Le Bon fils – Joseph Ruben

The Good Son. 1993.

Origine : États-Unis
Genre : Douteux
Réalisation : Joseph Ruben
Avec : Macaulay Culkin, Elijah Wood, Wendy Crewson, David Morse, David Hugh Kelly, Quinn Culkin.

Gravement malade, la maman de Mark Stevens (Elijah Wood) finit par exhaler son dernier souffle. Inconsolable, l’adolescent éprouve les pires difficultés pour communiquer avec son père. Ce dernier se trouve face à un dilemme : abandonner son fils durant les vacances d’hiver afin de signer un juteux contrat au Japon qui les mettrait définitivement à l’abri du besoin ou rester auprès de lui. Son frère Wallace lui facilite la tâche en lui proposant d’héberger Mark chez lui. La perspective de voir son fils retrouver le sourire au contact de Henry (Macaulay Culkin), son cousin du même âge, finit de le convaincre. Les premiers jours se passent bien. Mark trouve chez son oncle et sa tante un foyer accueillant et en Henry un camarade de jeu agréable. Puis Henry commence à révéler un visage plus sombre et un goût prononcé pour les jeux dangereux. De plus en plus épouvanté par le comportement de son cousin, Mark tente de mettre en garde sa tante contre les pulsions meurtrières de son fils. Des allégations que Susan ne prend évidemment pas au sérieux. Au risque de le regretter.

Lorsqu’il s’agit d’amasser les dollars, Hollywood ne recule devant rien. Qu’une enfant devienne la coqueluche du public et la Mecque du cinéma l’exploitera jusqu’à plus soif, sans considération pour son jeune âge. Ainsi, Shirley Temple enchaînera les tournages de l’âge de 4 ans jusqu’à ses 21 ans entre 1932 et 1949 avant de reprendre enfin le contrôle de sa vie. Plus âgée et moins précoce, elle débute au cinéma à l’âge de 13 ans, sa contemporaine Judy Garland devra supporter l’ingérence de Louis B. Mayer, le patron de la Metro-Goldwyn-Mayer, aussi bien pour sa carrière que dans sa vie privée. C’est alors le règne des enfants stars parmi lesquels nous pouvons également citer Lana Turner, Jackie Cooper ou encore Mickey Rooney. Depuis cette époque, Hollywood ne connaîtra plus un vivier aussi dense de stars malléables couvées par les studios. Cependant, des enfants stars continuent ponctuellement à sortir du chapeau des producteurs sans non plus engendrer de raz-de-marée populaire. Par leurs choix de carrière singuliers pour des actrices aussi jeunes – Jodie Foster tourne deux films pour Martin Scorsese durant les années 70 dont le rôle de la prostituée dans Taxi Driver, Brooke Shields entretient une relation amoureuse avec un adulte rencontré dans la maison close où elle vit dans La Petite de Louis Malle – ou une existence qui sombre rapidement dans le sordide pour Drew Barrymore (elle suit sa première cure de désintoxication à l’âge de 13 ans, première tentative de suicide à 14 ans), ces jeunes comédiennes ne peuvent plus incarner l’image parfaite de la jeunesse américaine comme le faisaient leurs aînées. Il faut attendre la fin de l’année 1990 et le phénomène inattendu Maman, j’ai raté l’avion ! pour que l’Amérique retrouve en Macaulay Culkin une image idéalisée de sa jeunesse. Au début de cette décennie, tout semble sourire au jeune acteur jusqu’à son amitié avec Michael Jackson pour lequel il tourne dans le clip Black or White. Au sein de sa carrière naissante, Le Bon fils part du pari de lui offrir un rôle à contre-emploi afin de le présenter comme un acteur complet et ainsi préparer l’avenir.

Nonobstant une nomination au prix du meilleur méchant à l’occasion des MTV Awards 1994, la prestation de Macaulay Culkin ne revêt aucun caractère exceptionnel. On lui retrouve les mêmes attitudes et mimiques que son personnage de Kevin McCalister avec comme seul ajout notable, un plissement d’yeux appuyé pour bien marquer qu’il n’est pas très net. Joseph Ruben, remplaçant au pied levé Michael Lehmann dont les désaccords avec le père intrusif de la star lui auront été fatals, ne s’embarrasse pas d’une direction d’acteurs très dirigiste. Pour construire le personnage du vilain garnement, il s’appuie essentiellement sur la dichotomie entre l’aspect angélique de sa star et les noirs desseins du personnage. Face à Macaulay Culkin, yeux écarquillés et air hébété devant tant de méchanceté, Elijah Wood déploie déjà tout l’attirail qui caractérisera quelques 8 années plus tard son Frodo dans la trilogie du Seigneur des anneaux. Le bon fils du titre, c’est lui. Sensible, aimant et d’une grande gentillesse, Mark ne doit qu’à l’esprit obtus des adultes d’être considéré comme potentiellement un enfant à problèmes. Aveuglés par le chagrin qui l’habite, ils se persuadent que le vide laissé par sa mère ne peut qu’engendrer chez lui un désordre comportemental et émotionnel. Il a beau crier au loup, les adultes ne l’écoutent pas, lui opposant toute leur commisération. Même la thérapeute qui l’accompagne dans son deuil ne parvient pas à faire la part des choses, enfermée dans les stéréotypes de sa profession. Du pain bénit pour Henry. Du haut de ses 13 printemps, ce dernier fait preuve d’une connaissance certaine des ressorts de la psychologie humaine. Il sait taper là où ça fait mal sans jamais trahir son mauvais fond. Il n’y a qu’à Mark qu’il consent de dévoiler son vrai visage. Pour son esprit dérangé, son cousin représente le public idéal. Doté d’une grande rectitude morale, Mark incarne aux yeux d’Henry le défi ultime. L’entraîner dans ses lubies relève du jeu pervers auquel Henry s’adonne avec d’autant plus de délectation qu’il gagne sur tous les tableaux, que Mark lui résiste où qu’il cède à ses mauvais penchants. A travers ces deux adolescents se joue le sempiternel combat du Bien contre le Mal. Un combat qui n’a que peu à souffrir du monde extérieur. Comme l’assène Henry avec aplomb, il ne peut rien lui arriver. Il semble jouir d’une totale liberté aussi bien permise par son jeune âge que par ses airs d’enfant sage. On lui donnerait le bon dieu sans confession. Une impunité d’autant plus grande que Joseph Ruben choisit de circonscrire son récit aux seuls gamins. Hormis le couple Stevens et Alice Davenport, les deux cousins ne croisent quasiment personne. Qu’ils vadrouillent dans les bois, dans le cimetière ou sur le port, ils se retrouvent le plus souvent en tête-à-tête. Un détail qui revêt son importance lorsqu’il s’agit de se débarrasser du cadavre du chien qu’on vient de tuer. Quant à la scène du patinage sur un lac gelé, la soudaine profusion d’individus tend à noyer dans la masse Henry faisant tournoyer sa sœur à proximité de la zone dangereuse. Cette dernière, jouée par la propre sœur de Macaulay Culkin montre à quel point leur géniteur savait user de népotisme. L’affrontement des deux cousins doit se jouer dans l’ombre, comme un secret de famille inavouable sur lequel seule Susan Stevens consent à ouvrir les yeux. Un réveil brutal frappé du sceau du choix douloureux auquel le scénario aura bien pris soin d’apporter une justification.

Pendant un long moment, la méchanceté de Henry se manifeste de manière infantile. Son attitude s’apparente à celle du sale gosse qui tente des expériences sans se soucier des conséquences. La scène du chien va en ce sens. Bricoleur dans l’âme, il meurt d’envie d’essayer l’arbalète qu’il a fabriquée. Aux carreaux de rigueur se substituent des vis pour un résultat tout aussi dévastateur… qui ne nous sera pas montré. Joseph Ruben a pris soin de préparer le terrain en amont. La mort du chien fait suite à un premier essai contre un chat, lequel s’était soldé par une vis solidement enfoncée dans un tronc d’arbre, attestant du bon fonctionnement de l’arme. L’accident de la circulation que Henry provoque à l’aide d’un épouvantail jeté du haut d’un pont sur une une route en contrebas participe de cette même envie de jouer avec les interdits. Comme précédemment, Joseph Ruben choisit d’édulcorer la scène. L’accident en question se résume à une succession de tôles froissées dont le facteur humain se retrouve exclu. Seul un extrait du journal télévisé rappelle que des gens ont été blessés dans l’affaire, heureusement sans gravité. A cela une bonne raison, la présence de Mark à ses côtés. Ce dernier représente la caution morale du film qui ne saurait donc être entachée par les actes délictueux de son horrible cousin. Joseph Ruben en fait un témoin passif d’une extrême naïveté. L’un, Henry commet le mal partout quand l’autre, Mark, ne le voit nulle part. A l’aune de ces enfantillages, le thriller annoncé manque cruellement de mordant, même lorsque le récit amorce un net virage vers davantage de noirceur. Comme gêné aux entournures par le jeune âge de ses personnages principaux, Joseph Ruben retarde au maximum le moment de se confronter au côté maléfique de Henry. Et lorsqu’il y consent enfin, c’est dans le but de mieux préparer le dénouement dont la brutalité, pour surprenante qu’elle puisse paraître, inscrit le film dans un discours moralement douteux. Me préparant à mettre les pieds dans le plat, je vous invite donc à ne pas poursuivre plus avant votre lecture si vous ne voulez pas connaître la teneur dudit dénouement. Dans le cas contraire, reprenons gaiement. Tout le film est sous-tendu par la notion de manque. Le manque d’une mère pour Mark, celui de son dernier-né pour Susan. Fou de douleur, Mark se rattache à l’idée que sa mère n’est pas vraiment partie. Que son âme a survécu à son enveloppe corporel, cherchant une nouvelle terre d’accueil. Au détour d’une scène, les yeux embrumés de sommeil, il se persuade que Susan est sa mère. Une séquence a priori anodine, source de railleries pour Henry qui n’en rate décidément pas une, et autour de laquelle vient finalement s’articuler le dénouement. Désormais convaincue de la méchanceté de son fils, laquelle confine à la cruauté, Susan se retrouve face à un dilemme lorsqu’elle tient à bout de bras Henry et Mark, tous deux suspendus au-dessus du vide. Ne disposant pas d’assez de force pour hisser les deux adolescents, elle doit choisir lequel elle sauve. Un choix cornélien aux conséquences forcément dévastatrices pour la mère qu’elle est que Joseph Ruben balaie d’un revers de main. Pour faire simple, Henry, par son mauvais comportement, a eu ce qu’il méritait tandis que Mark peut profiter à nouveau d’un amour maternel. Une fin pour le moins problématique pour un film qui ne questionne jamais l’attitude de Henry – compte tenu de son machiavélisme, il paraît envisageable qu’il en rajoute dans la méchanceté dans le but d’appuyer là où ça fait mal – pour mieux le condamner dans un geste de justice expéditive.

Le Bon fils est un ratage à tous les niveaux. Il échoue à faire oublier le Macaulay Culkin enfantin, se traîne dans un entre-deux qui ne permet pas de crescendo dans le suspense, et ne surprend que pour le pire avec ce dénouement frappé du sceau du “tout est bien qui finit bien”. En soi, il n’y avait pas grand chose à attendre de la part de Joseph Ruben, adepte des thrillers pantouflards (Le Beau-père, Les Nuits avec mon ennemi). A ce titre, le film ne déçoit pas et sonne en quelque sorte le glas de la carrière de sa star. Après quelques autres inepties, il se retira du milieu, dégoûté par les agissements de son père avant de revenir par la petite porte une décennie plus tard. A l’inverse, Elijah Wood enchaînera les tournages sans jamais devenir une vedette de premier plan mais avec un goût de plus en plus prononcé pour le fantastique et l’horreur, genre pour lequel il s’investit pleinement (Maniac, Cooties, Open Windows, Come to Daddy).

Une réflexion sur “Le Bon fils – Joseph Ruben

  • 6 juin 2021 à 18 h 37 min
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    J’avais beaucoup entendu de bien du film Le Beau-père. Je n’étais pas pressé de le voir mais je me disais que le film devait être pas mal surtout si l’on en a fait un remake, il y a pas si longtemps.

    Quand je l’ai vu, j’ai été déçu, malgré la prestation de Terry O’ Quinn. Le film était juste un téléfilm du samedi après-midi. Je m’attendais à un classique et pourtant rarement vu un film aussi lambda, prévisible, sans vraiment de tension.

    Je pense qu’il y a des films qu’il vaut mieux voir jeune, sinon il ne résiste pas à l’œil d’un adulte, surtout si celui-ci a une longue expérience des films. Je me demande si c’est pas un peu cela qui a fait que j’ai trouvé le film pas terrible.

    C’est pour cela que je recule le fait de revoir par exemple Waxwork, que j’ai adoré enfant mais que le poids du temps risque de me créer une désillusion qui viendra remplacer le bon souvenir que j’en avais.

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