Biggles – John Hough

Biggles: Adventures in Time. 1986

Origine : Royaume-Uni
Genre : Aventures historico-SF
Réalisation : John Hough
Avec : Neil Dickson, Alex Hyde-White, Marcus Gilbert, Peter Cushing…

Largement oublié de la jeune génération, du moins en France, le personnage de James Bigglesworth alias Biggles n’en a pas moins une riche histoire. Créé par William Earl Johns au début des années 30, cet as de l’aviation fut le héros d’une quasi centaine de romans ou de nouvelles jusque dans les années 90. Il traversa ainsi le vingtième siècle en démarrant ses aventures lors de la Première Guerre mondiale, les poursuivant durant la Seconde avant de finir “détective volant” pour Scotland Yard. Et tout ceci sans jamais vieillir ! Adapté en bandes-dessinées dans plusieurs pays, il apparu également dans une série télévisée éphémère (une saison de 44 épisodes en 1960), dans un jeu vidéo en 1986, fut mis à l’honneur dans des timbres de la Royal Mail en 1994 et eut droit à plusieurs détournements par le Monthy Python dans le Flying Circus… Bref, une institution britannique ! Et le cinéma, me direz-vous, mesquins que vous êtes ? Et bien il s’en emparât sur le tard, et plutôt piteusement. Eu égard à son rang d’aviateur certifié, il fut une première fois question d’envoyer Biggles à l’écran à la fin des années 60 dans le sillon du Crépuscule des aigles. Malgré l’implication de la Universal, cela n’aboutit à rien. Une dizaine d’années plus tard, les droits d’exploitation du personnage ayant changé de mains, un producteur ambitieux du nom de Kent Walwin se mit à clamer qu’il ferait de Biggles un nouveau James Bond. Suite à quoi Disney aurait été impliqué (avant de faire machine arrière)… Jeremy Irons fut un temps casté pour incarner le héros, tandis qu’Oliver Reed devait jouer Von Stalhein, son antagoniste allemand. Et pour la réalisation, John Hough fut rattaché au projet, très certainement par l’intermédiaire de Disney puisqu’il venait de leur livrer coup sur coup La Montagne ensorcelée, Les Visiteurs d’un autre monde et Les Yeux de la forêt, soit trois tentatives du studio pour attirer un public de jeunes adolescents, a priori le même que celui visé par Biggles. Il avait également pour lui d’être un lecteur de longue date des livres de W.E. Jones. Ce qui n’empêcha pas le projet de s’encrouter, les noms annoncés d’être remplacés et le scénario de s’égarer un temps dans les méandres d’une repompe des Aventuriers de l’Arche perdue. Tout ça pour être finalement conclut à la va-vite, histoire de profiter des quelques mois qu’il restait pour profiter des revenus d’une taxe finançant le cinéma britannique que le gouvernement Thatcher allait supprimer. Après vingt ans de surplace, le tournage de Biggles commença ainsi avant que son scénario ne soit finalisé ! Ca valait bien le coup, tiens…

Jeune entrepreneur dynamique, Jim Ferguson est sur des charbons ardents. Lui qui dirige une boîte de restauration doit livrer les victuailles pour une soirée entre célébrités ! Alors bien entendu, lorsqu’un vieil homme vient frapper à sa porte pour lui annoncer qu’il devrait très probablement tomber dans une faille temporelle, il a vite fait de l’éconduire. Grand mal lui en a prit, puisque deux minutes plus tard Jim se retrouve soudain en 1917, où il porte secours à Biggles, aviateur britannique aux prises avec les allemands. Revenu tout aussi soudainement à sa propre époque, Jim ne sait plus où il en est, et reçoit de nouveau la visite du Commodore William Raymond qui l’exhorte de venir à Londres pour une affaire de la plus haute importance. Après être de nouveau tombé auprès de Biggles en 1917, il finit par répondre à l’invitation. Raymond lui apprend qu’il est le “jumeau temporel” de Biggles, et qu’il doit aider ce dernier et ses trois acolytes à trouver et annihiler une arme secrète allemande qui pourrait changer l’issue de la guerre et, partant, le monde tel qu’il est !

Mais que vient faire le voyage dans le temps dans cette galère ? Il n’en a jamais été question dans les romans de Johns ! Certaines mauvaises langues dirent que Retour vers le futur était en élaboration au même moment que Biggles, et que les producteurs de ce dernier escomptaient jouer sur le même registre des allers et venues dans le temps. Peut-être… Ce qui est en tous cas certain, c’est qu’ils voulurent donner un coup de jeune à Biggles, et que cette orientation science-fictionnelle sortie de derrière les fagots s’inscrit dans cette démarche : non seulement parce que cela revêt un aspect plus ludique, mais également parce qu’il est plus facile d’attirer les jeunes dans les salles lorsque ceux-ci peuvent se sentir concernés. Ce qui aurait été plus difficile si le film s’était dans son intégralité déroulé en l’an 1917, avec les vieux avions et les vieux uniformes. D’où le parachutage du personnage de Jim Ferguson, qui n’existe pas dans les romans Biggles et qui, ex nihilo, se fait le “jumeau temporel” de Biggles. Les fanatiques de ce dernier pourront crier à l’hérésie, et il est vrai que même sans connaître la série romanesque, son détournement est palpable : Ferguson -qui finit même par embringuer sa copine dans ses voyages (ou plutôt elle s’y est embringuée toute seule en s’accrochant à lui au mauvais moment) tend à voler le beau rôle au héros, et il éclipse au passage tous ses partenaires historiques que sont Ginger, Algy et Bertie, réduits au rang de faire-valoir. Mais au-delà des trahisons de l’univers créé par W.E. Johns, c’est tout le film qui se condamne ainsi à naviguer entre deux eaux, voire à favoriser ses propres apports propres face aux éléments traditionnels. Sans être pour le moins du monde original, tant la volonté de séduire un jeune public passe par tous les moyens en vogue à son époque. A commencer par ce qui saute aux yeux, ou plutôt agresse les oreilles : l’infâme musique, omniprésente, laide et (au moins dans les scènes de 1917) hors sujet. Des chansons à la sauce MTV résolument pop, à base de synthétiseur, et principalement imputables à Jon Anderson, chanteur et cofondateur du groupe Yes. Horribles ! Deep Purple, Mötley Crüe et pour quelques notes Queen viennent également apporter leurs oboles sans relever le niveau. Au passage, notons que John Deacon, le bassiste de ce dernier groupe, vient composer l’un de ses rares morceaux hors Queen, exécuté par lui-même et par le groupe The Immortals.

L’emploi pour le moins abondant de ce style de musique -proprement immonde, on ne le dira jamais assez- ne constitue malheureusement pas uniquement une faute de goût. Il reflète un parti-pris plus global : celui de faire un film bon enfant grossièrement racoleur. Il témoigne que les scénaristes, avec l’aide d’un John Hough visiblement fort marqué par son passage disneyien (lui qui était si prometteur jusque là ne retrouvera la grâce qu’avec American Gothic avant de se fourvoyer dans des adaptations de Barbara Cartland) se souciaient peu de Biggles lui-même, et encore moins de l’aventure dans lequel il est plongé. Le film est ainsi parasité par l’intrusion d’éléments “contemporains” nullement justifiés : la traque de ce McGuffin qu’est l’arme secrète des allemands aurait très bien pu se faire sans aucun apport de Ferguson ou de la technologie des années 80 qui trouve son chemin jusqu’en 1917. Si Ferguson sauve parfois la mise, et si sa technologie -à savoir un hélicoptère- aide à contrecarrer l’ennemi, cela se fait avec une grande facilité et avec un usage résolument crétiniste de l’anachronisme. Oui, les connaissances des années 80 sont supérieures à celles des années 10 et leurs armes sont plus efficaces. La belle affaire ! Mais où est le défi et donc le suspense là dedans ? Déjà qu’aucun enjeu narratif n’incite à prendre les choses au sérieux, mais il faut encore subir l’enfonçage de portes ouvertes à grands coups de blagues potaches. Ces éléments 80s sont donc injustifiés (voire injustifiables), et ne sont pas non plus amenés avec cohérence : seul le hasard semble dicter l’envoi et le retour de Ferguson entre sa propre époque et l’année 1917. Ce portail temporel ne sera jamais expliqué autrement que par le danger de mort encouru par le “jumeau temporel” (qui en soit est déjà un concept fumeux). Et pour cause : ce ressort n’étant qu’un élément commercial, il serait difficile de l’intégrer dans l’intrigue de manière limpide. Et du reste, l’obsession de la légèreté démagogique conduit même John Hough à envoyer Biggles dans les années 80, où il se fera aider non seulement par Ferguson mais aussi par une bande de jeune punks à crête pour échapper à des forces de police faisant écho aux allemands de 1917. De la démagogie jeuniste en bonne et due forme ! Et ne parlons par de ces sous-intrigues sur la vie sentimentale de Ferguson et de Biggles… Mais il est vrai que le film est produit pour un public jeune, et qu’il n’a d’autre ambition que le succès commercial immédiat. Il aurait voulu devenir une référence générationnelle, un peu à la manière de Retour vers le futur ou des Goonies, mais son suffocant fumet opportuniste lui coupe les pattes. Au final, voilà un gloubi-boulga de mauvaises idées appliquées avec le mauvais goût de son époque : ce qui était une institution populaire britannique sombre dans les abîmes d’une comédie d’aventure décousue et racoleuse (précisons au passage que Ferguson est un américain pur jus… de quoi plaire au vivier de spectateurs yankees !). Hough n’y était décidément pas à sa place…On pourra à la rigueur lui accorder des scènes d’action réussies, notamment pour tout ce qui concerne les assez nombreuses batailles aériennes (dont une spectaculaire course-poursuite en rase-mottes au dessus d’un train en marche), mais c’est à peu près tout.

La seule chose à retenir de Biggles est encore ailleurs : il s’agit du dernier film d’un monument nommé Peter Cushing ! Dans le rôle du Commodore William Raymond, l’officier supérieur et mentor de Biggles en 1917, il n’est lui non plus clairement pas à sa place, en plus d’être physiquement amoindri par le cancer dont Cushing avait miraculeusement réchappé peu de temps auparavant. Son rôle ne sert à rien : le Commodore ne fait que donner quelques menus explications bien insuffisantes et s’avère donc tout autant dispensable que Ferguson. Par contre, Hough a au moins la présence d’esprit d’en faire un personnage “neutre” et non un élément d’action ni un élément comique. Pour lui donner un certain standing, il établit son antre dans un vieil appartement tout victorien (localisé dans le Tower Bridge !), et lui attribue un corbeau comme animal de compagnie, rappelant que Cushing est une icône issue du cinéma gothique. A mille lieu des frivolités 80’s, donc… Et pourtant, en grand professionnel, Cushing portera son implication jusqu’à apparaître dans le clip de “No Turning Back”, l’horreur composée par John Deacon. Il s’y promène devant la caméra avant de conclure la chanson par une phrase heureusement récitée et non chantée (“I’m a restless sort of guy”), avec laquelle il fait ses adieux à la caméra avec un sourire poignant. Suite à quoi il tuera le temps en écrivant ses mémoires, en s’adonnant à la peinture, en donnant des interviews dans quelques talks show, en participant à des œuvres caritatives… Cela jusqu’à sa mort en 1994.

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