Le Caveau de la terreur – Roy Ward Baker

Vault of Horror. 1973

Origine : Royaume-Uni
Genre : Sketchs
Réalisation : Roy Ward Baker
Avec : Daniel Massey, Curd Jürgens, Terry-Thomas, Tom Baker…

Cinq hommes se retrouvent ensemble dans l’ascenseur d’un immeuble ultramoderne. Ce qui n’empêche pas qu’il doit y avoir un petit problème, puisque l’engin n’en fait qu’à sa tête, passe outre l’arrêt demandé au rez-de-chaussée et se bloque au sous-sol… Une fois les portes ouvertes, les cinq inconnus se retrouvent dans un salon avenant. Tant et si bien qu’en l’absence de bouton d’appel de l’ascenseur, ils décident de se s’asseoir et trouvent unanimement que cette situation est digne d’un mauvais rêve. Et chacun de raconter alors son propre cauchemar personnel…

Voici un fil rouge qui ne brille guère par son inventivité. A l’inverse de ce qui se faisait dans les précédents films à sketchs de la Amicus, il n’y a ici aucun maître de cérémonie pour accueillir ces visiteurs involontaires ni même le moindre quidam extérieur à leur petit cercle de gentlemen appelés à être punis de leurs travers. Juste ces cinq types, inconnus les uns des autres, qui se racontent des histoires horrifiques autour d’une table comme ils auraient pu le faire autour d’un bon vieux feu de camp. N’eut été bien sûr cet histoire d’ascenseur débouchant sur un sous-sol singulièrement déplacé dans le cadre de cet immeuble rutilant. Un argument fantastique un peu léger qui fait de ce fil rouge un simple enrobage dont Roy Ward Baker et son scénariste (et producteur) Milton Subotsky se dépatouilleront un peu au petit bonheur la chance lorsque le temps sera venu de mettre un point final à l’ensemble. Ce qu’ils feront sans chercher à susciter un sens plus profond, juste pour le plaisir de terminer sur une pirouette macabre qui aurait d’ailleurs dû l’être encore plus si la fin un temps envisagée (à base de maquillages zombiesques) avait été retenue. Dans son fil rouge, Le Caveau de la terreur est probablement ce qui se fait de plus sobre dans la saga des films à sketchs Amicus, dont il est le sixième tome. Il en va de même pour le casting : les Terry-Thomas, Curd Jürgens, Daniel Massey ou même Tom Baker (qui deviendrait le Dr. Who l’année suivante) sont loin de valoir les Peter Cushing, Christopher Lee, Donald Pleasence ou Herbert Lom qui étaient au menu des autres opus, souvent conjointement. Non que les présents interprètes soient de mauvais acteurs, mais ils ne peuvent en tous cas être considérés comme des noms ronflants attirant le chaland friand d’épouvante dans les salles obscures. La faute selon Subotsky a son co-producteur interventionniste usant de son droit de veto comme s’il voulait saboter le film. A moins que cela ne soit à de simples fins d’économies. Ce co-producteur ne fut d’ailleurs pas le seul à mettre des bâtons dans les roues au patron de la Amicus : Bill Gains, éditeur des EC Comics, passa sur le plateau de tournage et prit en grippe ce Caveau de la terreur qui, tout comme Histoires d’outre-tombe avant lui, adaptait de véritables EC Comics (Les Contes de la crypte et Shock SuspenStories… mais pas celui qui donne son titre au film), là où les autres films se contentaient de s’en inspirer. C’aurait donc été l’occasion de faire les choses en grand. Las : si le réalisateur Roy Ward Baker n’est pas le perdreau de l’année, l’élan créatif n’y est plus guère. Quatre films à sketchs en deux ans, basés sur le même ressort, cela fait beaucoup et la routine guette. Ce sera la même chose pour la série Les Contes de la crypte, encore que le format différent et le renouvellement des effectifs leur aura permis de séduire un peu plus longtemps.

Premier des cinq sketchs, “Midnight Mess” a la charge de nous faire entrer dans l’ambiance. Ce qui ne l’empêche pas de démarrer comme un banal thriller : après avoir étranglé l’émissaire auquel il avait confié la tâche de retrouver l’adresse de sa sœur Donna, Harold Rogers part rendre une visite à celle-ci, avec l’objectif de faire ce qu’il doit faire pour devenir l’unique héritier de leur défunt père. Tout à sa mission, il ne fait pas attention aux avertissements des locaux, qui le préviennent “qu’ils” sortent à la nuit tombée pour sucer le sang ! Mais qui sont-“ils” donc, je vous le demande !
S’il est bien question ici de vampires, il est surtout question pour Roy Ward Baker de briller lors d’une unique scène : celle de la conclusion, par laquelle Harold sera puni de sa vénalité. La scène, qui se tient dans un restaurant, est effectivement réussie. Et ce par une tonalité humoristique vaguement évocatrice du Bal des vampires (en moins finaud), avec une assemblée de vampires aux dents aussi longues qu’elles sont peu crédibles. Rien de bien rédhibitoire : de l’horreur bon enfant, bien amenée par le développement propre à cette scène. En revanche, le souci de ce sketch est justement qu’il ne repose que sur cette unique scène, tout le reste étant consacré à la croisade meurtrière de son protagoniste principal, bien trop centré sur ses propres intérêts -inintéressants- pour porter une quelconque attention à l’étrangeté de ce patelin. Étrangeté que Baker ne prend pas la peine de développer autrement que par la parole de trois personnages (un oiseau de mauvais augure, le serveur du restaurant avant qu’il ne cède la place à l’équipe de nuit et Donna). Juste de quoi éviter que la scène finale ne tombe comme un cheveu dans la soupe, mais pas assez pour que le reste soit autre chose qu’une creuse intrigue criminelle dominée par le personnage d’Harold et par un appât du gain tout caricatural. Généralement, dans l’esprit de EC comics, la sanction qui échoit à ce genre de personnage est liée au crime qu’ils ont commis. Une logique d’arroseur arrosé que l’on est bien en peine de retrouver ici, Harold se retrouvant tout simplement au mauvais endroit au mauvais moment. Peut-être cela était-il déjà le cas dans le comic d’origine, mais peu importe : “Midnight Mess” semble avoir été construit autour de la seule idée d’un restaurant pour vampires, tout le reste n’étant qu’une introduction sans grande importance. Ou comment un film à sketch devient un film à scènes !

Encore qu’à la vision du second épisode, on relativise… Car “The Neat Job” est quant à lui construit autour d’un seul plan ! Le plan final, bien entendu, le seul qui véhicule cet humour noir qui se transforme ici en grand-guignol certes là encore assez amusant, et riche de sous-entendus très gores. Le final dans son ensemble aurait d’ailleurs dû l’être plus explicitement, mais la censure s’est elle aussi mise de la partie pour contrarier Milton Subotsky. Dans ce sketch, Arthur Critchit vient d’épouser la dilettante Eleanor et cherche à lui imposer sa maniaquerie compulsive : “chaque chose à sa place et une place pour chaque chose”. Comprendre que le vieux gentleman est affublé d’un pathologique sens du rangement et de la propreté. De quoi rendre folle son épouse !
A dire vrai, autant “Midnight Mess” était conçu à partir de sa dernière scène, autant “The Neat Job” impose son plan final parce qu’il fallait bien y mettre de l’horreur quelque part. Le gros de son intrigue repose sur une idée : celle d’un type pris de panique dès que le moindre bibelot n’est pas à sa place. Pour incarner cet énergumène, le sympathique Terry-Thomas surtout connu en France pour ses apparitions dans La Grande vadrouille et Le Mur de l’Atlantique (mais ce serait oublier qu’il est également apparu dans Danger : Diabolik ou encore dans les deux Dr. Phibes)… Un rôle qui lui va plutôt bien mais qui malheureusement n’est pas superbement écrit. Cet épisode manque clairement de folie : alors qu’il aurait pu verser dans une douce anarchie, il se contente de petites gaffes de la part de Eleanor et de réactions assez mesurées de la part de son mari. Son potentiel humoristique basé sur l’absurde et la satire du mode de vie bourgeois s’entrevoit par exemple dans la façon hyper-bureaucratique dont Arthur gère ses stocks de provisions alimentaires. Mais Baker et Subotsky n’en font pas grand chose de décent et se limitent à montrer que leur protagoniste souffre de TOCs invivables pour autrui. Ils s’arrêtent sagement avant qu’il ne soit poussé dans ses retranchements. Il en va de même pour cette épouse qui de son côté, aurait gagné à être plus maladroite qu’elle ne l’est, y compris dans le décevant enchaînement de boulettes amenant à la conclusion, très loin de la cascade de désastres provoqués par le personnage de Peter Sellers dans The Party. Tout est ici décidément trop sage et le rythme lui-même est bien trop plat pour que le sketch soit véritablement amusant. Sans compter que les personnages n’ont pas grand chose à voir avec les loustics habituels des EC comics. Le personnage de Terry-Thomas méritait-il vraiment son sort ? Assurément non. Ce qui entérine donc le hors-sujet de ce sketch qui échoue à séduire sur le terrain ouvertement humoristique qu’il avait choisi.

Pas très reluisant, ces premiers pas du Caveau de la terreur ! Mais il faut heureusement se dire que le film a atteint son nadir. Le sketch suivant, “This Trick’ll Kill You”, met en scène un certain Sebastian, magicien de son état, qui est venu en Inde avec son épouse et assistante pour y dégoter un nouveau tour qu’il pourrait reproduire au pays. Après avoir humilié un vieux fakir en exposant ses “trucs” devant le public, il porte son choix sur le numéro de flutiste d’une jeune femme (en fait l’assistante du fakir) capable de faire se dresser une corde au seul son de son instrument. Le secret est dans la corde elle-même, selon la donzelle qui refuse obstinément de la vendre ! Alors Sebastian va devoir employer la manière forte.
Au moins ce sketch dispose-t-il cette fois d’une véritable histoire, et non d’une idée mal dégrossie. Déjà, niveau personnages, on ne peut guère faire plus cynique que ce duo de magiciens britanniques se comportant comme les colons du temps de l’Empire, c’est à dire en affichant un fier paternalisme, en agitant un portefeuille bien rempli et en n’hésitant pas à éliminer ceux qui se mettent sur leur chemin. Et bien entendu avec un mépris criant des traditions orientales, ce qui conduit Sebastian à imaginer qu’il ne peut y avoir véritablement de magie dans cette histoire de corde, mais juste un “truc” reproductible par quiconque le connait. C’est un vrai crétin borné flanqué d’une épouse à sa mesure, et Baker passe l’épisode à les rendre haïssables, dans le but clairement affiché de rendre délectable le sort qui leur sera réservé. Sort qu’il amène progressivement, en gardant le mystère sur sa nature exacte. Ce qui lui permettra un amusant effet de surprise dans un style connoté “Quatrième dimension” venant punir les britanniques de leur morgue. A l’initiative de cette sanction se trouve en effet une indienne mutique, bien loin de la grande gueule de Sebastian et qui en véhicule du coup cette sorte de sagesse mystique un peu facile, mais bien adaptée à son opposant. Petit bémol tout de même : esthétiquement, ce sketch s’appuyant pourtant sur les clichés indiens n’est guère travaillé, voire passe-partout.

“Bargain in Death” revient au pays, où un certain Maitland vient de concevoir un plan machiavélique : afin de récupérer son assurance-vie, il absorbe une drogue qui laissera croire aux médecins qu’il est décédé. Il sera ensuite inhumé. C’est là qu’entre en scène Alex, le bénéficiaire de l’assurance, chargé de sortir Maitland du tombeau une fois les effets de la drogue passés. Ils se partageront ensuite le magot. Encore faut-il que Alex ne le trahisse pas… et que deux étudiants en médecine en quête de cadavre ne viennent pas fourrer leur nez au cimetière !
Est-ce réellement un hasard : le plus sardonique des cinq sketchs est également le meilleur d’entre eux. Sa qualité vient déjà de son humour tantôt sous-jacent tantôt ouvert, tantôt noir et tantôt burlesque, basé sur des personnages tous dignes des EC comics : que cela soit Maitland, qui pense être le maître d’œuvre d’un crime parfait là où il n’est qu’un débile fini, ou Alex, son complice, suffisamment vil pour le doubler. Mais ces deux protagonistes principaux ne sont pas les seuls : il y a aussi ces deux étudiants, répliques en version nigaude de ces deux profanateurs de cadavres que sont Burke et Hare. Et puis il y a le gardien du cimetière, amateur de bakchich et peu impressionnable. Une galerie assez hétéroclite que Roy Ward Baker traite habilement : chacun dans son coin manigance son infâme petite tambouille, pavant le chemin à un final où tout ce beau monde se réunira, les choses se délitant alors à grande vitesse pour chacun des protagonistes ou presque. Bien entendu, la résolution s’avérera hautement macabre et se parera d’un humour noir qui, cette fois, tape juste : drôle et cruel à la fois, essentiellement parce qu’après tout ce ne sont pas des forces obscures ici en jeu mais plutôt une lourde poisse aggravée par le manque d’intelligence des protagonistes. Pour ne rien gâcher, “Bargain in Death” se pare des attributs stylistiques que l’on attend d’un film titré Le Caveau de la terreur, c’est à dire un peu funèbres sur les bords. Il y a le cimetière, bien entendu, mais également et surtout l’exiguïté du cercueil où Maitland s’éclaire avec des allumettes en attend sagement (puis avec un soupçon de panique) que son acolyte vienne le délivrer. Une mise en scène réussie au service d’un scénario qui l’est également.

Avec “Drawn and Quartered”, Roy Ward Baker fait un petit crochet par Haïti avant de revenir en Angleterre. Il suit le destin de Moore, un artiste peintre réfugié à Haïti suite à la volée de bois vert que son œuvre lui avait valu de la part des marchands et des critiques d’art du pays. Or, un ami apprend à Moore que depuis son départ, ces mêmes hommes ont fait leur beurre sur le dos des toiles qu’ils avaient pourtant jugées comme des croûtes. De quoi énerver l’artiste qui s’en va derechef chez un sorcier vaudou pour planifier sa vengeance. Il lui suffira désormais de peindre le portrait de sa victime puis de le détruire !
Une fois de plus, l’imagination n’est pas le point fort de ce sketch qui, un peu à l’instar de “This Trick’ll Kill You” joue sur un exotisme caricatural (le vaudou haïtien remplaçant le mysticisme indien) qui cette fois n’apporte pas grand chose et disparaît vite des radars sitôt le personnage principal retourné en Angleterre. Il s’agit juste d’un point de départ pour une vengeance dont le seul mérite sera la manière dont Moore se débarrassera de chacune de ses trois ennemis. Car s’il peut se venger en détruisant le portrait de chacun, il dispose également du choix d’exécution. Ainsi, crever les yeux d’un des portraits entraîne une semblable mésaventure à son modèle. Autant dire que les caractérisations n’apportent pas grand chose : il suffit de savoir que chacune des trois victimes est foncièrement malhonnête, que leur bourreau a la dent dure, et voilà. Ce qui fait un peu court : le sketch précédent brillait entre autre par sa capacité à tourner en ridicule les vices de ses intervenants. Mais ici seul compte le mode d’exécution, plus ou moins inspiré (et plus ou moins censuré, ce qui n’aide pas). Il y a donc trois meurtres, de qualité variable, plus un dénouement archi prévisible. N’allons pas jusqu’à dire qu’il ne s’agit que d’un petit jeu de massacre, mais en tous cas le manque de relief est criant et la vengeance s’effectue quasi machinalement, sans que ni les personnages ni la mise en scène ne permette de sortir l’épisode de la routine, surtout pour le dernier sketch du sixième tome d’une anthologie qui use un peu trop souvent des mêmes ressorts. En un sens, cet épisode aurait été plus efficace s’il ne s’était pas doté de ce second degré mal fignolé et qui vient dédramatiser les meurtres indirects commis par son personnage principal.

Le défaut principal de ce Caveau de la terreur est qu’il ne met que peu en scène de véritables histoires. Effectivement, ses quelques gags horrifiques sont à peu près réussis, mais globalement, “Bargain in Death” et “This Trick’ll Kill You” mis à part (et encore : ce dernier serait certainement apparu moins reluisant s’il avait été mieux entouré), ils perdent de leur efficacité faute d’être harmonieusement intégrés aux récits qui les amènent. Roy Ward Baker et Milton Subotsky pèchent par un penchant à la facilité pouvant s’apparenter à une certaine paresse. On pourrait leur reprocher de trop vouloir coller aux comics qu’ils portent à l’écran, mais Histoires d’outre-tombe était lui aussi adapté de contes EC Comics officiels et était bien plus réussi (n’en déplaise au camarade qui a écrit sa critique sur le présent site !). Il parvenait du moins à manier un humour noir à la fois plus “rendre-dedans” et véhiculé par des récits plus élaborés. A côté, le restaurant vampire ou le plan final de “The Neat Job” apparaissent anodins sinon potaches. Il y a comme un avant goût des années 80 là-dedans : à force de vouloir user d’un humour hasardeux, l’horreur en prend un coup, ce qui est d’ailleurs symbolisé par le criant manque d’identité visuelle que le dénouement du fil rouge, assez incongru, ne fait que souligner. Bref, en un mot : Le Caveau de la terreur est globalement fade !

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