Cinéma Comédie Erotique / X

Sexycon – Sergio Martino

Ecrit par Loïc Blavier

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40 gradi all’ombra del lenzuolo. 1976.
Origine : Italie
Genre : Comédie érotique
Réalisation : Sergio Martino
Avec : Marty Feldman, Barbara Bouchet, Tomas Milian, Edwige Fenech…

Immédiatement après Spogliamoci così senza pudor, Sergio Martino rempile pour la comédie érotique, genre qui s’impose doucement mais sûrement comme l’un des plus féconds de ce revigorant cinéma italien des années 70, et qui s’engouffre dans la brèche ouverte par (entre autres) le Satyricon de Fellini et le Décameron de Pier Paolo Pasolini, que ce soit par le biais de films à sketchs comme celui-ci ou par des histoires uniques plus longues mais pas vraiment plus élaborées qu’un simple sketch (les films à base de sculpturales demoiselles fonctionnaires déifiées par des hordes de mâles en rut). Luciano Martino, frère de Sergio, sera l’un des producteurs les plus prolifiques en la matière, lui qui dès la fin des années 60 sentait déjà le vent tourner et se lançait dans une hardie version du Madame Bovary de Flaubert avec Edwige Fenech dans le rôle-titre. Ce fut là la première d’une interminable liste de collaborations qui inclue bien entendu Sexycon, au sein duquel on retrouve un casting prestigieux : outre Fenech y apparaissent Barbara Bouchet, Tomas Milian, Aldo Maccione et la pièce rapportée de l’étranger : Marty Feldman et ses yeux hors-norme. Le tout disséminé dans 5 histoires d’une vingtaine de minutes chacune opposant systématiquement un homme et une femme dans des situations cocasses aux visées satiriques plus ou moins prononcées, et qui se terminent systématiquement par une petite touche d’ironie finale.

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« La belle jument », la première de ces histoires (enfin cela dépend des versions, elles sont parfois déplacées), est celle d’Edwige Fenech. Et, fait guère surprenant, il s’agit de celle qui ressemble le plus aux canons de la comédie sexy standard. Chaque jour, la divine Emilia Chiapponi s’attire les regards lubriques de tous les hommes rassemblés dans les boutiques du coin. Un seul d’entre eux se refuse à assister au spectacle, affichant un apparent mépris pour ses congénères. Ce petit coquin de Marelli, joué par Tomas Milian, est en réalité le pire d’entre eux et fait bien pire que de reluquer : chaque soir, il appelle Emilia et lui fait part de ses fantasmes. Il en est au point d’exhorter la belle à venir sous ses draps avant qu’il ne puisse plus retenir ses pulsions. Quoique femme mariée, Emilia s’amuse beaucoup de son prétendant, et elle-même finit par laisser travailler son imagination.
Plus haut, j’évoquais la maigreur scénaristique des comédies façon La Toubib du régiment (sorti la même année que Sexycon qui mettraient une heure et demi à présenter ce qu’un sketch aurait tout aussi bien pu contenir. Il n’y a qu’à réduire le casting à un seul homme auquel on fait endosser le rôle à la fois du naïf et du pitre à la Alvaro Vitali et à se limiter sur le nombre de situations scabreuses, et le compte est bon. Dont acte. « La belle jument » est ce raccourci, dans lequel un Tomas Milian méconnaissable laisse parler son sens bien connu de la facétie en se glissant dans les frusques d’une caricature de puceau binoclard avec des dents de lapin. L’antithèse d’une Edwige Fenech alliant la perfection physique au raffinement. Le seul point de divergence avec la plupart des comédies sexy est que son Emilia Chiapponi sait très bien ce qu’elle inspire aux hommes et en joue beaucoup, notamment lors de ses conversations téléphoniques. Il en résulte qu’elle est donc plus « humaine » que les fonctionnaires zélées habituellement de mise. Mais elle reste malgré tout intouchable, et c’est bien là le ressort comique qui pousse Marelli à vivre dans le fantasme, comme les troufions du régiment avant lui. Les deux ou trois scénettes qu’il s’invente sont autant de sketchs dans le sketch et cherchent à allier érotisme et humour gras, qui retourne à une occasion (la meilleure) dans la fonction publique le temps que Marelli déculotte Emilia dans la cellule du tribunal où il s’imagine chargé de la surveiller pendant que le juge énumère les troubles à l’ordre publique qu’il reproche à l’inculpée. Très classique somme toute, mais le petit côté gentiment subversif de la chose n’est pas sans faire sourire. Un sketch sympathique n’allant pas chercher loin : du vrai Martino / Fenech.

« Pour une heure d’amour » réunit Barbara Bouchet dans la peau d’une honorable bourgeoise au foyer et Enrico Montesano dans celle d’un prétendant débarquant de nulle part avec une valise de 20 millions de lire pour s’offrir une heure d’amour. Nonobstant l’indignation affichée, la belle blonde finit par céder. Mais peu après, l’homme est déjà de retour avec 20 autres millions !
S’il est plus éloigné des comédies sexy classiques, ce sketch n’en est à première vue pas plus élaboré. Il fonctionne selon un canevas plutôt figé qui laisse en fait la part belle aux acteurs : Bouchet se délecte de camper une femme bien sous tous rapports qui derrière la façade scandalisée est en fait trop heureuse de s’encanailler auprès d’un total inconnu. Le personnage de Montesano se caractérise pour sa part en un mot : audace. Là encore, l’opposition entre l’homme et la femme est de mise, cette fois avec une portée satirique plus prononcée mais qui vise essentiellement la femme bourgeoise, dont les bonnes mœurs volent en éclat non pas par appât du gain mais par pur envie d’une aventure sexuelle. L’argent n’est là-dedans qu’un paravent utilisé pour ne pas avoir l’air d’être portée sur la bagatelle, ce qui en milieu bourgeois est condamnable au contraire de l’attraction pour l’argent. Mais ce faisant, la femme devient une espèce de prostituée de luxe… Ce qui n’est là encore secrètement pas pour lui déplaire. Le carcan moral dont s’affranchit la bourgeoisie est un vieux thème toujours très porteur (il n’y a qu’à voir les expressions recherchées dans google par les visiteurs qui atterrissent sur Tortillafilms, tiens !). Sergio Martino s’y frotte avec simplicité mais efficacité, d’autant qu’il sait bien jouer des atouts de Barbara Bouchet dont le personnage ne fait qu’accentuer l’érotisme à force de jouer aux saintes nitouches qui ne cherche à repousser son assaillant qu’en paroles.

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« Vue imprenable » marque une baisse de niveau. La raison en est qu’un troisième larron vient s’immiscer dans le couple de personnages principaux (Aldo Maccione et Sydne Rome). Et ce larron est un chien par trop jaloux, ayant conduit à la fuite tous les prétendants de sa maîtresse. C’est d’ailleurs le désespoir qui poussa Marcella vers le suicide, duquel elle fut sauvée par Adriano. Elle vit dans cette aventure l’arrivée tant attendue du prince charmant et lui, la possibilité d’une aventure d’un autre type. Mais ni l’un ni l’autre ne voient leur projet aboutir, la faute à ce satané clébard possessif.
Ni très sexy ni très subversif, « Vue imprenable » tourne court. Même Aldo Maccione ne sait trop comment incarner son personnage, qui souhaite juste tirer son coup sans se soucier des problèmes existentiels de Marcella. Il doit donc incarner un homme banal plongé dans l’absurde. Bloqué par la nécessité de ne pas ruiner l’argument comique en tirant la couverture à lui, il est contraint de limiter ses mimiques coutumières au strict minimum, c’est à dire faire ressortir la loufoquerie de la situation. Laquelle n’est donc tout simplement pas drôle… Le chien ne fait pas grand chose d’autre que d’aboyer (quoiqu’à un moment il part regarder Lassie à la télé… bof bof) et sa maîtresse de lui crier dessus, jusqu’à finir par lui parler des besoins de sa vie sentimentale. Ce sketch aurait tendance à apparaître hors-sujet : le sujet de départ ne présente pas cette petite dose de malice avec laquelle Martino a présenté les relations hommes / femmes dans les deux précédents. Sa seule conception de l’humour est en gros d’empêcher un couple de faire l’amour par la faute d’un chien. Il n’y a pas d’autre idée et rien à se mettre sous la dent, le chien empêchant même Sydne Rome de jouer de ses charmes. Il n’est donc pas étonnant que cela se termine en farce tout-public qui n’est pas plus drôle que le reste.

« En panne des sens » n’est pas hors-sujet mais il est plus ou moins similaire à « La belle jument » en ceci qu’il nous montre un homme, un chauffeur joué par Alberto Lionello, mis au supplice par les poses affriolantes de son aristocrate de patronne, Esmeralda (jouée par Giovanna Ralli), laquelle ne le laisse pourtant pas approcher. Il apparaîtra que leur petit jeu est moins spontané qu’il n’y paraît, la décevante ironie finale donnant une allure en fait plutôt conformiste à l’affaire, qui n’aura de toute façon jamais été bien loin. Comme le sketch précédent, celui-ci ne sait trop comment progresser et se limite à cet ingrédient de la sexy comédie consistant à dévoiler l’actrice principale et, partant, à rendre fou d’envie l’acteur principal. Il ne lui faut pas grand chose, Ralli se contentant de montrer son porte-jarretelles ou de se parfumer le décolleté. Le sketch joue en fait sur la différence de statut entre l’aristocrate et le chauffeur, la première devant se montrer d’une grande classe (d’où les dessous affriolants) et le second devant incarner le vulgum pecus torturé par le désir jusqu’à en devenir proprement ridicule. Cela ressemble à « La belle jument » donc, mais c’est aussi le contrepied de « Pour une heure d’amour » : la femme ne refuse pas qu’en paroles et l’homme se montre timoré. D’où le surplace qui caractérise ce sketch, en outre desservi par un Alberto Lionello qui (mais à sa décharge cela doit venir du scénario) ne se livre pas suffisamment au cabotinage pour faire plonger l’ensemble dans la farce outrageusement crétine qui aurait pu offrir un échappatoire. Cela aurait nécessité la présence du roi des crétins de la sexy comédie, le très rodé Alvaro Vitali. Las, Martino ne s’abaisse pas à ce niveau et ses gags sont dérisoires (le chauffeur qui pompe comme un malade le matelas pneumatique de sa maîtresse, tout en pensant à pomper autrement).

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Deux bons, deux médiocres, c’est donc le dernier sketch qui permettra de trancher sur la qualité de Sexycon. « Le garde du corps » affiche déjà le grand mérite d’être différent des autres sketchs : ni l’homme ni la femme ne sont obnubilés par la frivolité. Marina (Dayle Haddon) est la fille d’un homme plein aux as, et Alex (Marty Feldman) est son garde du corps, embauché par papa. Un garde du corps extrêmement zélé, toujours aux aguets, et pour lequel l’intimité de sa cliente n’est rien comparé à la tâche qu’on lui a confié.
De sexualité, il n’est pas vraiment question dans ce sketch, du moins pas directement. Marina essaye bien de recevoir un ami, mais cela ne sert que de prétexte à l’énième intrusion inopinée d’Alex dans son intimité. Le débarquement du garde du corps dans la salle de bain se perçoit de la même manière, et si érotisme il y a, seuls les spectateurs sont concernés. Alex le dit clairement à Marina : à ses yeux, elle est un objet à défendre. Et il s’agit de la vérité, le ressort comique reposant justement sur sa totale absence d’égard envers elle, sa vie privée et sa pudeur. Le professionnalisme est total, et en faire un simple artifice pour des menées libidineuses aurait grandement amoindri les qualités du personnage joué par Marty Feldman. Celui-ci domine le film entier de la tête et des épaules en incarnant une sorte de James Bond mâtiné d’Inspecteur Clouseau cantonné à une tâche dont la vacuité est en décalage complet avec le zèle déployé. Alex apparaît ainsi inhumain de crétinerie, non seulement parce qu’il est incapable de comprendre les besoins de sa cliente mais aussi parce que les actions qu’il entreprend afin de la protéger sont totalement inappropriées. Comme de faire un vol plané depuis une table pour défoncer une porte derrière laquelle se dissimule un chat, ou encore fouiller la baignoire alors que Marina est dans son bain pour vérifier l’éventuelle présence de requin dissimulé (mais le summum est atteint dans le final, où, recouvert de ciment, il continue à faire son job tel un terminator). Même en s’abstenant de toute action, Marty Feldman prête à rire. Bien conscient de l’impact de son regard, avec ses célèbres yeux exorbités atteints de strabisme, il en use à foison. Rien que de le voir ronger une carotte inspire l’amusement… Bien sûr, cette forme de comédie burlesque n’est pas vraiment dans la satire morale du film, mais qu’importe, puisque ce sketch est de loin le plus drôle.

Sexycon remporte ainsi la mise. Bon enfant y compris dans ses instants les plus érotiques, il est dans le ton de ce que la libération des mœurs a provoqué pour le cinéma comique et populaire italien. C’est à dire avant tout la désacralisation de la nudité, des convenances et des carcans sociaux. Le ton est léger, badin, et si Martino ne fait pas mouche à chaque fois, il démontre malgré tout qu’il n’est pas besoin de faire de la provocation pure et dure ni même de vulgarité -et encore moins de pondre un pensum- pour plaire. Un petit film enjoué, spontané et charmant suffit au bon plaisir.

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