Cinéma Comédie

La Folle journée de Ferris Bueller – John Hughes

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Ferris Bueller’s day off. 1986.
Origine : Etats-Unis
Genre : Une journée particulière
Réalisation : John Hughes
Avec : Matthew Broderick, Alan Ruck, Mia Sara, Jennifer Grey…

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Par une belle journée printanière, Ferris Bueller (Matthew Broderick), élève d’un lycée de Chicago, décide de faire l’école buissonnière… pour la neuvième fois du semestre ! Au grand dam de sa sœur Jean (Jennifer Grey), duper ses parents n’est plus qu’une formalité dont il s’acquitte fort bien. Seul le principal de l’école, monsieur Rooney (Jeffrey Jones), flairant la duplicité du jeune homme, aura à cœur de percer le malandrin à jour. Mais il en faut bien plus pour désarçonner Ferris, qui souhaite faire de cette journée une journée inoubliable pour lui, sa petite amie Sloane (Mia Sara) et son meilleur copain Cameron (Alan Ruck).

Hardi illustrateur à ses débuts d’une jeunesse désemparée lors de films à la tonalité douce-amère (Seize bougies pour Sam, The Breakfast Club), John Hughes a depuis amorcé un virage beaucoup plus décomplexé à l’occasion d’Une créature de rêve, qu’il prolonge avec cette Folle journée de Ferris Bueller. Si ses adolescents s’interrogent encore au sujet de leur avenir, ou évoquent leurs relations conflictuelles avec leurs parents, ils le font désormais sur un mode nettement plus léger. Il n’est plus guère dans les intentions du réalisateur de s’appesantir outre mesure sur ces instants de gravité, qui dans le cas de Cameron ne revêtent d’autre dessein que de conforter le personnage de Ferris Bueller dans sa posture de héros parfait. Ainsi, de la grande discussion à venir entre Cameron et son père, nous ne devrons nous contenter que de la promesse du jeune homme d’affronter enfin ses démons, sans savoir s’il aura véritablement eu le courage de s’exécuter. De la même façon, cela coupera court à la péripétie qui tourne autour de la Ferrari de collection du paternel, dont on ne connaîtra jamais la chute, si je puis m’exprimer ainsi. Rien ne devant entraver la bonne marche de cette journée voulue extraordinaire, John Hughes délaisse bien vite ces ébauches de sous intrigues pour ne se concentrer que sur sa trame principale : à savoir si oui non Ferris Bueller parviendra à rentrer chez lui à l’insu de ses parents et de son proviseur.

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On assiste donc fort logiquement à une vampirisation de l’intrigue par son personnage principal, à tel point que les autres protagonistes gravitant autour de lui ne sont là que pour lui servir la soupe. En soi, Sloane ne revêt aucun intérêt. Plutôt effacée, elle ne doit sa présence au sein du trio qu’à son statut de petite amie de Ferris, et par extension à la bonne image que cela confère à ce dernier. Pensez donc ! A cet âge-là, avoir une petite amie, pom-pom girl de surcroît, ça vous pose un bonhomme ! Quant à Cameron, il est censé illustrer le versant « grand seigneur » de Ferris. Extrêmement populaire, au point d’être connu de tout Chicago (mais pas reconnu, ce qui lui permet d’arpenter la ville sans craindre d’être dénoncé) et de susciter un bel élan populaire quant à sa maladie supposée, Ferris n’apparaît pas moins comme un homme d’une droiture irréprochable. Cameron est son ami d’enfance, et il ne l’abandonnerait sous aucun prétexte, quand bien même celui-ci serait un brin coincé et névrosé. A ce titre, il ne se privera pas de maquiller sa banale virée buissonnière en escapade à visée thérapeutique. En bon roublard qu’il est (il n’y a qu’à voir les nombreux stratagèmes dont il use pour masquer son absence, et qui trouveront un écho chez le jeune Kevin McCallister dans Maman, j’ai raté l’avion sur un scénario de… John Hughes), Ferris n’a pas son pareil pour tourner les événements à son avantage. En somme, sous ses airs vertueux se cache un être assez égoïste qui sait pertinemment comment obtenir ce qu’il désire des personnes qui l’entourent. Après tout, cette « folle journée » n’est mue que par ses propres désirs, ses amis se contentant de le suivre avec plus ou moins d’entrain. De fait, sa sœur Jean est la seule à poser un regard suffisamment lucide sur lui et ses talents de manipulateur, sauf qu’elle nous est dépeinte comme une personne profondément jalouse de la popularité de son frère et des nombreux égards dont il fait l’objet. S’appuyant sur la bonne bouille d’enfant sage, quoique nimbée d’espièglerie, de Matthew Broderick, John Hughes se refuse à diaboliser son personnage. Il nous le dépeint comme un adolescent plein de vie dont les actes ne prêtent pas à conséquence. Un bon gars malicieux à qui tout sourit, jusqu’à un final qui le voit triomphant, et surtout absout par une frangine d’autant plus encline à passer l’éponge qu’elle a entre-temps rencontré l’amour.
Il se dégage de cette histoire un ton démesurément gentillet qui en outre pâtit d’un rythme atone. Pour une prétendue « folle journée », tout cela manque follement d’énergie et d’extravagance. Hormis une scène de play-back au son de Twist and Shout version Beatles qui se transforme en parenthèse musicale et chorégraphique, et lors de laquelle la joie de vivre de Ferris Bueller se transmet à la foule environnante, le restant des activités du trio demeure tristement dans les clous de la normalité. Régulièrement, le récit nous donne l’impression que John Hughes n’a pas voulu aller au bout de ses idées, à l’image de ce repas pris dans un restaurant huppé de Chicago après usurpation de l’identité d’un riche entrepreneur. Alors que l’on aurait pu s’attendre à des quiproquos en pagaille, ou tout bonnement à la fuite rocambolesque du trio après qu’on les ait sommés de régler leur dispendieux repas, John Hughes tire à la ligne, nous gratifiant d’une lâche ellipse pour revenir au ronron initial. Et le récit de se traîner ainsi jusqu’à son terme, tout juste rehaussé par les quelques déboires rencontrés par le principal Rooney, qui dans sa quête disciplinaire semée d’embûches parvient in extremis à nous arracher quelques sourires.

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Film marquant pour toute une génération, au point qu’une firme automobile a récemment obtenu de Matthew Broderick qu’il reprenne son rôle pour les besoins d’un spot de pub, La Folle journée de Ferris Bueller paraît bien surcoté aujourd’hui. Si l’on excepte les passages face caméra lors desquels Ferris s’adresse directement aux spectateurs, dans une volonté affichée de jouer la proximité avec le public, le film souffre d’une conception anonyme. Pourtant, ce dernier fera école, si ce n’est au cinéma du moins à la télévision, quoique de manière ironique. Une série éponyme avec la toute jeune Jennifer Aniston voit le jour en 1990, mais ne rencontrera pas le succès, s’arrêtant au terme de seulement 13 épisodes, au contraire d’une série concurrente et ouvertement inspirée par le film de John Hughes, Parker Lewis ne perd jamais, qui en assumant pleinement son côté décalé et jouissant d’une réalisation originale et percutante, emporte l’adhésion.

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