CinémaHorreur

Les Démons du maïs – Fritz Kiersch

demonsdumais

Children of the Corn. 1984

Origine : Etats-Unis 
Genre : King of Pop Corn 
Réalisation : Fritz Kiersch 
Avec : Peter Horton, Linda Hamilton, John Franklin, Courtney Gains…

Dans la bourgade de Gatlin, Nebraska, les adultes n’existent plus et personne ne peut espérer atteindre les 19 ans sans être sacrifié. Le responsable se nomme Isaac (John Franklin), messager derrière lequel tous les enfants se sont groupés pour honorer l’adultophobe démon des champs de maïs, alias “Celui qui marche derrière les rangs”. Tous les dissidents sont mis à mort par le terrible Malachi (Courtney Gains), à l’exception de Sarah et son frangin Job, épargnés grâce aux talents de voyance de Sarah, capable dans ses dessins de prévoir les évènements à venir. C’est par ce biais qu’Isaac a appris qu’un couple d’adultes -Burt et Vicky (Peter Horton et Linda Hamilton)- viendrait bientôt se perdre à Gatlin. L’occasion rêvée pour faire un surplus de sacrifices au démon. Encore faudrait-il que les victimes se laissent faire sans broncher.

Après les quelques succès de prestige que sont Carrie, Shining et Dead Zone, le cinéma s’est vite emparé de l’œuvre de Stephen King pour enchaîner les séries B horrifiques vendues sur le seul gage du nom de l’auteur. Si les choses se sont depuis rééquilibrées et que les productions horrifiques plus ou moins soignées côtoient des productions tous publics de plus gros calibres, les années 80 ont été propices à cette utilisation essentiellement mercantile. Une des raisons en est qu’à l’époque, King n’avait tout simplement pas sorti énormément de livres, et que la plupart de ceux qu’il avait sorti faisaient la part belle à l’horreur ou au moins à la violence. Contournant l’obstacle de la difficulté de trouver des romans à adapter (et n’oublions pas que le pot-aux-roses Richard Bachman ne fut découvert qu’en 1985) et surtout dont l’achat des droits étaient dans leurs cordes, les producteurs se tournèrent sur les nouvelles de Danse Macabre et de Brume, quitte à les extrapoler un peu si leurs durées ne permettaient pas un long-métrage, et /ou à les détourner si l’ensemble s’avérait trop problématique à porter à l’écran. Par conséquent, le niveau de ces adaptations à petits budgets est très hétérogène, que ce soit en terme de qualité, de fidélité et de postérité. Dans le cas qui nous intéresse présentement, seul le troisième de ces critères est indéniable : quoiqu’il semble être passé inaperçu à l’époque de sa sortie, Les Démons du maïs s’est imposé sur la durée, au point de compter à ce jour sept séquelles et un remake. Il a par conséquent largement effacé des mémoires une première adaptation antérieure à lui d’un an, et qui fut placée dans un film à sketch nommé en France Contes Macabres. Pour ce qui est de la fidélité à la nouvelle parue dans Danse Macabre, on ne peut pas dire qu’elle soit flagrante. Le point de départ est repris, mais le développement se dissocie à foison. Ce qui en soit ne laisse rien présager sur la qualité du film. Les adaptations de King sont variées : ainsi Shining a été porté deux fois à l’écran, et la version sponsorisée par King (et réalisée par son sbire Mick Garris) s’avère bien inférieure à celle de Kubrick sur laquelle l’écrivain s’énerve régulièrement, bien que la renommée de son livre soit en partie imputable au film de Kubrick. Pour ce qui est des nouvelles, La Créature du cimetière représente une forme d’extrapolation réussie, tandis que Maximum Overdrive (réalisé par King lui-même) en est une autre, plutôt ratée. C’est donc au débutant Fritz Kiersch de se trouver sa propre voie, aidé par un scénariste tout aussi novice que lui.

On ne peut en tous cas pas leur reprocher d’avoir fait dans l’air du temps : Les Démons du maïs s’éloigne ostensiblement des slashers pour se rapprocher du traitement de l’épouvante des années 70, avec comme tête de gondole La Malédiction. La BO et ses chœurs sinistres y fait inévitablement penser, de même que le personnage maléfique de Isaac, sorte de Damien Thorn paysan. En revanche, le côté ésotérique fournissant le moteur du film de Donner est très largement absent, au point que si quelques séquences surnaturelles n’étaient pas exposées ici ou là, on pourrait légitimement douter du bien-fondé du culte de “Celui qui marche derrière les rangs” et croire qu’il s’agit tout simplement d’une lobotomie sur des gamins un peu faiblards d’esprit (il s’agit véritablement d’un troupeau affolé à chaque imprévu, et qui du reste ne fera pas beaucoup preuve de foi dans le final). Ce qui n’est pas sans poser un certain problème de consistance au film : sa plus grande qualité est indiscutablement la façon dont Kiersch parvient à retranscrire la désolation de Gatlin, patelin abandonné dans lequel les feuilles et épis de maïs desséchés remplacent les virevoltants du far west jusque dans un saloon ou une école déserts. Faire du maïs une entité propre à l’instar des arbres dans la forêt d’Evil Dead ou encore utiliser les nuages menaçant qui s’accumulent au dessus des champs pour annoncer les périls à venir étaient de bonnes idées. Encore fallait-il en faire quelque chose, car cela ne suffit pas. Or, en l’absence de périls autre que celui de se faire égorger par un morveux en chemise à carreaux, cette atmosphère oppressante tourne à vide et perd de son effet. Les Démons du maïs aurait pu devenir un film lovecraftien. Hélas, jamais il n’ose véritablement franchir le pas. Comme on l’a vu, les ouailles de Isaac sont bien trop bas du front pour ressembler aux humanoïdes répugnants du Cauchemar d’Innsmouth et leur dieu est aux abonnés absents jusqu’à un final plombé par des effets spéciaux pas folichons. Le tyrannique sous-fifre Malachi est la seule vraie menace rationnelle pesant sur Burt et Vicky, en partie parce que sa soif de sang tient plus de la psychiatrie que de la folie religieuse, en partie parce que son interprète, le longiligne rouquin Courtney Gains, y met suffisamment de conviction pour faire de lui autre chose qu’un simple égorgeur. En règle générale, les acteurs sont d’ailleurs inspirés, ce qui est également le cas pour le sinistre Isaac, campé par un John Franklin au visage inquiétant (on dirait vraiment un vieux dans un corps de jeune) voire de Peter Horton (futur co-réalisateur de Amazon Women on the Moon) et Linda Hamilton. Mais ces acteurs n’ont en fait rien à faire : Isaac a beau vouer tout le monde aux flammes éternelles, son dieu demeure flou. Quant aux deux héros, non seulement ils ne forment rien de plus qu’un énième couple égaré sans grand relief, mais ils doivent en plus se soucier de Sarah et Job, deux gamins dont la seule utilité autre que cette vague histoire de dessin réside dans le schéma convenu de la reconstitution d’une cellule familiale. Il n’échappera à personne qu’entre ça et un monologue de Burt sur la religion d’amour, Les Démons du maïs finissent par verser dans un moralisme chrétien dont on se serait bien passés.

En regardant au-delà de la simple forme, pas spécialement jolie mais qui aurait pu déboucher sur un vrai thriller fantastique angoissant comme il faut, il n’y a pas grand chose à retenir. Des dialogues creux, voire crétins (Kiersch aurait pu au moins en profiter pour expliquer les zones d’ombre de son histoire, comme de savoir comment les parents de Gatlin ont pu tolérer que leurs moutards se réunissent dans les champs sous la direction d’Isaac ou encore comment les évènements de Gatlin ont pu rester secrets), du remplissage et quelques rebondissements convenus qui ne permettent pas d’éviter que Les Démons du maïs soit un film sans vie, mou et terne. Le scénario ne parvient que trop rarement à utiliser des atouts pourtant réels et se cantonne aux sentiers battus. Que de frilosité pour un film de débutants ! On dirait un film de vétéran doué mais résigné à son sort d’exécutant docile.

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