Cinéma Science-Fiction

Prometheus – Ridley Scott

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Prometheus. 2012.
Origine : Etats-Unis
Genre : L’ombre d’un classique
Réalisation : Ridley Scott
Avec : Noomi Rapace, Michael Fassbender, Idris Elba, Logan Marshall-Green…

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A la suite de la découverte de pictogrammes dans plusieurs vestiges de civilisations disparues, un couple d’archéologues en arrive à la conclusion que l’humanité serait le fruit de créateurs extraterrestres. Tous représentent un humanoïde de grande taille montrant du doigt une constellation de six étoiles à une assemblée en adoration. Elizabeth Shaw et Charlie Holloway y voient une invitation qu’ils s’en voudraient de décliner. Leur théorie séduit le riche homme d’affaires Peter Weyland qui décide de financer l’expédition. Celle-ci prend place à bord du vaisseau Prometheus, composée de 17 membres dont la majorité ignore la raison d’un tel voyage. Faut-il qu’ils soient grassement rétribués pour avoir accepté de participer à un tel périple. Quoique vu ce qui les attend sur LV-233, ils auraient dû y réfléchir à deux fois…

A 75 ans, on peut s’étonner que Ridley Scott revienne à l’un de ses films phares, surtout après les nombreuses déclinaisons que Alien, le huitième passager a déjà connu. Or, si on se penche sur l’ensemble de sa carrière, on constate qu’il n’en a toujours fait qu’à sa tête, touchant à tous les genres (heroic fantasy avec Legend, thriller avec Traquée, péplum avec Gladiator…) sans réelle ligne directrice. Toutefois, à en croire le discours promotionnel accompagnant la sortie de Prometheus, réaliser une préquelle à Alien est une idée qui lui trotte dans la tête depuis fort longtemps. Il nourrissait de longue date l’envie de revenir sur le « space-jockey », cet immense extraterrestre comme fossilisé que découvraient éberlués Dallas, Kane et Lambert avant de tomber sur les œufs des aliens. D’un élément anodin quoique constitutif de l’aura de mystère qui entoure l’origine des aliens, Ridley Scott a voulu en faire un élément central de son nouveau film, voire même le point d’ancrage d’une nouvelle saga. Contrairement au Ridley Scott de 1979, celui de 2012 est convaincu de son talent –pourtant visible de manière trop fugace depuis plus de trois décennies– et de sa supériorité sur ses pairs. Ainsi a-t-il ambitionné d’en remontrer à James Cameron et son Avatar, comme s’il n’avait toujours pas digéré le tour plus guerrier que son cadet avait donné à la suite de son Alien, et surtout que ce ne soit plus lui, Ridley Scott, qui soit considéré comme une référence dans le domaine de la science-fiction. Il ne faut donc pas chercher plus loin les raisons du sous texte métaphysique du film à propos de la réelle place de l’Homme dans l’univers. Ridley Scott veut sortir son nouveau film de l’ornière du simple film de genre pour lui conférer une forme de respectabilité. Encore aurait-il fallu que le scénario emprunte des voies nouvelles, plutôt que se contenter du minimum syndical en ce qui concerne la construction d’une nouvelle mythologie.

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Passée une entame intrigante quoique assez révélatrice de ce qui va suivre, Prometheus déploie un mimétisme irritant pour ceux qui connaissent le premier film, jusque dans le lettrage du titre. Ce qui de prime abord peut apparaître comme autant de clins d’œil à la saga, révèle à la longue un manque flagrant d’imagination. Présence d’un androïde aux desseins troubles, un personnage féminin qui gagne ses galons d’héroïne dans l’adversité, la mission dont la finalité n’est pas ce qu’elle paraissait être… Prometheus est un véritable inventaire des éléments constitutifs d’Alien, poussant le bouchon jusqu’à en épouser la structure. Nous avons donc droit à une scène d’exploration avant que l’élément étranger ne s’immisce au sein de l’équipage. Cependant, les connaisseurs les plus pointus de la saga auront noté dès la lecture du synopsis que nos braves explorateurs menés par le couple Shaw – Holloway ne parcourent pas la même planète que Dallas, Kane et Lambert. LV-233 s’est substitué à LV-426 sans que je puisse affirmer que cela relève d’une simple erreur de la production, ou bien d’une envie bien réelle de marquer sa différence –toute relative– avec le premier film. Quoiqu’il en soit, cette modification est révélatrice de la position inconfortable dans laquelle s’est volontairement mis Ridley Scott. En n’assumant pas pleinement le statut de préquelle de son film, il ouvre en grand la brèche à redouter dans ce genre d’exercice : l’impression de mauvais rafistolage entre les événements du nouveau film et de l’ancien. Ici, cela se traduit notamment par le message de mise en garde laissé par Elizabeth Shaw aux éventuels vaisseaux qui viendraient passer dans le coin, celui-là même qui sera plusieurs années après intercepté par l’ordinateur de bord du Nostromo. Un message laissé donc sur LV-233 mais dont la provenance –c’est ballot !– sera identifiée comme étant située à 2km à peine du lieu d’atterrissage de la navette du Nostromo sur… LV-426. Un détail qui ne prendrait pas tant d’importance si ce que Prometheus proposait par ailleurs se dotait d’un semblant d’intérêt.
Dès les premières scènes à bord du vaisseau –l’androïde David s’adonnant à des petits plaisirs tels que jouer au basket juché sur un vélo, se façonner l’aspect de Peter O’Toole dans Lawrence d’Arabie, visionner les rêves d’Elizabeth Shaw –, un sentiment diffus de ratage se fait jour. Hormis cette entêtante sensation de déjà-vu mentionnée plus avant (la caméra parcourt les coursives du Prometheus comme 30 ans plus tôt celles du Nostromo), le film transpire l’artificialité. Un sentiment qui grossit au réveil de l’équipage et à ses interactions dans une accumulation de poncifs qui leste le récit pour toute sa durée. Dialogues ineptes, personnages à peine esquissés (à part un chèque accumulant les 0, je ne vois pas quelle autre raison aurait pu motiver Charlize Theron à interpréter la froide Meredith Vickers), tout concourt à nous tenir à distance d’une intrigue tellement balisée que nous avons toujours un coup d’avance sur son déroulement. Ridley Scott insiste sur un caisson d’opérations médicales automatisées ? On peut être certain qu’il occupera une place de choix dans les événements à venir. Elizabeth Shaw se lamente de son incapacité à enfanter ? La scène suivante nous l’annoncera enceinte. Et tout est à l’avenant, lorsque le script ne laisse pas passer d’énormes incohérences. Par exemple, comment peut-on croire que deux membres de l’expédition puissent se perdre dans le dédale de l’édifice extraterrestre alors qu’ils sont suivis en permanence via les caméras insérées dans leurs combinaisons par l’équipage du vaisseau, et que l’un d’eux, le géomètre, utilise des drones volants qui enregistre dans les moindre détails la topographie des lieux ? De même, lui et son compagnon d’infortune, un biologiste, se présentent comme deux trouillards qui oublient soudain toute prudence lorsqu’ils font face à une drôle de créature. Rien n’est trop gros lorsqu’il s’agit d’aiguiller le récit sur les rails du film d’horreur. Et que dire de la finalité de tout ce pataquès, une banale histoire d’invasion extraterrestre tuée dans l’œuf ! Avec tout ça, on en oublierait presque l’essentiel, l’irruption tant attendue de l’alien. Malheureusement, comme le reste, celle-ci croule sous le ridicule, compliquant davantage un mode de gestation déjà fort contraignant en en multipliant les étapes et les états.

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Le grand retour à la science-fiction de Ridley Scott est donc bien loin d’être une réussite. Pour deux bonnes trouvailles (la boîte noire du vaisseau extraterrestre qui révèle son contenu sous forme holographique ; et l’attendue mais très efficace opération dans le caisson médical), il faut supporter un monceau de scènes plus convenues les unes que les autres au profit d’un discours métaphysique d’une affligeante pauvreté. A quoi bon opposer Dieu et les extraterrestres. Dans un cas comme dans l’autre, l’Homme s’avère le jouet de leurs créateurs, ces derniers agissant avec nous comme un enfant avec un jouet qui ne l’amuse plus : en le détruisant. Les nombreuses questions que se pose la pauvre Elizabeth mériteraient de demeurer sans réponse tant la vacuité de sa quête n’a d’égal que le vide intersidéral. Quant à Ridley Scott, il semble toujours désireux de revisiter son œuvre, caressant le projet d’apporter une déclinaison à Blade Runner. Compte tenu de l’échec Prometheus, il serait préférable que ce projet absurde ne voie jamais le jour.

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