Spontaneous Combustion – Tobe Hooper

Spontaneous Combustion. 1990.

Origine : États-Unis
Genre : Complètement cramé
Réalisation : Tobe Hooper
Avec : Brad Dourif, Cynthia Bain, Jon Cypher, William Prince, Melinda Dillon, Dey Young.

Volontaires pour participer à une expérience autour des radiations atomiques, Peggy et Brian Bell goûtent alors à une gloire éphémère en cette année 1955. Peu de temps après, ils deviennent les heureux parents d’un petit garçon, David, qui ne déplore qu’une tache de naissance disgracieuse sur la main en forme de brûlure de cigarette. Une joie de courte durée puisqu’ils meurent tous les deux de manière inexplicable sous le coup d’une combustion spontanée. 35 ans plus tard, David s’apprête à fêter son anniversaire avec sa petite amie Lisa. Il se fait appeler Sam mais sa tache de naissance ne laisse aucun doute quant à sa véritable identité. Loin d’être une coquetterie, ce changement d’identité découle des mensonges dans lesquels il a baigné depuis sa naissance. S’il n’ignore pas le décès de ses parents, il est convaincu qu’ils sont morts par noyade. Une entrevue houleuse avec son ex femme ouvre une brèche sur son obscur passé. Sous le coup d’une franche irritation, des flammes jaillissent de son index gauche. Cela marque le début de désagréments allant crescendo alors qu’au même moment, des personnes de l’entourage de David meurent carbonisées. Pour comprendre ce qui lui arrive, David va devoir creuser dans son passé, condition sine qua non pour pouvoir se ménager un avenir.

C’est un Tobe Hooper particulièrement fier de son travail qui a accompagné la sortie de Spontaneous Combustion. Il faut bien sûr voir derrière cette attitude le discours rôdé d’un professionnel en tournée promotionnelle mais pas seulement. Derrière les mots convenus – sur lesquels il reviendra quelques années plus tard de manière plus acerbe – se cache l’ardent désir d’un nouveau départ. Les années 80 n’ont pas été tendres avec Tobe Hooper. Quoique l’inverse est vrai également. Disons que les torts sont partagés, et comme ça, tout le monde est content. A force d’indécision quant à l’orientation à donner à Massacres dans le train fantôme (Slasher ? Hommage aux films d’horreurs de son enfance ? Parodie ?), Tobe Hooper accouche d’un film hybride, plus gênant qu’effrayant; son plus gros succès, Poltergeist, reste entaché de l’imbroglio qui tourne autour de sa réelle paternité; ses années Cannon l’ont ringardisé; et son passage forcé à la télévision l’ont définitivement fait rentrer dans le rang. En somme, il préfigure la chute sans fin d’un autre maître de l’horreur – Dario Argento – à ceci près que Tobe Hooper reste l’homme d’un seul film (un propos qui n’engage que moi, mes compères de Tortillapolis se montrant nettement plus bienveillants envers la carrière du bonhomme) lorsque son homologue transalpin peut se targuer de plusieurs œuvres impérissables. Gonflé à bloc, Tobe Hooper amorce cette nouvelle décennie avec appétit. Il enchaînera d’ailleurs dans un laps de temps très court les réalisations de Spontaneous Combustion et du téléfilm Red Evil Terror, preuve de son envie d’aller de l’avant. Autre chose rare chez lui, il se trouve à l’origine du projet Spontaneous Combustion. La combustion spontanée est un phénomène qui l’intéresse de longue date et dont la mise en forme lui a été inspirée par le visionnage d’un documentaire sur les pompiers de Boston. La petite dose de nucléaire par dessus, charpente sur laquelle le réalisateur a jugé bon de construire son intrigue (dixit ses propos rapportés dans le Mad Movies n°70), assure la continuité avec L’Invasion vient de Mars et toute cette branche science-fictionnelle du cinéma américain des années 50 qui a bercé son enfance. Si on ajoute à cela une sommité des effets spéciaux visuels pour les effets pyrotechniques (John Dykstra) et un acteur de qualité rompu au genre (Brad Dourif) dans le rôle principal, toutes les conditions semblent réunies pour le retour en fanfare d’un cinéaste égaré via une série B enthousiasmante.

Enthousiasmant, Spontaneous Combustion l’est. Mais pas de la manière attendue. A peine le générique achevé, l’hilarité s’empare des spectateurs pour ne plus le lâcher pendant plus de la moitié du film. Tobe Hooper a toujours flirté avec l’humour, mais un humour d’ordinaire noir presque malaisant. Rien de tel ici. Si l’on rit à gorge déployée, on le fait avant tout contre le film et non pas avec. Spontaneous Combustion brille d’un humour involontaire qui tient à deux facteurs : l’incapacité de Tobe Hooper à nous intéresser aux déboires de David Bell et le doublage français. Tobe Hooper connaît ses classiques. Il place donc la peur du nucléaire au cœur de son récit. Dans la partie qui se déroule en 1955, il s’agit de le dompter en rendant ses radiations inoffensives pour les êtres humains, alors que dans la partie contemporaine, il convient plutôt de le combattre. Des affiches de lutte contre la centrale voisine de Trinidad Beach fleurissent un peu partout dans les couloirs du campus et nombreux sont les étudiants et certains membres du personnel à porter un brassard indiquant leur farouche opposition à cette implantation. Sam/David est de ceux-là même s’il ôte son brassard au moment de la première résurgence du mal qui se tapit en lui. Un geste à la portée symbolique motivé par rien. Tobe Hooper ne cherche pas à prendre position. Il se borne à dépeindre une Amérique des années 50 conforme à l’imagerie d’Épinal avec ce couple de braves américains vendu comme “des héros américains pour un futur américain”, film publicitaire à l’appui. A cette ironie évidente répond l’ambiance exagérément complotiste qui émane des réunions entre hauts gradés et scientifiques où se joue l’avenir de David encore au stade du fœtus, entre propos primesautiers et jargon scientifique outrancier. La palme revient au docteur Vandenmeer, interprété par le cinéaste André De Toth, qui apparaît dans l’unique but de partager ses théories à propos de la mort du couple Bell, non sans s’amuser à triturer les chairs calcinées devant un parterre sidéré. Au passage, on notera que la combustion spontanée des corps s’accompagne d’une curieuse réduction du crâne. Détail anodin mais néanmoins annonciateur du n’importe quoi dans lequel va baigner tout le film. Phénomène inexpliqué mais au modus operandi avéré, la combustion spontanée se retrouve maltraitée par un Tobe Hooper en recherche d’images fortes. Plutôt que de faire confiance à Brad Dourif et à sa capacité de jouer tout en intériorité un être qui se consume peu à peu au plus profond de ses entrailles, il lui adjoint de lourds effets pyrotechniques qui le transforment en volcan humain. Des flammes jaillissent de lui de toutes parts, même des endroits les plus incongrus, pour un résultat à l’écran particulièrement risible. Sous le coup de la colère, David se révèle capable d’enflammer à distance l’objet de son courroux (coucou) sans logique aucune. Car s’il lui suffit de penser à quelqu’un en mal pour le brûler, on peut se demander par quel miracle son ex femme a bien pu échapper à son châtiment. A ces situations toutes plus saugrenues les unes que les autres s’ajoute une version française approximative qui, loin d’apporter du sens à ce qui se déroule devant nos yeux, tend à rendre les péripéties encore plus absurdes. Le doublage est à l’avenant, pas toujours très juste dans ses intentions. Tout cela combiné accouche de la meilleure scène du film, comprendre la plus irrésistible, celle de la station radio où un John Landis en mode bon copain prend feu parce qu’il a refusé de remettre David en communication avec le Docteur Persons. Ça part dans tous les sens, montage inclus, pour un grand moment de n’importe quoi labellisé Tobe Hooper.

Il y a pourtant un fond tragique dans cette histoire. David Bell est une victime, fruit d’une expérience non maîtrisée. Il découvre à 35 ans que toute sa vie n’a été qu’un vaste mensonge et que chacune de ses rencontres a découlé de la seule volonté de celui qu’il considérait comme un père, Lewis Orlander. Quoique sur ce dernier point, il n’avait pas forcément tort comme il l’apprendra lors de sa dernière entrevue avec l’homme impotent dans un beau moment de déballage forcé. En dépit de ce lourd bagage propice au pathos, David ne suscite aucune empathie. Cela tient notamment au regard distancié que Tobe Hooper porte sur lui. Égal à lui-même, le réalisateur s’ingénie à faire vivre un véritable calvaire à son personnage principal. Celui-ci prend feu de toutes parts de manière incontrôlable et voit des cratères se former sur son corps. Il finira même par brûler vif, terminant le film en lambeaux de chair calcinée. Des sévices qu’il s’inflige à lui-même dans un geste de pur masochisme involontaire. Ne comprenant rien à ce qui lui arrive, il n’a aucun combat à mener autre que sa quête pour la vérité. Quoique celle-ci s’impose à lui plus qu’il ne cherche volontairement à remonter le cours de son existence pour y voir clair. À l’image de son “pouvoir” qui se matérialise de manière aussi soudaine qu’inexpliquée, tous les protagonistes du simulacre qui constitue sa vie décident comme un seul homme de jouer cartes sur table au même moment. L’intrigue revêt donc peu d’intérêt et Tobe Hooper la traite en conséquence, bien qu’il en soit l’auteur. Ce qui est suffisamment rare pour le souligner. L’existence de David Bell ne constitue jamais un enjeu alors qu’il nous est présenté comme l’arme nucléaire la plus sophistiquée du monde. Il n’a donc rien à craindre de l’armée, laquelle semble se désintéresser totalement de ce projet qu’elle a pourtant accompagné. En fait, il se retrouve au milieu d’une guerre intestine entre deux scientifiques aux vues divergentes sans que celle-ci ne gagne en ampleur au fil du récit. Voilà des individus qui savent rester courtois, jouant leur partition chacun de leur côté sans trop chercher à se mettre des bâtons dans les roues. On peut néanmoins s’étonner de la position de Rachel, petite-fille de Lewis Orlander et maîtresse du docteur John Marsh. Une duplicité jamais justifiée qui prend corps au moment où s’y attend le moins, comprenez au milieu d’un final qui tient du passage de relai entre David et Lisa, soit les deux fruits d’une même expérience à 10 ans d’intervalle. A ce moment là, Tobe Hooper nous a perdu depuis longtemps. L’hilarité du début s’est peu à peu mué en sidération devant ce film particulièrement mal branlé aux effets pyrotechniques peu spectaculaires. Le sacrifice final sur fond d’envolée romantique a beau renvoyer aux classiques du cinéma fantastique des années 30, l’hommage sonne creux. Tobe Hooper n’est décidément pas fait pour regarder en arrière.

Il faut toujours se méfier des avis noircissant le dos des jaquettes de dvd. “Un film fantastique d’une intensité rare, porté par un scénario chauffé à blanc et des effets spéciaux brûlants.” peut-on lire sur celle de Spontaneous Combustion. Un tel effort dans la surenchère lexicale relatif au thème abordé indique clairement qu’il y a anguille sous roche. Même Tobe Hooper, quelques années plus tard, avouera qu’il aurait dû s’abstenir de réaliser ce film tant il se trouvait à l’époque dans une situation délicate sur le plan professionnel et personnel. Un constat que nous pourrions facilement étendre à toute sa filmographie post 1990, à quelques menues exceptions près (sa contribution à Body Bags, notamment).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.