La Main du cauchemar – Oliver Stone

The Hand. 1981.

Origine : États-Unis
Genre : Schizophrène
Réalisation : Oliver Stone
Avec : Michael Caine, Andrea Marcovicci, Annie McEnroe, Bruce McGill, Viveca Lindfors.

Auteur de bande-dessinées pour un journal national, Jonathan Lansdale (Michael Caine) vit à la campagne en compagnie de sa femme et de sa fille, loin du tumulte de la ville. Une situation qui lui sied à ravir au contraire de son épouse, désireuse de s’installer à New-York. Le destin de Jonathan bascule lors d’un accident de voiture au cours duquel, passager, il perd sa main droite. Désormais incapable de dessiner convenablement, il cède la paternité de son personnage phare à un tiers et, la mort dans l’âme, consent à s’installer avec sa femme Anne à New York. De plus en plus irritable, assailli de visions cauchemardesques de sa main disparue, Jonathan finit par accepter un poste d’enseignant dans une université californienne afin de calmer la situation. Un éloignement qui n’aura pas l’effet escompté.

La rétrospective que l’Institut Lumière consacre actuellement à Oliver Stone tend à le confirmer, ses débuts à la réalisation dans le cinéma d’horreur sont complètement occultés. Le réalisateur se retrouve comme enfermé dans l’image du cinéaste engagé qui n’a de cesse d’explorer les traumatismes de la société américaine. A tel point que désormais bon nombre d’entretiens ou d’articles le concernant parlent moins de cinéma que de politique. Il faut bien le reconnaître, Oliver Stone prête sciemment le flanc à cette image, multipliant depuis quelques années les documentaires sur des sujets particulièrement délicats aux États-Unis (Fidel Castro, Hugo Chavez, Vladimir Poutine). Et puis ça l’arrange sans doute un peu que ses premiers films soient passés sous silence. Pourtant, cette incursion liminaire dans l’horreur infuse son cinéma jamais exempt de visions horrifiques (la tentative d’assassinat du Sergent Barnes sur la personne de Chris en plein largage de napalm lors d’un combat nocturne dans Platoon, certains passages de Tueurs nés, l’œil arraché dans L’Enfer du dimanche etc…).

C’est auréolé de l’Oscar du meilleur scénario pour Midnight Express que Oliver Stone se lance dans le tournage de La Main du cauchemar, adaptation du roman La Queue du lézard de Marc Brandel paru en 1979. D’ores et déjà reconnu pour sa plume (il signera par la suite les scénarios de Conan le barbareScarfaceL’Année du dragon ou encore Huit millions de façons de mourir), il lui faut désormais se faire un nom en tant que réalisateur. Pour curieux que puisse paraître ce choix d’adapter à l’écran un roman d’épouvante pour parvenir à ses fins, il faut se souvenir que cela avait plutôt bien réussi à William Friedkin avec L’Exorciste quelques années auparavant. En outre, le réalisateur peut compter sur l’entier dévouement de Michael Caine, peu échaudé à l’idée de n’être qu’un troisième choix. L’acteur anglais s’en donne à cœur joie, suant sang et eau pour retranscrire les tourments psychologiques et physiques de Jonathan Lansdale. Un personnage dont le flegme apparent masque mal un tempérament tempétueux. Derrière le mari aimant et le bon père de famille se cache un homme de la vieille école, qui se fait fort de subvenir seul aux besoins de sa famille et qui apprécie de pouvoir garder en permanence un œil sur sa jeune épouse. Cette coquette maison perdue au milieu d’un havre de verdure revêt alors pour la jeune femme les atours d’une prison dorée dont elle est fermement décidée à s’évader. En dépit des propos faussement rassurants d’Anne, laquelle prétend qu’un éloignement physique ne pourra que leur être bénéfique, il y a de l’eau dans le gaz chez les Lansdale. Le couple ne tient encore que par l’amour qu’ils portent tous deux à leur fille. Sans elle, Anne et Jonathan n’ont plus rien à partager. Dans ce contexte, le terrible accident dont est victime le dessinateur ne fait que compliquer leurs rapports. Diminué et meurtri dans sa chair, Jonathan passe le plus clair de son temps à ressasser et à renâcler, ne supportant pas la pitié qu’il décèle dans le regard de son épouse. Et encore moins que celle-ci lui échappe au profit d’une espèce de gourou new-age adepte de l’ouverture des chakras.
La Main du cauchemar n’est pas à proprement parler un film à sensations fortes. Hormis lors de l’accident dont la brutalité n’a d’égal que le traumatisme qu’il génère par la suite, Oliver Stone cherche moins à impressionner le spectateur qu’à l’immerger dans la folie qui semble s’emparer peu à peu de Jonathan. Pour cela, il s’appuie sur des cadrages très serrés et l’hyper expressivité de Michael Caine. L’horreur se place à un niveau plus psychologique, brodant sur le phénomène du membre fantôme. Le cinéaste ne s’appesantit guère sur le ressenti physique d’une telle disparition, laquelle peut aller de la gêne négligeable jusqu’à une douleur insupportable en passant par des fourmillements, mais s’attarde davantage sur les implications mentales. Après l’accident, Jonathan devient comme hanté par son membre manquant, au point de le voir partout, jusque sous la douche lorsque la poignée du mitigeur prend la forme de sa main suivant un effet aussi simple que saisissant. Il souffre de trous de mémoires, lesquels se matérialisent à l’écran par des séquences cauchemardesques en noir et blanc où sa main en décomposition s’adonne à des actes macabres. Tout le propos du film tient à cette interrogation : Jonathan devient-il fou ou est-il pris d’une soudaine folie meurtrière ? Nullement pressé de répondre à cela, Oliver Stone accompagne patiemment la déchéance de son personnage, sorte de vieux beau en perte de vitesse qui tente maladroitement de retrouver de sa superbe dans les bras de l’une de ses élèves. Un programme guère passionnant qui s’emballe néanmoins lors du dernier acte lorsque Jonathan libère ses frustrations dans un âpre combat contre lui-même.

Film particulièrement méconnu – inédit en salles en France, il a néanmoins été exploité en vidéocassettes – La Main du cauchemar montre une facette plus légère, voire populaire, de la personnalité d’Oliver Stone. Ce film rend d’une certaine manière hommage aux E.C Comics, ces bandes-dessinées horrifiques au cœur de Creepshow et de la série Les Contes de la crypte. En somme Oliver Stone, qui apparaît sous la défroque d’un clochard, entame là son cheminement autobiographique, évoquant en creux une page importante de son adolescence, avant de connaître la consécration avec ses souvenirs de volontaire lors de la guerre du Vietnam.

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