Cinéma Horreur

Halloween Resurrection – Rick Rosenthal

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Halloween Resurrection. 2002.
Origine : Etats-Unis
Genre : Michael Myers en bas débit
Réalisation : Rick Rosenthal
Avec : Bianca Kajlich, Busta Rhymes, Brad Loree, Katee Sackhoff …

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Le soir d’Halloween, six étudiants s’enferment dans la demeure de Michael Myers pour les besoins d’une émission de téléréalité diffusée sur internet. Leur but, y rester la nuit entière avec pour objectif de découvrir les raisons qui ont poussé un enfant de 6 ans à commettre un meurtre aussi horrible. L’irruption de Michael Myers en personne tend à bouleverser la bonne tenue de l’émission qui vire rapidement au jeu de massacre.

A l’aune d’une fin sans équivoque –Laurie Strode se libérait de ses démons en décapitant son frère Michael Myers– et d’une qualité plus que médiocre, Halloween 20 ans après devait clore définitivement la saga. Seulement le terme « définitif » ne résiste pas longtemps à l’appel de l’argent, et Moustapha Akkad, l’indéboulonnable producteur de la franchise, estime à l’époque que Michael Myers a encore le potentiel pour attirer les foules, quand bien même la mode des néo slashers commençait à s’essouffler. Restait le plus important : trouver un moyen de justifier l’énième retour du tueur d’Haddonfield.

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Le sous-titre tend à laisser penser qu’à l’instar d’un Jason le Mort-Vivant en son temps, le retour de Michael Myers s’effectue sous l’égide du fantastique. Et bien pas du tout. Michael Myers revient aux affaires par l’un de ces tours de passe-passe scénaristiques aussi tiré par les cheveux que peu respectueux du travail des prédécesseurs. En l’occurrence, le prologue tente de nous faire avaler que Laurie Strode n’a pas décapité son frère mais un pauvre secouriste qui, le larynx broyé par le tueur, n’a pu lui expliquer qu’un innocent se cachait sous le masque. Et comme si l’explication n’était déjà pas assez ridicule, des flashbacks en rajoutent une couche en nous montrant Michael Myers vêtu en secouriste, quitter le campus sans attirer l’attention, son long couteau toujours vissé à la main droite. Halloween Resurrection n’a pas commencé depuis dix minutes qu’on a non seulement la désagréable impression d’être pris pour des cons, mais aussi d’assister à un remake en accéléré d’Halloween 2. Une impression renforcée par la présence au générique de son réalisateur, Rick Rosenthal, qui pour l’occasion devient le seul réalisateur de la franchise à avoir réalisé deux épisodes. Fort de ce privilège, il solde ses comptes avec le mauvais souvenir de son premier tournage, tuant en quelque sorte le père (John Carpenter) par l’intermédiaire de sa création (Laurie Strode) lors d’un prologue qui conjugue iconisation et rupture avec le passé. Ainsi, le « resurrection » du titre s’envisage comme la volonté de donner une nouvelle impulsion à une saga qui aborde mine de rien sa quatrième décennie, achevant d’en faire la franchise la plus pérenne du genre.

En guise de nouvelle impulsion, le point de départ de cet épisode s’avère aussi simple que peu révolutionnaire. Plutôt que d’envoyer Michael Myers s’épuiser à traquer de l’étudiant, le scénario s’ingénie à lui envoyer son gibier à domicile, sa demeure étant devenue au fil du temps le réceptacle des fantasmes les plus morbides, et donc le lieu idéal pour la mise en place d’une émission à sensations fortes. A la manière de Scream et ses suites, Halloween Resurrection joue la carte du postmodernisme, tentant une vague réflexion sur le genre à travers le prisme de la téléréalité. Un curieux amalgame qui relève de l’opportuniste pur et simple, et qui n’a jamais le courage de ses intentions. Plutôt que de fustiger les responsables de ce type d’émission, dont le pendant fictionnel passe du cynisme au moralisme d’un coup de cuillère à pot, le film tire à boulets rouges sur des cibles autrement plus faciles : les participants et les téléspectateurs. Les premiers sont dépeints comme de doux naïfs réduits à faire ce qu’on leur demande, lorsque les seconds nous apparaissent comme des consommateurs compulsifs dépourvus de tout sens critique. Partis pour voir une émission de téléréalité, ils ne s’appesantissent guère de sa tournure sanglante, louant plutôt la qualité des trucages et prenant leur pied à la moindre apparition de Michael Myers. Ils adoptent soudain le comportement d’amateurs de films d’horreur dopés aux sensations fortes, et qui n’apprécient rien moins que de voir leur croquemitaine préféré en action, avant de se prendre au jeu de l’interactivité qui consiste à guider l’héroïne par l’intermédiaire de textos pour éviter qu’elle ne finisse entre les mains du tueur. Télé, cinéma horrifique, jeu vidéo, tout ce qui est censé caractériser l’adolescent moyen passe à la moulinette d’un scénariste condescendant à défaut d’être talentueux.
Sous prétexte de donner ce qu’il veut au public, on assiste depuis trop longtemps maintenant à un nivellement par le bas d’un genre qui peine à se renouveler, faute d’un vrai point de vue sur le sujet. Dans le cas d’Halloween Resurrection, le scénariste a convoqué plusieurs thèmes à la mode, les a passés au shaker du cahier des charges pour un résultat impropre à la consommation. Incapable de se dépêtrer de ce maelström thématique, Rick Rosenthal semble abandonner toute ambition formelle au profit d’une partie de cache-cache sans relief dans la maison originelle. A l’exception d’un hommage appuyé au Voyeur de Michael Powell, le réalisateur ne tire aucun potentiel des multiples points de vue que lui offre le dispositif télévisuel sur lequel repose son intrigue. Tout ça est d’une platitude confondante, pas même égayée des quelques meurtres de rigueur, qui lorsqu’ils ne sont pas commis en hors champ, brillent par leur propreté. Pour une décapitation sans éclaboussure, appelez Michael Myers ! Donc non seulement le film ne fait jamais peur, mais en outre il réussit l’exploit de ridiculiser Michael Myers à plusieurs reprises, dont lors de son inénarrable face-à-face avec son double. Autrefois incarnation du mal à l’état pur, voilà Michael Myers brutalement renvoyé à son image la plus simpliste, un homme dans un costume.

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La résurrection aura été de courte durée pour le tueur d’Haddonfield. N’ayant convaincu ni le public ni ses producteurs, Halloween Resurrection sonne le glas de la mythologie initiée par John Carpenter et Debra Hill. En bon camarade, Michael Myers rejoint Freddy Krueger et Jason Voorhees, qui eux aussi avaient raté leurs adieux au public. Et comme eux, il souffrira aussi des affres du remake peu fameux. Comme quoi, nul besoin de vulgaires « cross-overs » pour démontrer à quel point ces trois figures emblématiques du cinéma fantastique demeurent intimement liées, pour le meilleur et pour le pire.

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