Summer of 84 – RKSS

Summer of 84. 2018.

Origine : États-Unis
Genre : Vintage
Réalisation : Anouk Whissell, François Simard et Yoan-Karl Whissell.
Avec : Graham Verchere, Judah Lewis, Caleb Emery, Cory Gruter-Andrew, Tiera Skovbye, Rich Sommer.

Alors que les grandes vacances démarrent, une vague de disparition d’adolescents met le cerveau de Davey Armstrong, 15 ans, en ébullition. Il en vient à rapidement porter ses soupçons sur Wayne Mackey, l’un de ses voisins, et en fait part à ses amis. A eux quatre, ils entreprennent une surveillance assidue du bonhomme dans l’espoir de glaner une preuve irréfutable de sa culpabilité. Et lorsqu’ils tombent enfin sur celle-ci, ils doivent faire face à l’incrédulité des adultes, peu enclins à donner du crédit à leurs accusations. Petite précision, celles-ci mettent en cause un citoyen au-dessus de tout soupçon, agent de police de son état et apprécié de tout le voisinage.

A force de constater ces dernières années le retour en force des années 80 sur les grands et petits écrans, on peut s’interroger sur les raisons de ce soudain engouement pour une décennie pourtant si décriée par le passé et grossièrement réduite à ses aspects chics et tocs. En ces temps troublés et au climat délétère, c’est comme si les années 80 devenaient une valeur refuge, un doudou mémoriel dont le souvenir renvoie à un âge d’or fantasmé. Les années 80 sont désormais vues comme un eldorado où l’on pouvait évoquer tous les sujets sans risquer de provoquer une levée de boucliers, une époque plus libre, emprunte de légèreté et d’auto-dérision. La nostalgie a depuis fait son œuvre, gommant les aspérités de cette décennie au profit d’une imagerie d’Epinal, relayée en France par des documentaires sans recul qui se contentent de compiler les moments télévisuels cultes qui ont marqué les années 80 ou par la tournée des anciennes gloires du Top 50, symboles d’une nation festive et musicalement féconde. En Amérique du Nord, cet élan nostalgique passe plus volontiers par le cinéma avec en ligne de mire ces films mettant en scène des adolescents auxquels il arrive moults (més)aventures et qui ont été regroupés sous l’appellation générique de “films Amblin”, du nom de la compagnie de productions créée par Steven Spielberg qui a façonné ces années là-dans l’imaginaire collectif. Cela nous renvoie à l’Amérique triomphante des années Reagan, dans la quiétude – en surface – de ces quartiers pavillonnaires charmants où il fait bon vivre et où les adolescents jouissent d’une grande liberté de mouvements, condition sine qua none à l’éclosion de grandes aventures. Déjà auteur d’un film hautement référentiel, le post-apocalyptique Turbo Kid avec un gamin en guise de héros et les bisseries italiennes post-Mad Max 2 pour horizon, le collectif québécois RKSS (Yoann-Karl Whissell, Anouk Whissell et François Simard) poursuit dans cette voie avec Summer of 84. Un projet dont les membres ne sont pas les instigateurs mais sur lequel ils ont jeté  leur dévolu sans se faire prier.

Ah, l’été ! Voilà une saison particulièrement prisée au cinéma, souvent propice à la comédie potache. Et dans ce domaine, les réalisateurs français se montrent inspirés avec des titres tels que Le Gendarme de Saint-Tropez, Les Bronzés, Les Sous-doués en vacances, sans oublier une poignée de Max Pécas, le spécialiste du genre, parmi lesquels On est venus là pour s’éclater; Belles, blondes et bronzées ou encore On se calme et on boit frais à Saint Tropez. La saison estivale offre également la perspective de spectacles pour toute la famille, ou tout du moins des films pour lesquels les parents devront accompagner leurs gamins, comme Les Vacances de Ducobu ou Les Vacances du petit Nicolas. Des films qui fleurent bon les embruns, la crème solaire et le sable chaud. Or, tout le monde n’a pas la chance de pouvoir goûter au dépaysement pendant les vacances. Nombreux sont ceux qui restent à demeure, bien obligés de trouver des occupations pour meubler ces deux longs mois. Davey et ses amis ne rencontrent pas ce genre de problématique. Ils bénéficient de l’entièreté du quartier pavillonnaire en guise de terrain de jeu, et peuvent même s’aventurer du côté du bowling local aux guidons des inévitables bicross. Ils semblent hermétiques à l’ennui, s’enthousiasment d’un rien (le feuilletage d’un magazine de charme leur provoque bien des émotions) et conversent encore entre eux le soir à l’aide de leurs talkiewalkies lorsqu’ils ne sont pas à arpenter les ruelles désertes du quartier la nuit venue pour des parties endiablées de chasse à l’homme en compagnie des autres gamins du voisinage. Leur été s’annonce donc sous les meilleurs auspices, riche en rires et en taquineries. Or Davey ne saurait se contenter de vacances pépères. Porté sur la presse sensationnaliste dont les articles les plus gratinés ornent l’un des murs de sa chambre, il semble avoir, si ce n’est un don, tout du moins une inclination pour déceler ce qui ne tourne pas rond. Il lui suffit d’un bref passage dans la cave de Wayne Mackey puis d’apercevoir une porte cadenassée pour qu’il décèle immédiatement quelque chose de louche chez ce voisin qu’il côtoie pourtant depuis qu’il est enfant. Un point de départ quelque peu léger que les réalisateurs traitent avec le plus grand sérieux. Entièrement voués à leur jeune personnage principal, ils exposent ses soupçons comme un fait acquis, accrédité par la voix off sur laquelle s’ouvre le film. Les quelques doutes quant à la culpabilité du policier n’émaneront que de ses parents (“Un voisin si gentil !”) ou de ses amis, une fois ceux-ci confrontés à la réprobation des adultes. Lui reste droit dans ses bottes, convaincu du bien fondé de sa croisade, même s’il n’en mesure pas la dangerosité. Fort de cette évidence, le récit se déroule sans soubresauts sur le mode du jeu. Pour ces adolescents, il n’y a finalement pas grande différence entre jouer à la chasse à l’homme et s’adonner à une surveillance poussée de l’un de leurs voisins. Ils sont déjà un peu voyeurs par essence, passant par exemple leur temps à observer à l’aide de jumelles Nikki, l’ancienne nounou de Davey et à peine plus âgée qu’eux, dont la chambre se situe en face de la sienne. L’enquête menée par Davey et ses amis navigue ainsi constamment d’une ambiance très romans de la Bibliothèque rose type Le Club des cinq à celle d’une chronique adolescente avec ce que cela présuppose en amourette (le rapprochement de circonstance entre Nikki et Davey), vannes essentiellement portées sur le sexe et en cellules familiales défaillantes (Woody dont la mère ne parvient pas à concilier son travail éreintant d’infirmière et sa vie de famille, quasi inexistante; le métalleux Eats qui souffre des disputes parentales perpétuelles). Les réalisateurs noient sciemment leur thriller derrière ce décorum pour mieux retourner le spectateur lors d’un dernier acte à la tonalité plus amère quoique un brin fabriquée.

A l’instar de ces films référentiels dont il se réclame, Summer of 84 cultive le clin d’œil cinéphilique. Néanmoins, reconnaissons aux réalisateurs une certaine modération dans cet exercice. Ils usent de références cinématographiques davantage pour servir le récit que pour lui conférer une patine clé en main. Ainsi, de l’avis de recherche figurant sur la brique de lait (Génération perdue), à la citation littérale de Gremlins lors d’un détournement du terme Mogwaï à des fins grivoises, en passant par la réplique “I have a bad feeling about this” (La Guerre des étoiles et déclinée depuis dans tous les épisodes de la saga en guise de running gag), toutes les références s’imbriquent naturellement dans le récit sans engendrer cette désagréable sensation de coup de coude entendu de la part des réalisateurs. En revanche, le film se construit plus volontiers sous l’influence de Les Banlieusards, film jusqu’alors méconnu de Joe Dante et qui a bénéficié d’une édition collector très fournie éditée par Carlotta, ce dernier évoquant en creux le Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock. Il y est là aussi question de gens désœuvrés qui se convainquent que des événements extraordinaires, si ce n’est horribles, se déroulent dans la quiétude de ces banlieues pavillonnaires, sorte de microcosme où tout le monde observe tout le monde. En dépit d’une fin décevante par son conformisme, Les Banlieusards séduit par sa folie et son irrévérence là où Summer of 84 demeure désespérément sage. Au-delà du contexte qui n’influe jamais sur l’existence des adolescents (les diverses disparitions qui s’accumulent ne semblent guère inquiéter les familles, et encore moins les autorités, qui laissent les enfants faire les 400 coups), la non remise en question des assertions de Davey tend à placer le film dans une mécanique figée dans son confort. L’attitude de Davey n’est jamais remise en cause alors même que sa passion pour les articles de presse sensationnaliste aurait dû apporter un soupçon d’incertitude. En outre, on sent chez lui une envie de se confronter à l’image du père, lui-même journaliste, voire à attirer son attention en levant un lièvre qu’il n’aurait pas perçu alors que cela se déroule en face de chez lui. Malheureusement, cette quête effrénée de scoop n’est jamais questionnée, pas plus que ses soupçons, lesquels se portent comme par hasard sur l’unique célibataire du quartier. Comme si dans ces quartiers pavillonnaires, et familiaux par excellence, le célibat devenait source de défiance et d’étrangeté.

En se contentant de ne traiter leur sujet que sur le mode de l’évidence, les membres de RKSS témoignent d’un manque flagrant de personnalité. Ils refusent systématiquement toutes les bifurcations induites par leur récit pour se contenter d’une narration linéaire et unidimensionnelle. Au demeurant, Summer of 84 tient la route. C’est proprement réalisé, les adolescents sont crédibles et le tout baigne dans une agréable atmosphère surannée mâtinée d’une bande originale aux sonorités électroniques. Nous aurions tout de même pu espérer davantage de recul par rapport au sujet traité et surtout de pouvoir être surpris.

 

Une réflexion sur “Summer of 84 – RKSS

  • 4 octobre 2020 à 15 h 12 min
    Permalien

    J’ai lâché le film au bout d’une demi heure, puis j’ai accéléré jusqu’à la fin. Cette mode de vouloir refaire les années 80, ça ne marche pas. Surtout qu’avec l’image nette ça jure avec cette nostalgie qui rappelle des films qu’il vaut mieux revoir si l’on est touché par ce sentiment.

    Et la dernière partie qui part vers quelque chose de plus macabre et glauque, jure avec l’insouciance des ados dans le reste du film. Cette rupture de ton est tellement étrange que je ne sais pas quoi dire.

    Répondre

Répondre à simon131081 Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.