réalisateur multiplie les gros plans sur sa plantureuse poitrine ou son fessier rebondi, ne justifiant son voyeurisme que par l’irruption inattendue d’une araignée géante. Lorsqu’on connait le sort qui sera réservé à l’insecte, la gratuité de la scène saute aux yeux. En leur qualité de premiers rôles, Jena Sims et Olivia Alexander sont bien évidemment les plus exposées. Lors de leur affrontement final au milieu du stade de football américain de l’université, les deux géantes s’écharpent jusqu’à arracher leurs hauts et se servir de leurs seins comme moyen de contrer les coups de l’adversaire. Kevin O’Neill ne pousse pas le bouchon jusqu’à à ajouter de la pluie au pugilat mais répond néanmoins parfaitement au cahier des charges du petit beauf illustré. Dans ce contexte, sa mise en scène se borne à cacher les formes de Jena Sims, ex miss teen USA et modèle, lorsque celle-ci joue encore les “vilains” petits canards. Cela consiste à l’affubler de vêtements amples et informes et de lui dessiner quelques boutons d’acné sur le visage. De maigres artifices qui ne tromperont personne. Il en va de même de l’alibi du réalisateur pour exhiber toutes ces demoiselles à bon compte. A travers la trajectoire du personnage de Cassie Stratford se dessine les diktats d’une société qui impose ses canons de beauté et auxquels certaines femmes mal dans leur peau tentent de ressembler. Dans le cas de Cassie, les diktats viennent d’une mère qui a consacré sa vie au paraître et qui revendique haut et fort son recours à la chirurgie esthétique. Selon ses propres termes, une bonne pom-pom girl ne saurait laisser les ravages du temps agir sur elle. La mère et la fille entretiennent des rapports distants (elles n’échangent qu’en visio-conférence) et soumis à la vacuité maternelle. Brenda ne s’intéresse à sa fille que lorsque celle-ci tente de marcher sur ses traces, la parole acerbe toujours prête à fuser. Que la mère soit jouée par Sean Young, comédienne que de fréquents caprices auront éloigné de la prometteuse carrière qu’annonçaient ses débuts (Blade Runner, Dune, Sens Unique), tendrait à indiquer une volonté métaphorique autour de la condition d’actrice. Ce serait faire bien grand cas de ce qui s’apparente en réalité à une simple opportunité financière dans le but d’ajouter du lustre au film. De même, le discours louable, quoique peu original, autour de l’importance de s’accepter tel qu’on est ne survit pas à l’hypocrisie du casting. Faire jouer Cassie par l’une de ses modèles sur papier glacé revient à limiter son personnage à son seul aspect physique. Son côté scientifique ne sert qu’à expliquer son manque de popularité auprès de ses pairs tout en justifiant qu’elle puisse avoir accès au sérum qui sera à l’origine de sa – tardive – prise de conscience.

En dehors de la plastique de ses comédiennes, L’Attaque de la pom-pom girl géante ne semble rien avoir à proposer. À commencer par Cassie dont les motivations deviennent de plus en plus incompréhensibles à mesure que le récit avance. Si l’on peut comprendre qu’elle se félicite d’être enfin remarquée, à défaut d’être considérée, il paraît improbable qu’elle n’éprouve aucune gêne à devenir un monstre de foire. Passé le premier stade de son évolution (disparition de son acné, gonflement de sa poitrine et regain de confiance en soi), elle se met à grandir au point de faire une à deux têtes de plus que tous les hommes. Pratique pour paraître au-dessus de la mêlée, moins pour être acceptée. Et pourtant elle ne trouve rien à redire à sa nouvelle condition, ne voulant pour rien au monde revenir celle qu’elle a été. Être au centre des attentions lui suffit, même si c’est pour de mauvaises raisons. Elle ne dispose plus d’aucun discernement, sans que cela soit mis sur le dos des effets secondaires, au contraire d’une certaine agressivité. Assez peu visible, de surcroît. Cassie reste de bout en bout ce personnage trop lisse que son soudain statut de bête curieuse pourchassée par des scientifiques vénaux (Treat Williams en roue libre) tend à rendre encore plus gentillet. Cassie ne défend aucune cause autre qu’elle-même. Finir dans les bras de Kyle, son collègue de laboratoire, après avoir rabattu le caquet de sa rivale Brittany suffit à son bonheur. Elle a des aspirations simples, finalement. Aussi simple que celles de Kevin O’Neill, spécialiste des effets visuels (Dracula, Piranha 3D) passé réalisateur dans le giron cormanien, qui privilégie le clin d’œil (l’affiche de son film Dinocroc apparaît ostensiblement durant le film) au spectacle. Alors que quelques enjambées suffiraient, Cassie ne quitte pas le campus, même au plus fort de sa crise. Elle se cache (sic) dans le gymnase puis affronte vaillamment Mr Gray et sa clique. L’impression que le récit tourne en rond relève de l’euphémisme. Quand en outre on en vient à s’inspirer de Fred Olen Ray dans le registre de l’humour beauf, c’est que le mal est profond. Entre un Mr Gray qui profite de la caisse de résonance offerte par l’utérus démesuré de Cassie pour iodler ou une Brittany qui reçoit une aiguille plantée dans chaque sein, le comique troupier se taille la part du lion. Le manque de nuance de l’ensemble ne permet pas de s’appesantir outre-mesure sur certains détails saisissants comme la brutalité des bizutages dans les confréries étudiantes ou cette tendance des mecs à ne considérer les femmes que sous le prisme du trophée à exhiber. Ici, rien n’a d’importance. Le spectacle se doit d’être amusant et décomplexé. Ne cherchez donc pas une quelconque réflexion autour de l’émancipation de la femme à travers l’héroïne, dont le parcours fleure bon le conformisme. Que ce soit Cassie ou Brittany, toutes deux demeurent prisonnières du stéréotype de la femme belle et forcément superficielle. On repassera pour la modernité du propos.

L’Attaque de la pom-pom girl géante s’avère symptomatique d’une tendance de plus en plus courante qui consiste à tout tourner à la gaudriole. Cependant, nous ne sommes pas dans la franche parodie. Cela demanderait un minimum de travail et de sens du rythme, aux abonnés absents ici. Nous sommes plutôt dans l’utilisation à outrance d’éléments fantastiques qu’on vide de leurs substances pour aboutir à ce genre de spectacle débilitant et édulcoré. Kevin O’Neill se fiche bien des réelles implications que pourrait avoir un tel changement morphologique sur son personnage. Pour lui ça se résume à réduire les effets de ses demoiselles à mesure que leur taille augmente, poitrine incluse. L’argument du gigantisme aurait été nettement moins vendeur si le sujet avait été pourvu de petits seins.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.