Cinéma Horreur

Massacre au camp d’été – Robert Hiltzik

Ecrit par Loïc Blavier

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Sleepaway Camp. 1983.
Origine : Etats-Unis
Genre : Slasher
Réalisation : Robert Hiltzik
Avec : Felissa Rose, Jonathan Tiersten, Karen Fields, Christopher Collet…

Huit ans après avoir vu son père et son frère tués par un hors-bord, la jeune Angela (Felissa Rosse) qui vit désormais chez sa tante Martha, est envoyée dans un camp de vacances en compagnie de son cousin Ricky (Jonathan Tiersten). Mutique, Angela peine à s’intégrer à l’ambiance vacharde entretenue par ses pestes de cothurnes. Bien que protégée par Ricky et par l’ami de celui-ci, avec lequel elle commence même un flirt, Angela devient vite la tête de turc des pires chenapans du camp. Bien mal en a pris à ses tourmenteurs, qui l’un après l’autre passent l’arme à gauche.

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Encore un slasher ! Et en plus situé dans un camp de vacances boisé, autour d’un lac ! Un créneau accaparé par les Vendredi 13 (déjà 3 volets en 1983) et déjà utilisé par le très bon Carnage de Tony Maylam. D’innombrables autres productions modestes allaient faire de même… Voilà qui laissait augurer d’un anonymat bien mérité pour un Massacre au camp d’été qui avec son réalisateur / producteur / scénariste novice et son point de départ remontant au traumatisme infantile de son héroïne n’offrait a priori rien de folichon. Et pourtant, en dépit de toutes ces balises, le film de Robert Hiltzik a bel et bien réussi à se faire une place au soleil, générant même trois séquelles et demi (la quatrième ne fut jamais terminée et se retrouve à l’état de bonus dans un coffret DVD paru dix ans après son tournage avorté), signe de l’existence d’un public demandeur. Comment un film qui a priori n’offre rien d’autre que les clichés d’usage a-t-il bien pu s’attirer tant d’égards ? Et bien peut-être justement parce qu’il a su plutôt habilement jouer avec les codes fixés par la concurrence pour créer une certaine surprise. Non pas que Massacre au camp d’été soit d’une inventivité folle, et une vision superficielle (ou tout simplement le fait de le prendre de haut) réduira à coup sûr à néant les efforts déployés, mais il se démarque en tout cas suffisamment du tout venant pour mériter sa place. Peut-être pas au dessus du panier des slashers en compagnie des Black Christmas, Halloween ou autres Carnage, mais juste en dessous. C’est que contrairement à ses collègues, Hiltzik adopte une vision assez cynique permettant de donner une tonalité particulière à son essai, le faisant dépasser le stade du jeu de massacre. Ainsi, si ses victimes se repèrent tout autant que celles du premier Vendredi 13 venu, ce n’est pas parce qu’elles affichent telle ou telle prédisposition qui les font paraître moins méritantes que le ou les survivants eux aussi tout désignés. Toutes ont en commun d’avoir un fond de réelle méchanceté à l’égard d’Angela, laquelle n’est pas l’héroïne toute lisse habituelle mais une jeune fille apathique passant la majeure partie de son temps à l’écart de tout le monde (on ne compte plus les scènes où elle reste assise comme un légume à regarder ceux qui lui parlent d’un regard de merlan frit). Une figure horripilante qui n’est pas à sa place au milieu de cette meute d’adolescents imbéciles se livrant à leurs bêtises habituelles. Sa personnalité atypique n’est pas sans déborder sur l’atmosphère dégagée par le film. La non participation d’Angela au train train quotidien -activités des moniteurs, blagues potaches, rivalités amoureuses- fait d’elle autre chose qu’un simple souffre douleur prenant sa malchance comme allant de soi (un des garçons a cette philosophie). Elle est une perpétuelle insulte pour les autres, et ceux-ci se montrent donc particulièrement mesquins. La mort de ces tourmenteurs prend alors l’aura d’une revanche, effectuée pour la défense disproportionnée d’une adolescente franchement peu attachante.

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Il n’y a pas de bon personnage dans Massacre au camp d’été, pas même le protecteur cousin Ricky (qui quand il ne protège pas Angela est un morveux comme un autre), pas même le bon copain Paul, obséquieux et immature (l’affection qu’il porte à la jeune fille est en porte à faux avec la nature renfermée de celle-ci, dont elle peine à sortir). Ne parlons pas des adultes, entre les moniteurs transparents, le chef cuistot vicieux et le gérant à côté de ses pompes. Par conséquent, il n’y a pas non plus de moralisme. Ce qui n’était pas une gageure seulement pour un slasher dans l’ère du temps, mais aussi pour un film qui a commencé par un traumatisme d’enfance, un évènement censé nous apitoyer sur le sort de Angela huit ans plus tard. Ce qui n’est jamais le cas : il n’est plus fait question de cette histoire durant la durée du film. Le final arrive comme un coup de tonnerre : s’il n’a pas été difficile du tout de trouver l’identité du meurtrier, ses motivations sont bien plus tordues qu’on ne pouvait le penser. Ce rebondissement ultime n’est pas louable uniquement par son aspect macabre (saupoudré d’une touche d’humour déviant grotesque) mais aussi par une mise en scène adaptée sachant exploiter le ton de la scène. Du reste, sans en avoir eu l’air, Hiltzik aura savamment mis son film en images. Pratiquement pas de faux suspense en caméra subjective, mais un style brut voire quelconque ne faisant que rendre les divers trépas encore plus impressionnants qu’ils ne le sont déjà au niveau graphique. Ils font en effet la part belle aux effets de maquillage, très réussis, et plutôt que sur le sang et la brutalité ils insistent sur les modifications corporelles infligées à l’ébouillanté, au noyé, au piqué par les guêpes… De quoi insister sur la démesure de ces sanctions face aux outrages mesquins mais futiles subis par Angela. Il y a quelque chose de Carrie dans ce slasher qui peut en outre s’enorgueillir d’aborder en filigrane le sous-texte de la sexualité adolescente de façon bien moins primesautière que dans un Vendredi 13 ou que dans une comédie adolescente. Massacre au camp d’été nous laisse forts de plusieurs scènes marquantes et séduit par sa capacité à faire naître une certaine gêne, à faire rire jaune derrière un scénario en apparence anodin (le personnage de la tante d’Angela, quoique très peu présente à l’écran, incarne cette qualité de la façon la plus évidente qui soit).

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