Remo sans arme et dangereux – Guy Hamilton

Remo Williams : The Adventure Begins. 1985.

Origine : États-Unis
Genre : Action désarmante
Réalisation : Guy Hamilton
Avec : Fred Ward, Joel Grey, Wilford Brimley, J.A. Preston, George Coe, Kate Mulgrew.

Une nuit, alors qu’il est en service, l’agent de police Samuel Makin (Fred Ward) intervient pour stopper une échauffourée. Sauf que les choses tournent mal et alors qu’il pensait avoir réglé le problème, il est précipité à bord de sa voiture de patrouille dans les eaux de la baie de New York. Déclaré officiellement mort, il a en réalité été choisi par une organisation secrète pour faire le sale boulot et débarrasser les États-Unis de ses brebis galeuses. Seulement avant ça, il doit suivre le rude enseignement de maître Chiun (Joel Grey), un expert dans un art martial ancestral originaire de Corée du Nord. D’abord réfractaire, il se rend compte qu’il n’a guère de choix et accepte la proposition. Alors qu’il n’est pas encore prêt, Samuel, répondant désormais au nom de Remo Williams, doit effectuer sa première mission : neutraliser George Grove (Charles Cioffi), un fabricant d’armements doublé d’un parfait escroc.

Le 24 mai 1985, Dangereusement vôtre sort en salles aux États-Unis. Alors proche de la soixantaine, et après avoir déjà menacé de quitter la série à l’issue du tournage de L’Espion qui m’aimait puis une seconde fois au moment de la préproduction de Rien que pour vos yeux (à chaque fois pour des questions de revalorisation salariale), Roger Moore remise cette fois pour de bon le matricule 007 au placard au terme de douze années de bons et loyaux services et fort de sept films. Il va de soi que Albert R. Broccoli ne compte pas enterrer la série à l’issue de ce départ à la retraite et que celle-ci continuera avec un autre interprète. D’ailleurs, le développement de Tuer n’est pas jouer est lancé dès la fin de l’année 1985, alors même que l’identité du successeur de Roger Moore demeure un mystère. Il n’en reste pas moins que cette vacance attendue aiguise les appétits et notamment à Hollywood, laquelle aimerait bien faire la nique à ce héros so british. Et c’est ainsi qu’au mois d’octobre de cette même année sort sur les écrans Remo sans arme et dangereux, un héros labellisé 100% américain. Le film est tiré d’une série de romans – 141 à ce jour ! – signés essentiellement Warren Murphy et Richard Sapir et dont le premier tome paraît en 1971 sous le titre Created, The Destroyer dans sa version originale. En France, ce premier roman a d’abord été édité dans la collection Série Noire sous le titre de Le Guerroyeur. Depuis, la série, rebaptisée L’Implacable, a bénéficié d’une réédition chez Plon accompagnée d’un nouveau titre sous influence pour le premier roman : Implacablement vôtre. En guise de contrepoint au M.I.6, le héros travaille au service du CURE, une organisation gouvernementale ultra-secrète. Celle-ci, créée à l’initiative d’un jeune président assassiné (une manière d’apporter un nouveau mobile à l’assassinat  de John Fitzgerald Kennedy), œuvre  dans l’unique but de protéger la Constitution, mise en péril par le crime organisé. Autant dire que depuis l’élection de Donald Trump, Remo Williams doit revoir ses priorités. Pour incarner ce héros de papier à l’écran, les prétendants se bousculent au portillon. Parmi eux se trouvent Ed Harris, dont la carrière commence à décoller depuis le début des années 80 (Chicanos, chasseur de têtes, Knightriders, Creepshow, Swing Shift), et Bruce Willis auquel le cinéma se refuse encore obstinément. Ce dernier se consolera en interprétant le détective David Addison dans la série Clair de lune, rôle qui lancera définitivement la carrière. C’est finalement Fred Ward, plus âgé mais guère plus connu que Ed Harris en dépit de quelques titres prestigieux (L’Évadé d’Alcatraz, Sans Retour, L’Étoffe des héros), qui emporte le morceau.

Alors que la Guerre Froide retrouve des couleurs jusque sur les écrans de cinéma (L’Aube rouge, Invasion USA, Rambo II), Remo sans arme et dangereux se démarque de la concurrence en refusant catégoriquement de recourir au péril rouge en guise d’adversité. Le pays cultive ses propres mauvaises graines en son sein et c’est celles-ci qu’il convient d’éradiquer en priorité. Plus osé, l’organisation gouvernementale ultra-secrète qui s’octroie les services de Remo s’en remet au bon vouloir d’un ennemi de jadis (Chiun est nord-coréen) afin de former son agent d’élite. Cependant, il ne réside dans ces éléments aucune velléité subversive. Les scénaristes se contentent de reprendre telles quelles des données inhérentes à l’époque de la rédaction des premiers romans, à savoir les années 70 et tout ce que cela présuppose de défiance vis à vis des autorités, sans chercher à capitaliser dessus ou développer un discours qui leur est propre. A ce titre, ils se montrent particulièrement évasifs lorsqu’il s’agit d’évoquer le mode de fonctionnement de l’organisation, laquelle se résume à Harold Smith et son super ordinateur en coulisses et à Conrad MacCleary sur le terrain, ce dernier étant chargé du recrutement de leur super agent. Ladite organisation semble fonctionner en totale autonomie et n’avoir de compte à rendre à personne. La menace représentée par George Grove ne sera pas plus développée et donc guère prégnante sur le déroulement du récit. Il n’est qu’une cible qu’il convient d’éliminer, une sorte de baptême du feu pour Remo. Nous sommes loin des méchants mégalomanes des James Bond élaborant des plans machiavéliques à l’abri de leur base secrète ! Remo lui-même incarne l’antithèse de l’espion de sa grâcieuse Majesté. A l’extrême sophistication et aux goûts de luxe de l’agent 007, Remo oppose un côté très terre-à-terre. Américain pur jus, le soda et le hamburger composent l’essentiel de son alimentation. Néanmoins, son patriotisme se limite à ses goûts culinaires. En bon petit soldat, il fait servilement ce qu’on lui dit de faire parce qu’il n’a pas d’autre option, et non par élan patriotique. La nature profonde du personnage n’est ainsi jamais questionnée. On se fiche de qui il était avant – un agent de police lambda menant une vie terne et solitaire – pour mieux se concentrer sur celui qu’il sera après, un super agent d’élite aux aptitudes aux confins de l’irrationnel. A l’image de l’affiche, sur laquelle la posture de Remo évoque Superman prenant son envol, il y a la volonté d’en faire l’égal d’un super-héros. Et la présence de la Statue de la Liberté sert cette symbolique. Une scène-clé du film se déroule justement sur le monument phare new-yorkais en réfection, illustrant l’idée que la liberté est menacée et que quelqu’un doit la restaurer. A cet instant du film, Remo fait encore ses classes. Il s’agit de sa première sortie, du moment décisif qui va décider si oui ou non il a l’étoffe des héros.

Par ailleurs, le récit ne rechigne également pas à s’aventurer sur des terres bibliques. En un sens, le devenir de Remo après qu’il ait été officiellement déclaré mort sous son ancienne identité s’apparente à une résurrection. On peut même pousser le bouchon encore plus loin puisqu’à l’aune du rôle majeur qu’on veut lui faire jouer, il pourrait être considéré comme l’Élu. Dans le même registre, Conrad MacCleary lui expose le rôle de l’organisation, en ajoutant non sans malice un onzième commandement aux tables de la Loi à l’intention des contrevenants à “l’ordre mondial” : “Tu ne t’en tireras pas comme ça”. Mais le summum est atteint lorsque maître Chiun marche littéralement sur l’eau pour échapper à l’ennemi. Ancré dans un environnement morne et austère où des ouvriers en bâtiment acceptent de devenir des assassins pour une poignée de dollars, le récit s’ouvre donc à de régulières  bouffées humoristiques. Celles-ci tiennent essentiellement à la relation maître-élève entre Chiun et Remo. Il se joue entre eux à la fois un conflit générationnel mais également des dissensions sur le plan culturel. En somme, le film reconduit la sempiternelle association du vieux sage et du jeune chien fou. Or sur ce postulat éculé, Remo sans arme et dangereux surprend en n’édulcorant pas le personnage par rapport aux romans. Tout maître qu’il soit, Chiun se révèle tour à tour misogyne, raciste, puéril et boudeur. Pis, la sagesse ancestrale qu’on prête d’ordinaire à ce type de personnage se laisse entamer par l’attrait addictif des soaps opéras qui pullulent à la télévision. Il se comporte avec Remo comme un père fouettard, toujours plus prompt à le rabrouer et à le réprimer plutôt qu’à le féliciter. Une attitude froide et distante qui masque mal un profond respect à mesure de l’avancement de la formation. En dépit de leurs différends et de leurs différences, les deux hommes s’estiment et finiront copains comme cochons. Curieusement, c’est dans ces moments intimistes que le film trouve sa bonne carburation. Dès que l’humour laisse place à l’action, le spectacle devient plus convenu voire insipide. Cela tient à l’indigence de l’adversité (George Grove et un homme de main aussi agressif que pas bien malin) mais aussi à la plate réalisation de Guy Hamilton. Engagé pour ses états de service (quand même quatre James Bond à son actif), il ne donne pas de souffle aux “exploits” de Remo. Il y a un souci de simplicité évident (la manière dont Chiun et Remo évitent les balles ne s’appuie sur aucun effet, ce n’est pas le bullet-time), laquelle ne rime malheureusement pas avec efficacité. En somme, Remo sans arme et dangereux ennuie dès que son héros s’active, un comble. Une exception, cependant, l’infiltration d’entrepôts gardés par des dobermans. Dotés d’une intelligence et d’une abnégation sans commune mesure, les braves canidés donnent bien du fil à retordre à Remo lors d’une séquence des plus réussies car réellement surprenantes. Dommage que tout le film ne soit pas de cet acabit.

Remo Williams en restera là de ses aventures au cinéma. Par la suite, le personnage connaîtra une déclinaison sur le petit écran en 1988 avec Remo Williams : The Prophecy de Christian I. Nyby II et sera même adapté en bande-dessinée chez Marvel entre 1989 et 1991. Pour autant, Remo sans arme et dangereux pourrait bientôt refaire parler de lui à la faveur d’une mise à disposition sur ces nouvelles plateformes de diffusion télévisuelle et cinématographique. Alors que l’époque se montre de plus en plus frileuse et coercitive, qu’un personnage asiatique soit interprété par un acteur blanc aurait de quoi heurter la sensibilité de la bien-pensance. En 1985, la prestation de Joel Grey a été justement loué, aujourd’hui il serait certainement vilipendé pour s’être adonné à cette mascarade. Autre temps, autres mœurs. Pourtant, un peu de légèreté ne ferait de mal à personne.

 

 

Une réflexion sur “Remo sans arme et dangereux – Guy Hamilton

  • 18 octobre 2020 à 23 h 41 min
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    Un film qui devait amener des suites qui ne seront jamais concrétisées, Remo vaut pour sa première partie, pour cet entrainement drôle et divertissant, avant de partir dans une second partie pour une mission terne et sans saveur, comme si le réalisateur avait complètement lâché le film, et était en pilote automatique. Reste Fred Ward toujours aussi génial, avec sa trogne inoubliable.

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