CinémaHorreur

Scream VI – Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett

Scream VI. 2023.

Origine : États-Unis
Genre : Cri de désespoir
Réalisation : Matt Bettinelli-Olpin & Tyler Gillett
Avec : Melissa Barrera, Jenna Ortega, Courteney Cox, Jasmin Savoy Brown, Mason Gooding, Hayden Panettiere, Dermot Mulroney.

La vie continue. Voici le mot d’ordre que Tara Carpenter suit tel un mantra. Après avoir été au cœur de la dernière tuerie de Woodsboro l’année précédente, la jeune femme est partie s’installer à New York en compagnie de ses amis Mindy et Chad Meeks-Martin afin de poursuivre ses études. Se sentant responsable vis-à-vis de sa demi-sœur, Samantha Carpenter a également fait le voyage. Toujours sur le qui-vive, trop protectrice, Sam entretient des rapports chaotiques avec sa jeune sœur. Elle ne comprend pas qu’elle puisse se comporter comme si rien ne s’était passé alors qu’elle y pense constamment, allant jusqu’à suivre une thérapie. Le meurtre de deux étudiants survient comme un rude rappel à l’ordre. Sur les lieux du crime, la police a trouvé le fameux masque de Ghostface contenant des traces de l’ADN de Richie ainsi que le permis de conduire de Sam. Peu de temps après, Tara et elle réchappent de peu à une agression du tueur masqué en pleine rue, trouvant refuge dans une supérette. Cette fois, plus de doute, le cauchemar recommence. Et en plus de ses démons intérieurs et du tueur, Sam va devoir lutter contre une vox populi persuadée de sa culpabilité dans les événements de l’année précédente du fait de son lien de parenté avec Bill Loomis, le tueur par lequel toute la légende du Ghostface a commencé.

Deux opus de Scream qui sortent à un an d’intervalle, voilà qui n’était plus arrivé depuis les deux premiers films. Cela dénote, outre un engouement suffisant du public (sauf en France où le film a obtenu le plus faible score de la saga), d’une volonté de battre le fer quand il est chaud, de ne pas laisser en carafe les nouveaux personnages introduits sous peine qu’ils soient très vite condamnés à l’oubli. Associé à aucun chiffre, le Scream cuvée 2022 prenait des allures de reboot tout en s’imbriquant pleinement dans l’univers de la franchise. Sidney, Gale et Dewey, les rescapés des quatre premiers films, reprenaient du service et la petite ville de Woodsboro servait encore de cadre au récit. Et certains des nouveaux personnages, au-delà de leurs similitudes de caractères, entretenaient des liens de filiation avec d’autres côtoyés au détour des épisodes précédents. Ainsi apprenait-on que Sam Carpenter était la fille de Bill Loomis quand Mindy et Chad nous étaient présentés comme les neveux de Randy. Rien de tel pour donner à la saga des airs de grande famille, sillon que ce Scream VI ne se prive pas de creuser. A l’origine, ce nouvel épisode devait s’articuler autour de l’insubmersible Sidney Prescott et de sa nouvelle vie new yorkaise, justifiant ainsi le déplacement de l’intrigue de Woodsboro à la Grosse Pomme. Seulement d’irréconciliables différends financiers entre la production et Neve Campbell ont eu raison de sa participation. Loin d’en prendre ombrage, la production et les auteurs se refusent à se servir de cet événement pour se débarrasser hors-champ d’un personnage emblématique. Les fans de la première heure n’auraient pas compris, déjà qu’ils ont poussé des cris d’orfraie à la découverte de cet extrait de la bande-annonce montrant Ghostface brandir – ô sacrilège – une arme à feu. Ce refus oblige néanmoins à réécrire le scénario en catastrophe, réorientant l’histoire autour de Sam Carpenter. Un changement précipité qui ne se ressent guère dans la mesure où en sa qualité d’héroïne du précédent film, la jeune femme a toute légitimité pour prendre définitivement le relai de sa glorieuse aînée.

Sans être d’une importance capitale, deviner ce qu’aurait pu être Scream VI en la présence de Neve Campbell -Sidney Prescott ne relève pas de la gageure. Il en reste d’ailleurs quelques bribes dans la manière dont Samantha se débat avec le lourd héritage paternel. Des tourments déjà présents au sein de l’épisode précédent qui auraient pu lui valoir d’être la tueuse derrière le masque suivant un atavisme familial bien commode. C’est d’ailleurs cette filiation qui lui vaut présentement d’être traînée dans la boue sur les réseaux sociaux, la majorité étant convaincue de sa culpabilité dans la vague de meurtres de l’année précédente. Cependant, pas plus les scénaristes que les réalisateurs ne cherchent à cultiver le doute à son sujet. Ses troubles mentaux, appelons-les comme ça, ne servent qu’à lui donner la force et la hargne nécessaires pour triompher de l’adversité. Tout au plus prend-elle un malin plaisir à s’acharner sur ses tourmenteurs. Mais ceux-ci ayant la fâcheuse manie de revenir à la vie, cette attitude passablement sadique vaut précaution. A ce lien familial artificiel s’ajoute celui plus tangible que Sam entretient avec Tara, cette demi-sœur longtemps abandonnée que l’aînée couve désormais plus que de raison. Il en résulte de menues tensions qui font écho à celles qui émaillaient leurs retrouvailles. Une manière de jouer la carte de la continuité tout en annonçant une scène au symbolisme appuyé du dernier acte, qui tendrait plutôt à raviver le triste souvenir du final de Backdraft. Le film se dessine ainsi entre fraternité et sororité (au club des rescapées de 2022 s’ajoutent Gale Weathers et Kirby Reed, laissée pour morte dans Scream 4), trouvant dans les éléments constitutifs du slasher (la scream queen) matière à dialoguer avec son époque. La saga se caractérise notamment par l’incroyable morgue et suffisance des tueurs, toujours prompts à démontrer leur supériorité à des victimes qui, dans la majorité des cas, sont des femmes. Une attitude qui, au-delà des raisons de chacun d’entre eux, contribue à maintenir les femmes dans les filets du patriarcat, jouets du sadisme d’hommes qui trouvent dans la terreur qu’ils suscitent matière à prendre leurs pieds. Chaque film revêt alors pour son héroïne une portée émancipatrice. Sidney Prescott hier, Samantha Carpenter aujourd’hui. Les parcours diffèrent, pas leur finalité. Toutes deux voient finalement leur vie basculer à cause du même homme, Bill Loomis, liées à jamais par les liens du sang versé. Il se crée dans leur sillage une sorte de cellule familiale de crise qui s’agrandit au gré des rescapés. Le film et les personnages s’en amusent, accentuant ainsi la connivence avec le public, nerf de la guerre de la série. Par rapport aux quatre volets signés Wes Craven, ces deux nouveaux Scream développent le sentiment de communauté qui unit également les divers porteurs du costume de Ghostface. Chaque tueur a désormais conscience de s’insérer dans un narratif précis et cherche à en perpétuer l’esprit. Ces émules ne sont plus tant des tueurs que des adeptes d’une imagerie issue de la culture populaire. Ils forment une sorte de secte qui passe par une fétichisation des attributs du tueur. Le point d’orgue est atteint avec ce sixième opus et ce mausolée sis dans un ancien cinéma entièrement consacré aux tueurs successifs, nombreux objets à l’appui. Nous sommes dans la marchandisation à outrance (à quand le parc à thème ?), le film produisant ses propres produits dérivés et l’assumant comme tel.

Inhérent à la saga initiée par Kevin Williamson, le discours méta qui irrigue les épisodes successifs en constitue à la fois la singularité et son talon d’Achille. Devoir constamment disserter sur le genre illustré atteint vite ses limites et tend à condamner les personnages à n’être que des caricatures. Alors que les morts s’amoncellent, certains sous leurs yeux (Anika, la petite amie de Mindy), et que la situation devient hautement anxiogène, ils se permettent de jouer les apprentis détectives en essayant de déterminer avec exactitude qui sera cette fois le ou les tueurs. Un petit jeu auquel s’adonnent immanquablement les spectateurs – quoique les résolutions deviennent tellement tarabiscotées qu’identifier les personnes derrière le masque devient presque impossible – mais qui fait tâche de la part de personnages dont la vie se trouve menacée. Dans ce cadre, la peur, la tristesse, le dépit, deviennent des sentiments mécaniques commandés par un scénario qui jongle allègrement avec les références et les grosses ficelles. Sous couvert d’un récit qui s’ouvre à tous les possibles, conformément au cahier des charges énoncé par Mindy, Scream VI démontre surtout une totale absence de remise en question. Sur ce point, l’élément le plus parlant tient au déplacement géographique de l’intrigue d’une petite bourgade provinciale à une mégalopole telle que New York. Alors qu’un terrain de jeu immense s’offrait à eux, les réalisateurs se bornent à maintenir leurs personnages dans des appartements ou le cinéma délabré du final. L’inévitable scène du métro ne suffit pas à donner le change. Trop convenue dans sa gestion du suspense et sa manière de jouer sur la pluralité de la menace, elle échoue à distiller du frisson. Ce dernier point est d’ailleurs le grand sacrifié de la série depuis longtemps. Finie l’époque où la saga se réclamait de monuments du suspense tel le Halloween de John Carpenter. A mesure de son succès et de ses déclinaisons, les Scream ne se réfèrent plus qu’à eux-mêmes en un geste d’auto-satisfaction appuyée. Les citations cinématographiques deviennent dès lors des passages obligés qui lorsqu’elles ne tombent pas comme un cheveu sur la soupe (lors d’un bref échange, Mindy et Kirby mettent Candyman et son remake sur un pied d’égalité alors que chacun sait que le film de Bernard Rose demeure insurpassable) jouent la carte de l’ironie intradiégétique (le psychanalyste qui s’apprête à ouvrir la porte à Ghostface alors qu’à la télévision passe L’Invasion des profanateurs de sépultures, ce moment où le docteur Miles Bennell hurle “Vous êtes le prochain !”). L’inventivité et la prise de risque n’ont clairement pas présidé à l’entreprise. On pourrait parler de déférence tant les réalisateurs ne tarissaient pas d’éloges à propos de Wes Craven lors de la promotion de Scream 2022. Il serait plus juste de parler de grande paresse. Cette même paresse, couplée à un manque d’ambition, qui a eu raison du genre à la fin des années 80. Mais l’époque n’est plus la même et le public a changé, lequel semble plus enclin au confort des formules toutes faites. Il y a donc fort à parier qu’un septième opus voie le jour et qu’on y retrouve les mêmes défauts.

Film trop long – plus de 2 heures pour un slasher, on croit rêver – Scream VI réussit l’exploit de ne développer aucun personnage au profit d’un statu quo agaçant dont Gale Weathers serait l’emblème. Toujours aussi arriviste, elle ne semble pouvoir construire sa carrière uniquement sur les événements de Woodsboro, oubliant au passage à quel point ils ont pu bouleverser son existence. Oubliée la Gale du précédent épisode, plus fragile mais sans doute à dessein puisque Dewey devait y passer. D’autres détails sont quant à eux totalement oubliés comme l’asthme de Tara, sur lequel reposait pourtant un rebondissement du 5e Scream. Il en résulte un film bancal, qui ose un discours sur le rapport à la violence lors du prologue pour mieux s’en détacher par la suite. Le sadisme reste roi et ses dépositaires de plus en plus grotesques jusqu’à leur modus operandi qui sacrifie trop à un machiavélisme de façade alors qu’il est seulement d’une confondante bêtise. Bête, c’est encore le qualificatif qui sied le mieux à cette énième déclinaison d’une saga qui n’en finit plus de tourner en rond.

Une réflexion sur “Scream VI – Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett

  • Je l’ai vu et je l’ai beaucoup aimé. De bonnes scènes de tension (le tueur dans l’appartement, à l’epicerie) et un certain sadisme. Le film se voit sans trop de temps morts, mais vers la fin retombe dans ses travers, avec des révélations qui ne tiennent pas la route, et des tueurs qui auraient pu être n’importe qui tant ils rappellent la mère de Loomis, qui était déjà assez tiré par les cheveux.

    A la base dans Scream 2, c’était le petit ami de Sydney Prescott qui devait être le tueur, mais le script ayant fuité, on a changé de tueurs. Si on avait continué sur la version originale, on aurait une Sydney qui subirait une malédiction avec des petits amis qui cachent un tueur qui chercherait à la tuer dans les deux premiers opus.

    Il y a une idée qui n’a malheureusement pas été utilisée, je ne sais plus si c’est pour le 3 ou le 4, mais le personnage de Matthew Lillard aurait survécu dans le premier Scream et piloterait les meurtres du Ghostface grace à des fans. J’aurais aimé voir cela.

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