Action Cinéma

Au Service Secret de Sa Majesté – Peter Hunt

Ecrit par Loïc Blavier

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On Her Majesty’s Secret Service. 1969.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Action
Réalisation : Peter Hunt
Avec : George Lazenby, Diana Rigg, Telly Savalas, Ilse Steppat…

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Après cinq James Bond, Sean Connery s’en va. Par peur d’être catalogué, par envie de faire autre chose, par perplexité face à l’évolution de la saga. Pour le remplacer, d’innombrables postulants (dont Timothy Dalton, qui se rétracta finalement, se trouvant trop jeune pour le rôle) et quelques acteurs confirmés, souhaités par la production (Roger Moore, qui en raison de son engagement pour la série Le Saint ne put se libérer). Mais c’est finalement à un inconnu qu’incomba la lourde tâche de succéder à Sean Connery : George Lazenby, mannequin australien aperçu uniquement dans quelques spots de pub britanniques. L’homme n’est cependant pas tout à fait un novice en matière de cinéma, puisqu’en 1965 il eut un tout petit rôle dans 077 Espionnage à Tanger, repompe bondienne expurgée après coup de trente minutes, dont celles de Lazenby. Pas de bol !
Toujours est-il que le nouveau 007 allait avoir fort à faire pour gagner l’opinion du public et de la critique. C’est peut-être ce qui explique le changement d’orientation d’un personnage jusqu’ici porté sur le standing voire le snobisme. Conduite par Peter Hunt, réalisateur de seconde équipe ou monteur sur la saga et promu ici au rang de réalisateur, l’histoire d’Au Service Secret de Sa Majesté (toujours adaptée d’un roman de Fleming) démarre là où on l’attendait pas. Sur une plage déserte et romantique, James Bond s’en va secourir une belle jeune femme qui semblait se diriger sciemment vers la noyade. Il s’agit de la comtesse Teresa di Vicenzo, plus communément appelée Tracy (Diana Rigg, engagée pour pallier à l’absence de tête d’affiche). Après un début plutôt froid, les deux vont alors commencer une véritable histoire d’amour, encouragée par le père de Tracy, un mafieux corse qui n’hésitera pas à proposer la main de sa fille à l’agent 007. Celui-ci décline initialement l’invitation, mais reste en bon terme avec son possible beau-père, qui lui révélera la dernière planque de Blofeld, le leader du SPECTRE, cette fois caché dans les Alpes suisses sous le nom de Bleuchamp. Bien qu’officiellement déchargé du cas Blofeld, Bond va réussir à s’infiltrer dans les affaires de ce dernier sous couvert de l’identité d’un généalogiste attendu par Bleuchamp / Blofeld, ce dernier souhaitant prouver qu’il est de noble origine. Bond découvrira surtout que ce refuge dans les Alpes vendu comme un lieu de cure est en fait l’endroit où Blofeld prépare son nouveau chantage mondial, à savoir cette fois des attentats bactériologiques.

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Souvent considéré comme l’un des tous meilleurs films de la saga, Au Service Secret de Sa Majesté n’a effectivement pas d’équivalent. Mais de la à considérer son originalité comme sa principale qualité, il y a un monde. Là où l’humanisation de James Bond aurait été compréhensible à la fin de l’ère Roger Moore, on est en droit de se demander pourquoi Bond, non content d’un ravalement de façade, perd à ce point tous les traits de son caractère. Dès le pré-générique mielleux, l’agent secret s’adresse directement au public en lui faisant remarquer que « Ce n’est pas à l’ancien que tout ça serait arrivé ! ». Ce genre de clin d’œil, déplacé, témoigne du changement de ton désiré, probablement pour coller davantage à une année 1969 contestataire qui n’aurait pas forcément bien pris l’habituelle vanité de 007 (du reste si Lazenby quitta de son plein gré le rôle, ce fut en partie en raison de sa conviction selon laquelle une figure telle que Bond était destinée à ne pas survivre à la « contreculture »). En lieu et place, nous avons donc droit à un James Bond découvrant l’amour véritable, un Bond humanisé vraiment très fade auquel Lazenby donne même une certaine touche de naïveté. Le changement est radical, et les quelques passages obligés (notamment lorsqu’il charme les demoiselles de l’établissement alpin de Blofeld) sont insérés à reculons dans le récit, vite amenés, vite oubliés. A plusieurs reprises, Bond semble même redevenir un adolescent capricieux, présentant sa démission à son supérieur paternel et patriote (James Bond, fils de la nation ?) avant d’avouer à demi-mot son remord immédiat à Moneypenny, qui avait de toute façon déjà modifié sa démission en demande de congés. Tout ceci pour les beaux yeux d’une jeune femme, fille de riches tout autant capricieuse. Diana Rigg est certes une actrice respectable, mais son aura ne dispensait pas pour autant les scénaristes de lui donner une personnalité plus approfondie que celle qui nous est donnée à voir. Les sentiments qui unissent les tourtereaux ne reposent sur rien, semblant leur être tombés dessus à la seule force du poignet de Cupidon. Le départ de Bond pour l’antre de Blofeld ne va rien arranger, puisqu’il signifiera la disparition pure et simple de Tracy pendant un bon moment. Elle sera rebalancée dans l’intrigue avec un lance-pierre, servant au passage de caution scénaristique pour le dénouement d’une course-poursuite entre Bond et ses ennemis, et elle sera le point de départ de roucoulades indignes (bravo pour la demande en mariage dans une ferme alpine à l’abandon que même Mao-Tsé-Toung n’aurait pas réquisitionnée !) s’achevant par une fin « dramatique » aussi gratuite que ratée, la faute notamment à un plan final tragique sur lequel enchaîne la traditionnelle musique pétaradante des films 007, à l’opposé exact des sentiments censés être éprouvés par le spectateur.

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Cette histoire amoureuse a de plus pour conséquence d’empiéter sérieusement sur l’histoire de Blofeld, réduite du coup à peau de chagrin : un chantage simpliste, découvert et défait sans que James Bond n’ait eu à voyager (ni à utiliser un quelconque gadget). Le pauvre Blofeld, malgré la prestation honnête de Telly Savalas, passe ainsi pour un minable bandit bas de gamme. Au cours de ses cinq films précédents, Bond avait à peu près toujours été opposé à des antagonistes dignes de lui. C’est encore le cas ici, sauf que le niveau général étant ce qu’il est, nous nous retrouvons avec des protagonistes de petite envergure. L’homme de main est ici une femme, pâle copie de la Rosa Klebb de Bons baisers de Russie. Dans ses néfastes desseins (et dans un décor aux lumières chaudes quasi-psychédéliques), Blofeld emploie également des jeunes femmes de toutes nationalités, lobotomisées. Privée de mâles, elles se jetteront donc sur le James Bond infiltré et déguisé en généalogiste coincé. Les filles semblent tout droit sorties de la parodie Dr. Goldfoot and the Bikini Machine avec Vincent Price. Quant à Bond, avec ses petites lunettes et ses vêtements anciens, on le croirait inspiré par le bon vieux Clouseau de Peter Sellers.
Entre tous ces errements, nous aurons tout de même droit à quelques scènes d’action dignes d’intérêt, dont une très bonne course-poursuite en skis, la première de la saga, qui en entraînera bien d’autres. Malgré tout, leur redondance (quasiment toujours des courses-poursuites dans la neige… et substituer des bobsleighs aux skis n’y changent rien) pourra lasser, surtout qu’elles sont parfois parasitées par un montage approximatif (le réalisateur, monteur professionnel, a peut-être voulu être trop impressionnant).

A vouloir ainsi mélanger une romance et un film d’action, Au Service Secret de Sa Majesté ne réussit rien. C’est tout de même à l’histoire d’amour que l’on s’en prendra plus volontiers, sa simple présence étant à l’origine du ratage de la partie « action », qui avec plus d’attention aurait pu mener à un bon film. Et puis malgré tout, il faut bien admettre que voir un James Bond romantique -jusqu’à se balader avec sa dulcinée sur une plage et sur fond de slow chanté par Louis Armstrong- et très sérieux (hormis quelques répliques téléphonées ici ou là) reste assez douteux. Le changement d’orientation, justifiable dans certains cas, tourne ici à l’aigre. Alors oui, le film reste très fidèle au livre, c’est paraît-il le plus fidèle de la série, mais c’est aussi un film très médiocre. Heureusement pour lui que ses suites ne réservèrent pas grand chose de bon à l’agent secret. Ainsi, il ne semble pas plus stupide qu’un Moonraker, plus mou qu’un Dangereusement vôtre ou plus décérébré qu’un Le Monde ne suffit pas.

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