Cinéma Fantastique Série TV

Les Nuits de l’étrange 1-03 – Bill Pullman, Joe Dante

Ecrit par Loïc Blavier

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Les Nuits de l’étrange. Saison 1, épisode 03

Une vision d’ailleurs
A View Through the Window. 2001.
Origine : Etats-Unis
Réalisation : Bill Pullman
Avec : Bill Pullman, Carl Lumbly, Emily Holmes, Michael David Simms…

Stupeur dans le désert où une « fenêtre » vient de s’ouvrir sur l’incongru spectacle d’une paisible prairie où trône la maison d’une famille à la Norman Rockwell. Protégé par une infranchissable barrière invisible qui est visiblement à sens unique, cet idyllique tableau a été découvert par l’armée qui charge le Major Ben Darnell d’en percer les mystères. Or, tourmenté par sa propre vie familiale en lambeaux, Darnell commence à se prendre d’affection pour la jeune mère de famille, visiblement accablée de solitude.

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Pour sa seconde et dernière incursion dans la défroque d’un réalisateur, Bill Pullman plonge à pieds joints dans le style Quatrième dimension défini par l’irruption de l’impossible dans un quotidien banal. De manière brute et frontale, son épisode balance ainsi cet aquarium pastoral en plein désert, et en fait un mystère absolu sur lequel les militaires se cassent les dents jusqu’à ce que le dénouement ne vienne nous aiguiller d’une manière qui, elle, rompt avec la tradition du classique de Rod Serling. C’est que ce dénouement, par son imprévisibilité et sa nature (sur laquelle je me garderai bien de m’étaler… et j’en ai déjà trop dit) se relie en fait plus au personnage de Darnell qu’au mystère tombé subitement sur les lois de la physique. Le fantastique d’inspiration « sterlingienne » est assez vite relégué au second-plan, faute de connaître une quelconque évolution. Pullman et ses scénaristes ont préféré privilégier un fantastique onirique, la prairie et ses habitants se teintant alors d’un côté féerique pour Darnell, qui voit dans ce tableau la promesse d’un avenir radieux, loin du stress de l’armée et de ses généraux véhéments en compagnie d’une femme avec laquelle il se projette volontiers, tant elle a l’air de se sentir comme lui : désespérément seule et sujette à l’introspection mélancolique. La barrière séparant les deux mondes, et dont seul lui a conscience (la famille de la prairie ne perçoit pas la bulle et encore moins l’autre côté), devient la métaphore de toute une situation bloquant Darnell au fond du trou. Il n’aspire en fait qu’à changer totalement de vie et à être le prince charmant de la jolie mère de famille éplorée. Tout son travail pour faire tomber la barrière, effectué officiellement pour l’armée, est en fait un travail pour lui-même, ce qui va commencer à se voir.
Pas très subtil et mené un peu gauchement (le personnage de Pullman y apparaissant franchement neuneu, ce dont il a pourtant conscience vu qu’il fait souvent attention à ce que personne ne le voit en train de regarder béatement sa dulcinée d’un autre monde), ce demi-épisode n’est pourtant pas trop mal. Sa courte durée l’explique en partie : même avec l’amourette idéalisée comme principal enjeu, Pullman ne fait jamais oublier la fascinante étrangeté de son postulat qui s’exprime surtout par le contraste réunissant dans un seul cadre le désert gris et la prairie verdoyante. Mais surtout, et encore une fois, le final vaut son pesant de cacahuètes.


Vive le silence
Quiet Please. 2001.
Origine : Etats-Unis
Réalisation : Joe Dante
Avec : Cary Elwes, Brian Dennehy, Gus Lynch.

Parce qu’il n’en peut plus du bruit ininterrompu, de la frénésie médiatique et des violences quotidiennes qui ces derniers temps émanent surtout d’un serial killer, Gerald décide d’aller passer le week-end dans la solitude absolue d’un parc régional. Las, alors qu’il dormait comme un loir dans sa tente, il est réveillé par des coups de marteau et par un chien qui aboie. C’est l’œuvre de Ben, rude gaillard lui aussi en week-end. Gerald aura beau essayer de dire les choses poliment, il aura beau essayer de fuir : Ben et son chien se retrouvent toujours a proximité, le premier toujours prêt à lancer la causette et le second plus gueulard que jamais.

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Parce qu’il n’en peut plus des exécutifs contraignants, de l’impossibilité de faire financer ses projets et des échecs commerciaux, Joe Dante décide d’aller tuer le temps dans la confidentialité de séries télévisées, seuls endroits où il est toléré. Ce n’est pas la première fois, mais il semble quand même être sur une mauvaise pente : après le faste des Histoires fantastiques, après le pari manqué d’une relance de La Quatrième dimension, le voilà dans une série sans grands moyens pilotée par des inconnus. Pour cela, il bénéficie de trois acteurs (dont un figurant) placés dans une forêt. Et c’est tout. Pas le moindre effet spécial et très probablement un budget cormanien. Il n’y a même pas de Dick Miller, ni même d’autres habitués de ses œuvres. Il se retrouve donc esseulé à la tête d’un demi-épisode qui repose intégralement sur un scénario qui n’est ni le sien ni celui d’un collaborateur de longue date. Et pourtant l’histoire a de quoi séduire : la persécution d’un homme faible par un rustaud égoïste prenant plaisir à lui pourrir la vie. Voilà qui est riche en promesses d’humour noir. Ce vers quoi tend Dante, mais qu’il ne peut tout à fait mener à bien. C’est ainsi qu’au lieu de la tournure cartoonesque à laquelle on était en droit de s’attendre de la part du réalisateur de La Seconde guerre de Sécession, il n’y a guère que l’opposition de style entre le goguenard Ben et le nerveux Gerald qui vaille vraiment la peine d’être signalée. Ce qui est un peu mince. L’allant, le dynamisme, l’anticonformisme, bref tout ce qui fait la qualité de Joe Dante (et qui aurait pu servir pour faire souffrir davantage cette tête à claques qu’est Gerald), sont aux abonnés absents. La raison en est fort simple : c’est que Vive le silence veut absolument faire naître un soupçon d’effroi. C’est ainsi que Ben, au lieu d’être une sorte de gremlins humain n’ayant d’autre but que de tourmenter son prochain, prend des allures sinistres destinées à évoquer le serial killer dont le journal télévisé parlait au début de l’épisode. Sa hache à la main, ses cris dans la nuit, ses avertissements alarmants sur le voisinage d’un grizzli, tout cela n’est jamais poussé suffisamment loin pour dépasser la limite de l’absurde (ainsi que le faisait le voisin macabre de The Burbs, sans parler des Gremlins). Dante n’est donc pas en mesure de se lâcher… mais il s’était tout de même déjà trop engagé dans cette voie et il ne peut donc pas non plus revendiquer l’étiquette du survival à laquelle de toute façon on le voyait mal prétendre.
Une grosse impression d’inachevé domine cet épisode terminé par un « twist » laissant indifférent. Est-ce la faute de Dante ou celle de ses commanditaires ? Qui a donc voulu préserver ce contreproductif minimum de sérieux ? Le seul commentaire du réalisateur que j’ai pu trouver au sujet de sa participation aux Nuits de l’étrange (pour lesquelles il réalisa encore un demi-épisode) est pour le moins désinvolte : il y charge le fonctionnement du système télévisuel américain, coupable d’avoir ordonné que des épisodes de 30 minutes s’auto-mutilent d’un tiers pour laisser de la place à la publicité. En conséquence, il n’a pas voulu s’embarrasser d’un director’s cut et a laissé le soin à la chaîne de s’en occuper, se désintéressant du résultat final.

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