Unborn – David S. Goyer

The Unborn. 2009.

Origine : États-Unis
Genre : Drame de la gémellité
Réalisation : David S. Goyer
Avec : Odette Yustman, Gary Oldman, Cam Gigandet, Meagan Wood, Idris Elba, Jane Alexander, Atticus Shaffer.

Alors qu’elle s’adonne à son footing quotidien, Casey Beldon tombe nez à nez avec un gamin mutique au teint blafard et aux yeux d’un bleu intense. Soudain, en lieu et place de l’enfant se tient un chien affublé d’un masque à son effigie – très grossièrement esquissé – derrière lequel se devine ce même regard perçant. Puis l’animal s’enfuit à travers bois. Intriguée, Casey part à trousses et retrouve le masque gisant sur le sol. Prise d’une irrépressible curiosité, elle creuse la terre à l’endroit où le masque était posé et tombe sur le corps flétri d’un bébé dans un bocal rempli de formol. Heureusement, tout cela n’est qu’un mauvais rêve. Du moins le croit-elle jusqu’à ce que les visions de ce gamin se multiplient, assorties d’autres ayant trait à des insectes. Qu’elle soit éveillée ou dans son sommeil, d’horribles images la hantent avec de plus en plus d’intensité. A cela s’ajoute l’étrange modification de la pigmentation de ses iris. Quelque chose ne tourne pas rond et cela pourrait bien être en lien avec un secret de famille trop longtemps tu.

En parallèle à ses films d’action toujours plus bourrins – en 2009, il jetait à la face du monde son Transformers 2 : La Revanche, une sorte de sitcom de la destruction – Michael Bay développe sa maison de production dénommée Platinum Dunes. Outre les films du maître des lieux, cette société se consacre au cinéma d’horreur, revisitant notamment des titres phares du genre. Se succèdent ainsi Massacre à la tronçonneuse de Marcus Nispel en 2003, Amityville de Andrew Douglas en 2005, Vendredi 13 de Marcus Nispel – un récidiviste ! – en 2009 et enfin Freddy : Les Griffes de la nuit de Samuel Bayer en 2010. Des remakes qui offrent une vague remise au goût du jour de films ayant tous à des degrés divers marqué le cinéma d’horreur sans leur apporter la moindre plus-value, même lorsqu’ils reprennent des titres plus perfectibles (Amityville, la maison du diable, Vendredi 13). Le photocopiage n’étant pas une fin en soi, cette société de production s’ouvre, heureusement, aussi à l’inédit. Plutôt connu pour son travail de scénariste – on retrouve son nom aux génériques de titres aussi disparates que Coups pour coups, une Van Dammerie du début des années 90, Demonic Toys pour la Full Moon de Charles Band, The Crow – La cité des anges ou encore Dark City – David S. Goyer profite dès la fin des années 90 de l’engouement des studios pour les superhéros, d’abord par la marge (Blade et ses deux séquelles) puis en pleine lumière (la trilogie de Christopher Nolan autour de Batman et plus tard Man of Steel et Batman vs Superman : L’Aube de la justice). Entretemps, il  est passé à la réalisation, réalisant notamment Blade : Trinity, le troisième volet de la saga Blade. Un film attendu qui aura déçu aussi bien les pontes de la New Line que le public, enjoignant le réalisateur-scénariste à davantage d’humilité. Pour se refaire la cerise, rien de tel qu’un film au budget plus modeste, mais déjà conséquent compte tenu du sujet, et ancré dans l’horreur, genre qui connaît alors un durable regain d’intérêt.

Avec son affiche un brin racoleuse, Unborn  semble chercher ouvertement à titiller les bas instincts du public adolescent. Après tout, le cinéma d’horreur et l’érotisme font souvent bon ménage et les scènes où d’accortes comédiennes dévoilent leur plastique deviennent aussi attendus que les éclats de violence, les deux pouvant entrer en corrélation. Une branche du cinéma d’horreur, les slashers en tête, véhicule ainsi toute une imagerie chrétienne où le corps de la femme est perçu comme ce fruit défendu que le simple fait de toucher, voire de désirer, s’apparente au pêcher originel et conduit à la punition divine, la mort. David S. Goyer opte pour un angle différent, plus proche dans l’esprit d’un Rosemary’s Baby voire de L’Emprise dans l’intrusion brutale du surnaturel dans le quotidien d’une femme. Outre reprendre une scène du film, le visuel de l’affiche expose clairement ses intentions. L’intrigue de Unborn relève de l’intime. C’est dans le sens d’une intrusion au plus profond de l’intimité de Casey – sans mauvais jeu de mots – qu’il faut comprendre la reprise de cette scène. Où qu’elle se trouve, Casey demeure sous la surveillance acérée de forces qui la dépassent. Même si David Goyer la filme sous la douche, cadrée de manière à ce que rien ne dépasse, ou en pleine étreinte avec son petit ami, lequel occupe l’essentiel du cadre l’écrasant de tout son amour, l’actrice Odette Yustman, vue dans Cloverfield mais aussi dans Un flic à la maternelle en élève dissipée d’Arnold Schwarzenegger, n’est pas sexualisée outre-mesure. Il la voit comme un personnage tragique empêtré dans un lourd passif héréditaire. Les évènements auxquels Casey se retrouve confrontés l’amènent effectivement à se plonger dans son passé et à découvrir les nombreux non-dits familiaux qui ont émaillé son existence jusque-là. Et dans ce registre, David Goyer ne craint pas d’en faire trop. Déjà, Casey vit avec le souvenir de sa mère se balançant le long d’une corde après qu’elle se soit pendue dans sa chambre d’hôpital, alors qu’elle n’était qu’une enfant. Un souvenir d’autant plus traumatisant que lié à la prétendue démence maternelle. Cependant, elle a su se construire en dépit de ce traumatisme, devenant une élève brillante et entretenant une relation stable et sans heurts avec Mark. Un cauchemar suffit néanmoins à ébranler durablement le mince équilibre qu’elle avait su maintenir. A partir de ce rêve étrange et morbide, dont la portée symbolique lui est expliquée par sa meilleure amie, sa vie devient une succession d’événements tous plus bizarres les uns que les autres. L’aîné des deux enfants qu’elle garde la frappe brutalement, ses yeux changent de couleur et un ignoble insecte émerge de l’œuf qu’elle vient de casser pour son omelette matinale. Une brèche s’est ouverte avec un autre monde d’où tente de s’extraire un dibbouk, un genre d’esprit ou de démon issu de la tradition juive kabbaliste. La main lourde, David Goyer situe ni plus ni moins l’origine des ennuis de Casey à la seconde guerre mondiale, et plus précisément aux expérimentations d’un officier nazi sur sa grand-mère et son grand-oncle dans l’enceinte du camp d’extermination d’Auschwitz durant la Deuxième Guerre Mondiale. Curieusement, il se refuse à nommer ledit officier. Une précaution dont ne s’embarrasse pas le doublage français, citant nommément Mengele comme principal instigateur des malheurs de Casey. L’évocation des atrocités nazies comme terreau de l’élément fantastique qui infuse le film apparaît totalement hors de propos tant la résolution de l’intrigue s’en détache au profit d’un banal exorcisme. La métaphore brille par sa limpidité. Quand on y a survécu, la shoah ne s’oublie pas et hante les rescapés jusqu’à la fin de leurs jours. Ce qui est le cas de Sofi Kozma, la grand-mère de Casey. Cette dernière porte en elle tout le poids de ce lourd passé sur lequel David Goyer s’appuie de manière triviale. Il en fait un détail noyé dans un salmigondis de possession et de réincarnation.

Fidèle à la maison-mère qui l’accueille, David Goyer use de tous les artifices mis à sa disposition. Il ne connait pas la suggestion, ou alors se refuse à la manier. Il lui faut tout montrer et de la manière la plus spectaculaire possible. Même lorsqu’il bénéficie d’un jeune acteur au visage singulier – et au demeurant déjà inquiétant – il ne peut s’empêcher d’ajouter des effets spéciaux numériques transformant son faciès en monstruosité. Comme si le fait qu’un gamin de 6-7 ans poursuive de sa folie meurtrière une jeune femme n’était pas en soi suffisamment effrayant. Ce choix peut aussi se lire comme un aveu de faiblesse. Soudain échaudé par sa propre audace, il préfère appuyer ostensiblement sur la possession du gamin plutôt que de distiller doute et malaise dans notre esprit. De manière générale, il filme les possédés en mode comic book, subitement détenteurs d’une force inouïe tel un Bruce Banner se transformant en Hulk sous l’impulsion d’une grosse colère. Voir ce pauvre Idris Elba, totalement maltraité par le cinéma américain qui lui offre la plupart du temps des personnages ineptes, éructer comme un beau diable en bandant les muscles face caméra a quelque chose de risible. David Goyer ne sait pas gérer ses effets ni même s’appuyer sur ses comédiens, se reposant essentiellement sur les images de synthèse pour distendre la réalité. La scène de l’hospice en offre une illustration parfaite avec son vieillard possédé dont la tête se met soudain à tourner sur elle-même pour finir sens dessus-dessous. Pour attendue qu’elle soit, la fugace apparition de Barto dans le dos de Sofi apparaît autrement plus efficace. Et tout est à l’avenant à l’image des visions de Casey qui vont jusqu’à visualiser l’irruption d’un insecte géant dans le décor des toilettes pour femmes d’une boîte de nuit. Dans cette débauche d’effets, qui démarre dès l’entame du film sans un minimum de mise en place, la peur a bien du mal à se frayer une place. Cela tient également à la fadeur des personnages, pour ne pas dire leur transparence. L’héroïne souffre de tant de maux (le suicide de sa mère, une grand-mère dont elle ignorait l’existence meurt peu de temps après qu’elle se soit présentée à elle, sa gémellité contrariée, etc) , occupe tellement l’écran, que les autres protagonistes n’ont guère le temps d’exister. Son père, joué par le revenant James Remar, n’est là que pour lui confirmer l’existence d’un frère jumeau mort à leur naissance ; sa meilleure amie, pourtant qualifiée de superstitieuse, fait peu de cas de ses propos ; et Mark joue les chevaliers servants avec enthousiasme à défaut de personnalité. Et que dire de Gary Oldman, réduit au rôle du rabbin, dont la présence ne semble justifiée que par l’opportunité de coucher un grand nom en haut de l’affiche. Il n’a strictement rien à jouer, mais le fait avec conviction (c’est aussi ça, les grands acteurs !), distillant une parole qui vaut de l’or… ou du moins prompte à terrasser le vilain démon qui voulait poser ses valises chez nous.

Seul maître à bord, David S. Goyer signe un film qui tient de la pièce montée, accumulant les couches au mépris d’une ligne claire. Déjà pas exempt de défauts (Casey ne brûle pas tous les éclats des miroirs qu’elle détruit, ne respectant pas les recommandations de sa grand-mère pourtant assénées en voix-off), le récit ajoute au démon venu du passé (Barto, le grand oncle) un démon venu de l’intérieur (le frère jumeau décédé désire une deuxième chance) sans trop savoir quoi en faire, si ce n’est ménager la fin ouverte de rigueur. Retourné depuis aux superhéros estampillé DC Comics, David Goyer n’est plus passé derrière la caméra que pour une poignée d’épisodes de séries télé. Il travaille aussi aux traitements de deux remakes, Les Maîtres de l’univers (faire pire que le film de Gary Goddard paraît impossible) et Hellraiser (l’ambiance vénéneuse de l’original signé Clive Barker ), preuve de son éclectisme à défaut de son talent.

 

Une réflexion sur “Unborn – David S. Goyer

  • 24 février 2021 à 19 h 44 min
    Permalien

    Il a fait aussi The Invisible deux ans avant, mais ne l’ayant pas vu tout comme je n’ai pas vu Unborn, je ne peux pas dire grand chose.

    Par contre comme scénariste je le trouve surestimé. Batman Begins lui doit beaucoup tant il apparait être le moins bon des trois films. Les suivants ont plus vu la main mise de Nolan et de son frère Jonathan Nolan au scénario, d’où une amélioration qualitative des histoires. Il aurait mieux valu que Jonathan Nolan soit resté auprès de son frère Chritopher sur Tenet comme il l’avait fait pour Inception, tant le film est incompréhensible.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.