Cinéma Horreur

Sorority Babes in the Slimeball Bowl-O-Rama – David DeCoteau

Ecrit par Loïc Blavier

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Sorority Babes in the Slimeball Bowl-O-Rama. 1988.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur malicieuse
Réalisation : David DeCoteau
Avec : Linnea Quigley, Andras Jones, Robin Stille, Michelle Bauer…

Parce qu’ils s’ennuient dans leur chambre, trois étudiants partent espionner la cérémonie d’intronisation d’une sororité bien connue pour ses gages quelque peu dégradants. Le spectacle leur plait tellement que les saligauds poussent le vice jusqu’à rentrer dans la bâtisse histoire d’aller reluquer jusque dans la salle de bain, au risque de se faire prendre. Ce qui ne tarde pas à arriver… Babs (Robin Stille), la chef de meute, décide alors d’envoyer les deux postulantes et les trois voyeurs au bowling du centre commercial, avec pour mission de dérober un trophée. Son plan est de les espionner par les caméras de surveillance, et de leur foutre une trouille bleue. Ce qui n’arrivera jamais, puisque les maladroits -rejoints par Spider (Linnea Quigley), une cambrioleuse qui passait par là- auront fait tomber leur trophée, libérant ainsi l’Oncle Imp, qui se présente comme un bon génie mais qui est en fait un vilain diablotin dont le but n’est autre que de tourmenter son monde en transformant les gens en démons.

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L’ère des pornos tournés sous le pseudonyme de David McCabe semble révolue pour David DeCoteau, qui après Dreamaniac et Creepozoids commence à prendre ses aises chez Charles Band en signant un troisième film qui allait en précéder bien d’autres, que ce soit pour l’Empire ou la Full Moon. Et pour cette troisième production, il ne va guère chercher son sujet bien loin, reprenant les grandes lignes du catastrophique Dreamaniac, lequel n’avait d’ailleurs eu qu’à se pencher pour ramasser un sujet aussi banal que le sempiternel groupe de jeunes confrontés à des démons. Sorti la même année que cette autre figure du genre qu’est Night of the Demons, lui-même sorti un an après le maître-étalon Evil Dead 2, Sorority Babes in the Slimeball Bowl-O-Rama ne se distingue formellement des autres que par le lieu dans lequel il se déroule : un bowling. Originalité minime, à rapprocher en fait des films se déroulant dans des temples de la consommation (Shopping, La Prochaine victime…) mais que le titre ne se prive pas de mettre en avant avec une rare subtilité. Des « babes », un bowling, voilà qui annonce la couleur. Affublé d’une telle appellation, il n’y a plus qu’à attendre de DeCoteau qu’il sache gérer au mieux son sujet ultra rabâché sans endormir le spectateur comme il l’a fait dans Dreamaniac. A ce sujet, son fantasque Creepozoids apporte quelques certitudes. Il faudrait en vouloir pour retomber dans les mêmes travers, même en se basant sur un scénario a priori bien plus chiche en excentricités. Par contre, comme pourrait le faire craindre le titre, la surcharge de pitreries constitue un vrai danger. La pléthore de « scream-queens » que compte le casting n’est à vrai dire pas pour rassurer. Linnea Quigley, Brinke Stevens, Michelle Bauer et Robin Stille. Voilà qui fait tout de même beaucoup, et il faut bien admettre qu’en général, de tels abus ne peuvent que déboucher sur des pantalonnades. Le risque est d’autant plus grand ici que toutes ces donzelles sont associées à trois ratés, un beauf (le gros Hal Havins, vu comme Linnea Quigley dans Night of the Demons) et deux binoclards (dont Andras Jones, le karatéka du Cauchemar de Freddy) venus pour les mater pendant que deux d’entre elles se font fesser, puis asperger de crème avant de passer sous la douche où la caméra de DeCoteau se montre bien complaisante, adoptant un parti-pris grivois qui n’aurait pas déplu à certains érotomanes de la comédie paillarde française. Le film démarre donc comme une comédie érotique très bas de plafond, et la bonne demi-heure d’exposition avant l’arrivée de l’Imp n’incite pas à l’optimisme. Toutefois, bien qu’il soit difficile de les repérer sur le moment, il se trouve déjà quelques germes que DeCoteau entretiendra par la suite jusqu’à annuler la mauvaise impression laissée par cette entame assez radicalement démentie par l’arrivée de l’Imp (en français « diablotin ») facétieux.

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Quelles sont ces qualités rédemptrices ? Un certain professionnalisme dans la mise en scène et dans la direction d’acteurs. DeCoteau exploite le cadre du centre commercial pour donner une certaine esthétique à son film qu’il parviendra par la suite à adapter aux exigences d’un film d’horreur dont le scénario n’est grosso modo qu’une partie de cache cache, et qui nécessite donc un certain savoir faire dans la gestion de l’espace, des décors et des lumières. Évidemment, nous ne sommes pas non plus dans l’ambiance léchée de l’épouvante des années 60, mais tout de même DeCoteau trouve le ton juste entre l’agressivité commerciale de l’endroit (et de l’époque) et les ténèbres venant rappeler que même si le film se veut humoristique il demeure un film d’horreur. Ce qui nous vaut des scènes bien sympathiques, car sachant faire ressortir l’essentiel des plans avec intelligence. Un des meilleurs exemples est la façon dont DeCoteau filme un banal hall pour en faire une antre gothique très second degré, dans lequel intervient une « démone » calquée là aussi au second degré sur la fiancée de Frankenstein. Ce genre d’ajout peut paraître modeste, mais il contribue malgré tout à différencier le film d’un Dreamaniac visuellement insignifiant en lui conférant un aspect soigné qui se prolonge par le traitement des personnages. Une fois admis que ceux-ci n’ont aucun intérêt (ce que l’introduction a bien souligné), il est difficile de savoir qu’en faire. Le mieux étant de les réduire à la portion congrue, à la manière du décidément très voisin Night of the Demons. Ce que DeCoteau fait sans une once de scrupule, y compris pour ses scream-queens, qui si ce n’est pour Michelle Bauer n’auront finalement eu que l’introduction pour dévoiler leurs charmes. Le reste est passé par perte et fracas : soit transformé illico en démon (dont la fameuse fiancée de Frankenstein), soit pourchassé dans les couloirs jusqu’à ce que mort s’ensuive. L’étalage de crétineries s’est achevé sitôt l’Imp apparu, ou plutôt celui-ci s’est fait un malin plaisir de se moquer de ses victimes, se faisant passer pour le bon génie de la lampe alors qu’il n’est qu’un vilain gnome adepte du bon mot et du sens de l’humour noir. Tout droit sorti d’un comic horrifique, il n’est pas désagréable, bien qu’on puisse lui reprocher -ou plutôt à ses sbires- une certaine précipitation dans les meurtres. Par contre le côté sarcastique est bien présent, notamment via ce petit obsédé pris à son propre jeu, puisqu’il passe toutes ses scènes à échapper au viol par une Michelle Bauer insatiable. Mais la grande surprise provient de l’usage que fait DeCoteau de l’un de ses trois voyeurs, le plus nigaud d’entre eux, réfugié auprès de la fougueuse punkette Spider. Une association contre-nature produisant un duo de personnages principaux dont l’utilité est avant tout de permettre au film de se poursuivre et de se conclure. Il n’empêche que le réalisateur utilise leur caractère opposé non pour faire une sorte de buddy movie adolescent dans lequel chacun serait complémentaire de l’autre, mais pour quelque chose de plus décalé encore. Niais au possible et ivre en plus de ça (il vomit tellement souvent que l’on finit par ne plus y prêter attention), Calvin traverse le film comme un fantôme, ne se remuant que pour dire une bêtise avec la maladresse du dragueur débutant (« Vous venez souvent ici ?« , « C’est pas bon de fumer.« ), ou pour commettre un impair (mettre la voiture dans le fossé au moment où ils pourraient s’échapper). D’autant plus hors sujet qu’il fuit des monstres en compagnie d’une punk cambrioleuse, il ne semble jamais avoir vraiment décollé du fauteuil dans lequel il avait commencé le film. Tant et si bien que même Spider ne sait comment réagir et finit par prendre l’hurluberlu en affection. De ce fait, les deux personnages sortent des clichés habituels du cinéma et rendent les scènes de transition assez savoureuses. On peut d’ailleurs dire la même chose de l’invité surprise, campé par le bon George « Buck » Flower, gardien de l’établissement qui révélera le secret de l’Imp. Plutôt que d’en faire un oiseau de mauvais augure, DeCoteau en fait un vieillard sénile et sourd comme le professeur Tournesol. La scène de révélation où il rencontre Spider et son compagnon est un beau moment de surréalisme.

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Moins méchante que Night of the Demons, cette production Empire n’en est pas moins à mettre dans le même panier grâce à différents points forts venant largement permettre de passer outre son rythme moins enlevé. Entre le tandem Quigley / Jones, les bons mots de l’Imp, le marrant cabotinage de Flower et la mise en scène appropriée, c’est à peine si le côté horrifique brut est la principale chose à retenir. Ce sont en fait plein de petits détails qui rendent Sorority Babes in the Slimeball Bowl-O-Rama aussi agréable.

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