Cinéma Thriller

Froid comme la mort – Arthur Penn

Dead of Winter. 1987.
Origine : États-Unis
Genre : Thriller glacé
Réalisation : Arthur Penn
Avec : Mary Steenburgen, Jan Rubes, Roddy McDowall, William Russ, Mark Malone.

Comédienne, ou du moins aspirant à l’être, Katie McGovern (Mary Steenburgen) mange son pain noir. Sa carrière est au point mort et elle commence à désespérer de pouvoir s’épanouir dans cette branche. Et puis soudain, le miracle. Après avoir répondu à une petite annonce, elle tape dans l’œil de Mr Murray (Roddy McDowall), le chargé de casting, au point d’être l’unique candidate retenue. Elle n’est pourtant pas encore officiellement engagée. Elle doit d’abord passer quelques essais auprès du Dr. Joseph Lewis, producteur du film. Pour cela, elle doit se rendre dans sa maison, perdue en pleine campagne, le temps d’un week-end. Les événements prendront alors un tour particulièrement angoissant.

A l’époque de la sortie de Froid comme la mort, Arthur Penn avait déjà refroidi son monde avec Target, son film précédent mettant en vedette Matt Dillon, star montante du début des années 80 après Outsiders et Rusty James, tous deux signés Francis Ford Coppola. Lui, l’auteur de quelques perles du cinéma américain (Le Gaucher, La Poursuite impitoyable, Bonnie and Clyde) se complaît désormais dans l’inconsistant au sortir de Georgia en 1981. Ainsi, après le film d’espionnage aux enjeux familiaux s’adonne t-il au thriller en huis-clos pour un résultat tout aussi impersonnel. Froid comme la mort s’inspire librement du Calvaire de Julia Ross de Joseph H. Lewis (1945), lui-même tiré du roman The Woman in Red de l’écrivaine Lucy Beatrice Malleson écrit sous le pseudonyme d’Anthony Gilbert. S’il est toujours question d’une femme victime d’une machination, celle-ci se révèle à ses yeux de manière plus progressive et plus sadique. Un sadisme teinté d’une douce ironie à même d’amuser ceux qui connaissent le film de Joseph H. Lewis.

La séquence d’ouverture de Froid comme la mort prend le parti de dévoiler aux spectateurs une partie de ses cartes. Cette femme assassinée dans sa voiture, et dont on ne verra pas le visage, alors qu’autour d’elle les gens fêtent le passage à la nouvelle année, annonce d’emblée la couleur. Démarrer son récit par un meurtre sans répercussion immédiate avec ce qui suit n’a rien d’anodin. Une telle entame fait l’effet d’une épée de Damoclès qui pèse au-dessus de la tête de Katie McGovern, rapidement identifiée comme étant le personnage principal. Son quotidien n’est déjà pas rose, elle qui doit courir le cachet en espérant pouvoir enfin faire décoller sa carrière d’actrice. En outre, elle n’est guère aidée par son compagnon, photographe de son état, dont la procrastination la prive d’une photo récente à adjoindre à son c.v. A cela s’ajoute la présence de son frère dans leur appartement, étudiant en mal de logement et donc tout heureux de cette colocation familiale, laquelle nuit à l’intimité de son couple. En quelques scènes, Arthur Penn esquisse le quotidien de Katie dans sa dimension la plus tristement banale, préparant insidieusement le terrain à l’importante décision qu’elle va prendre. Accepter de s’isoler avec des inconnus dans l’espoir d’être la vedette d’un hypothétique film même pas soutenu financièrement par un studio témoigne de la détresse profonde dans laquelle se trouve Katie. Elle nous apparaît prête à tout accepter pour réussir, ce qui aujourd’hui, à l’aune de l’affaire Weinstein et du mouvement #metoo qui en a découlé, prend une saveur nouvelle. Arthur Penn ne s’aventure bien évidemment pas sur ce terrain là. Tel n’est pas son propos même si l’exploitation de la crédulité d’autrui par une personne jouissant d’une position dominante demeure sous-jacente. Le Dr. Joseph Lewis (appréciez le clin d’oeil) et son employé Mr Murray travaillent de concert à endormir la vigilance de Katie, le premier jouissant de l’empathie immédiate que suscite son handicap (il est en chaise roulante) alors que le second est la prévenance même (excellente composition de Roddy McDowall, mielleux à souhait). Elle n’est de toute manière pas disposée à questionner l’étrangeté de la situation, choisissant dans un premier temps de se soumettre aveuglément aux désirs du docteur/metteur en scène, toujours dans ce souci de trouver du travail. En somme, sa situation précaire fait d’elle la candidate idéale à ce jeu de dupes où elle incarne à son corps défendant la victime d’un passe-temps mortel entre bourgeois.
En vérité, le nœud de l’affaire importe peu. D’ailleurs, Arthur Penn s’en débarrasse au détour de dialogues explicatifs balancés au moment où Katie ne peut plus faire machine arrière. Il préfère mettre l’accent sur les tonalités morbides de l’intrigue, pour laquelle il va jusqu’à convoquer l’esprit d’Alfred Hitchcock. Sur le ton de la blague, cela passe par la jambe dans le plâtre de l’époux photographe de Katie, comme James Stewart dans Fenêtre sur cour. Et sur le plan de l’horreur, un cadavre caché dans le grenier évoque l’incontournable Psychose. Des références qui relèvent davantage de la malice que d’une véritable volonté de se confronter au maître. Arthur Penn prend un malin plaisir à plonger son personnage principal plus avant dans l’horreur, la confrontant par procuration à sa propre mort. Délaissant soudain le thriller d’origine, le final prend les allures d’un film d’horreur classique lors duquel l’héroïne trouvera en elle une rage insoupçonnée lui permettant d’assurer sa survie. D’ordinaire plutôt efficace lorsqu’il s’agit de mettre en image la violence, le réalisateur ne parvient pas à minimiser les aspects grand-guignol du final, lui-même fruit de quelques grossiers rebondissements. L’ensemble reste néanmoins sous-tendu par une certaine logique liée à la problématique du jeu et du travestissement mais tout cela ne décolle jamais vraiment. Le huis-clos pâtit d’un évident manque de tension, laquelle ne se fait réellement ressentir qu’au détour d’une tentative désespérée d’évasion de la part de Katie à travers la campagne enneigée environnante. Une scène qui sonne comme un aveu d’échec.

Il y a toujours un peu de tristesse à assister à la lente déchéance d’un cinéaste qui a tant compté. En soi, Froid comme la mort n’est pas honteux, seulement incroyablement ennuyeux. C’est dommage pour les acteurs, Mary Steenburgen au premier chef, qui tel son personnage n’obtiendra jamais la consécration en dépit de certains titres de sa filmographie diversement célébrés (C’était demain, Ragtime).

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