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Jumpin’ Jack Flash – Penny Marshall

Jumpin’ Jack Flash. 1986.

Origine : États-Unis
Genre : Fantaisie policière
Réalisation : Penny Marshall
Avec : Whoopi Goldberg, Stephen Collins, John Wood, Carol Kane, Annie Potts.

Terry Doolittle (Whoopi Goldberg) travaille au service des transactions à l’international d’une banque new-yorkaise. Pleine d’empathie, elle ne peut s’empêcher de converser sur son ordinateur avec les clients, au grand dam de son patron. Un soir, alors qu’elle vient de terminer son travail, un inconnu cherche à entamer la conversation. Intriguée, elle lui répond et se retrouve alors sans le savoir embarquée dans une sombre histoire d’espionnage, son mystérieux interlocuteur n’étant nul autre qu’un agent secret aux services de sa Majesté.

Si La Couleur pourpre n’a pas valu que des retours bienveillants à Steven Spielberg, son réalisateur, il aura au moins permis à l’interprète de Célie, Whoopi Goldberg, de se faire connaître du monde entier, nomination pour l’Oscar du meilleur rôle féminin à l’appui. Pour son premier film de l’après, la comédienne s’embarque dans une fantaisie romantique et policière produite par Joel Silver et Lawrence Gordon, déjà associés pour Les Guerriers de la nuit48 heures ou encore Les Rues de feu de leur compère Walter Hill. Pas vraiment des titres portés sur le romantisme. Avec Jumpin’ Jack Flash, les deux hommes tentent d’élargir leur champ d’action confiant les rênes de la réalisation à la novice Penny Marshall dont l’expérience se limite alors à quelques épisodes des séries Mike et Ernie et Laverne et Shirley, dans laquelle elle joue également, et le rôle principal à une femme. Ils mettent la testostérone de côté, mais pas l’action même si elle reste secondaire, au profit d’une romance informatique à une époque où internet n’avait pas encore bouleversé les mœurs.

Jumpin’ Jack Flash repose sur un postulat que n’aurait pas renié Hitchcock lui-même, jusqu’à l’utilisation d’un MacGuffin en guise de nœud de l’intrigue. Terry Doolittle est de ces personnages lambda à la vie sans histoires qui un beau jour voient l’incroyable frapper à leur porte. Décrite comme une personne extravagante en raison d’un style vestimentaire tout personnel, Terry souffre surtout de sa profonde solitude. Plutôt appréciée de ses collègues pour lesquels elle est toujours disposée à prêter une oreille attentive, elle se distingue par son empathie, laquelle se traduit également auprès des clients dont elle a la charge. Seulement à trop œuvrer pour les autres elle tend à s’oublier elle-même. Elle mène donc une existence morne et solitaire dans un appartement dont la décoration – de multiples affiches de cinéma allant de Casablanca à Métropolis en passant par Le Baiser de la femme araignée ou encore L’Attaque de la femme de 50 pieds – trahit ce besoin d’évasion et d’aventures. Ce qui au départ commence comme un jeu – il s’agit pour elle de trouver un code d’accès à partir du morceau des Rolling Stones Jumpin’ Jack Flash – se révèle être les prémisses d’un considérable bouleversement dans sa vie. Voilà la sage Terry tout à coup amenée à jouer les apprenties espions sans filet et à côtoyer la mort de près (un espion meurt presque dans ses bras). Et tout ça pour “les beaux yeux” d’un inconnu !

La Guerre froide ne sert que de toile de fond à une intrigue dénuée de tout patriotisme au profit de l’amorce d’une idylle à l’ancienne. A mesure que Terry rend service à l’agent secret, elle entre plus avant dans son intimité. Elle doit notamment fouiller son appartement à la recherche des coordonnées d’autres espions dont la vie pourrait être menacée. C’est ainsi qu’en écoutant le message de son répondeur elle entend pour la première fois le son de sa voix, lequel se substituera désormais aux mots échangés sur ordinateur en une belle idée toute simple qui souligne leur relation naissante. Toute à sa passion, Terry se jette à corps perdu et au mépris du danger dans cette histoire rocambolesque qui la met au prise avec des barbouzes aussi peu avenants que maladroits, dont Jim Belushi en guest star. Néanmoins, le film conserve une tonalité bon enfant et se garde bien de transformer le périple de Terry en une descente aux enfers. L’intrigue ménage même à Whoopi Goldberg de purs moments de comédie, notamment lorsque Terry coince sa robe de soirée dans un broyeur de papier dans l’un des bureaux du consulat britannique et en ressort en parfait sosie de Tina Turner, ou à l’issue d’une injection mal dosée de sérum de vérité qui la plonge dans un état second. Par souci d’homogénéité, les scènes d’actions participent de cette dimension comique jusque dans la manière mordante avec laquelle Terry terrasse le méchant en chef.

Sans être un modèle de comédie rythmée, Jumpin’ Jack Flash réussit malgré tout à séduire par la grâce de son personnage principal. Loin du jeu hystérique dont elle abusera par la suite pour quelques-uns de ses plus gros succès (Sister Act et son inévitable séquelle, par exemple), Whoopi Goldberg apporte beaucoup d’humanité à Terry assortie d’une candeur touchante. Il y a quelque chose de désuet dans la relation qu’elle noue avec cet inconnu, celle-ci reposant entièrement sur l’écrit. Quant à l’épilogue, outre l’apparition surprise d’un acteur dont je tairai le nom, il apporte une belle ouverture d’esprit, pas si courante dans le cinéma de l’époque puisque amenée d’une manière naturelle même si sur un mode très chaste.

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