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Les Contes de la crypte 5-13 : Jusqu’à ce que la mort nous sépare – Peter Iliff

Les Contes de la crypte. Saison 5, épisode 13.
Til Death Do We Part.
 1993.
Origine : États-Unis
Réalisation : Peter Iliff
Avec : Kete Vernon, John Stamos, Robert Picardo, Frank Stallone, Eileen Brennan.

Serveuse au Ruthless Ruth’s, Lucy Chadwick rêve de jours meilleurs. Amoureuse de Johnny Canaparo, le gigolo qui obtient les faveurs de sa patronne Ruth Sanderson, elle s’imagine convoler avec lui sur une île paradisiaque riche de la fortune dérobée à la marâtre. Sauf que les événements ne tournent pas en sa faveur. Surprise en sous-vêtements par Ruth et ses sbires alors qu’elle s’apprêtait à prendre du bon temps dans les bras de Johnny, Lucy ne peut guère compter sur l’appui de son amant, lequel l’abandonne à son sort plutôt que de risquer de tout perdre. La voici donc dans un sous-bois, toujours en sous-vêtements, à attendre son exécution. A moins que…

Pour une série orientée horreur, achever une saison sur un treizième épisode relève de la logique la plus élémentaire. Cependant, nulle trace d’une quelconque célébration à l’horizon. Au contraire même, puisque ledit épisode s’ingénie à contourner les éventuelles attentes des téléspectateurs avides de symboles. Et rien non plus de tapageur à l’horizon du générique, lequel s’avère néanmoins riche en curiosités. C’est ainsi que voisinent autour de Kate Vernon – l’héroïne désignée – le frangin d’un poids lourd du cinéma d’action (Frank Stallone), un habitué de l’œuvre de Joe Dante (Robert Picardo) et un acteur du sitcom gentillet La Fête à la maison en quête d’éclectisme (John Stamos). Quant aux honneurs de conclure cette cinquième saison, ceux-ci reviennent au néophyte Peter Iliff, récent scénariste de Jeux de guerre et Point Break. Deux films plutôt orientés thriller et action qui n’entretiennent que peu de rapports avec l’Adn de la série. Et loin de se fondre dans le moule, Peter Iliff, qui en signe également le scénario, donne à son épisode tous les atours du polar avec fusillades à la clé. A tel point que Jusqu’à ce que la mort nous sépare semble faire partie des pièces rapportées de la série voisine plus orientée action Two-Fisted Tales un temps envisagée à l’instar de TrouillardConfrontation ou Le Roi de la route, alors qu’il n’en est rien.

Peter Iliff construit son épisode autour de flashbacks suivant un procédé loin d’être inédit dans le cadre de la série mais qu’il utilise à des fins ludiques. Par leur utilisation, il vise à brouiller les pistes, ménageant quelques menues surprises lors d’une première partie qui a pour but de nous replacer les personnages dans le contexte. Disons plus précisément que le principal mystère réside dans l’identité de ce cadavre que les hommes de main de Ruth doivent enterrer. Peter Iliff s’amuse également à trouver des correspondances entre présent et passé afin de soigner son montage. Ainsi, lorsque Lucy commence à se déshabiller et ôte son chemisier à la demande de Frank, lequel trouve dommage que d’aussi beaux vêtements soient gâchés par les éclaboussures de son sang au moment de son exécution, la fin de son geste nous renvoie quelques heures auparavant lorsqu’elle faisait de même, mais volontairement cette fois, dans les bras de son amant. Autant le révéler tout de suite, la demoiselle passe la majeure partie de l’épisode en sous-vêtements. Chose assez rare dans la série, et c’est dommage pour Kate Vernon qui l’interprète, le personnage de Lucy, tout premier rôle qu’il soit, se résume à une potiche. Elle fait figure d’oie blanche dans un monde de scélérats et se retrouve fort dépourvue lorsque les ennuis s’amassent au-dessus de sa tête. La pauvre femme ne cache aucun vice et n’a pas une once de méchanceté. Son seul tort ? Être tombée amoureuse de la mauvaise personne, un gigolo pour qui l’appât du gain revêt plus d’importance que la force des sentiments. La seconde partie de l’épisode sonne alors comme la revanche de l’ingénue sauf que là encore, Lucy se retrouve réduite à son physique. Flingues à la main, lunettes noires et une veste d’homme portée à même ses sous-vêtements, la jeune femme devient une espèce de fantasme, une sorte de super nana (en référence au dossier en deux volets paru dans les numéros 26 et 27 de feue la revue Impact) dont la féminité ne doit en aucun cas disparaître derrière les grosses pétoires. Au passage, à grand renfort de ralentis et d’une imagerie très codifiée (tiré à quatre épingle, Johnny canarde à tout va, un pistolet dans chaque main), Peter Iliff paye son tribut à tout un pan du cinéma hong-kongais, lequel commençait à rayonner à l’extérieur de ses frontières. 1993 est l’année de Chasse à l’homme, premier film américain de John Woo, précurseur de la fuite des talents de ce qui était encore une enclave britannique. Un final qui tranche avec l’ordinaire de la série jusqu’au rebondissement qui conclue l’épisode, plus dans la tradition.

Loin du feu d’artifice espéré, cette cinquième saison s’achève sur un épisode en demi-teinte. A l’insignifiance des protagonistes principaux s’ajoute un récit qui manque de mordant. En somme, l’ennui n’est pas loin. Heureusement, grâce aux personnages secondaires – les hommes de main – l’épisode réserve quelques plages de distraction. Voir notamment ce pauvre Tony tenter de soulager un dos douloureux après chaque coup de pioche. La vie d’homme de main n’est pas toujours une sinécure.

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