Crimson – Comics – 1998

Crimson. 1998-2001

Origine : États-Unis
Genre : Comics fantastique
Auteurs : Humberto Ramos, Brian Augustyn

Alex Elder a le sang qui bouillonne : ses amis se sont fait massacrer par une bande de motards vampires ! Mordu, l’adolescent ne doit son salut qu’à Ekimus, le dernier des Gregori, qui le transforme à son tour en vampire. Complètement déboussolé et ivre de vengeance, Alex apprend de la bouche de son sauveur qu’il n’a pas hérité que de nouvelles canines. Il serait également l’Élu d’une antique prophétie…

 Avant de s’attaquer au titre retour sur la genèse de son arrivée en France

Retour sur une rupture franco américaine

À l’origine de la série Crimson et de nombreux comics indépendants il faut parler d’une rupture entre Marvel Comics et Semic/Lug après plus de 25 ans d’amour…  Remontons en 1969 lorsque Lug éditions, alors spécialisée dans des  petits formats tels que Blek, Kiwi, Mustang, Nevada, Ombrax, Rodéo, se lance dans les comics avec Fantask, Strange, Marvel. Après 20 ans de bons et loyaux services, la société revend ses titres  à Semic, un éditeur suédois. Hélas pour Semic un drame arrive en octobre 1996 : l’entreprise perd les licences Marvel Comics et se doit d’arrêter toutes les traductions de comics tels que Strange qui paraissait depuis 26 ans. Reste pour l’éditeur à trouver de nouvelles licences pour garder le bateau éditorial à flot. Le salut viendra d’une bande de jeune rebelles nommés Jim Lee, Todd McFarlane, Rob Liefeld.

Quand la chute de Marvel aux States renouvelle Semic en France

Quiconque suit l’actualité des comics aux USA a dû s’intéresser au départ de sa jeune génération d’auteurs à succès. Je vous parlais plus haut de Jim Lee, Todd McFarlane, Rob Liefeld, ces trois auteurs ont réussi à battre des records de vente sur diverses séries Marvel : Mc Farlane avec 3 millions d’exemplaires de Spiderman, Liefeld fera 5 millions avec le relaunch de New Mutants sous le nom X-Force et Lee explosera les compteurs avec 7.5 millions d’exemplaires d’X-Men (8 millions selon d’autres sources que les miennes). Malheureusement pour nos jeunes prodiges, la politique de Marvel a une règle qui ne leur plait pas des masses : “ce que tu crées nous appartient”. Plutôt intéressés par le creator owned (ce que je crée m’appartient),  le trio, accompagné par d’autres grands noms tels que Erik Larsen, Marc Silvestri et Whilce Portacio, va finir par quitter le navire et créer l’éditeur Image Comics.

Dans la famille Image je cherche…

Comme présenté ci-dessus, Image est une maison d’édition avec plusieurs studios proposant leurs univers bien à eux comme Mc Farlane Prod et l’univers de Spawn ou Wildstorm de Lee avec  Stormwatch, Deathblow, Grifter, Backlash et Gen 13Wildstorm a la particularité de donner naissance à Cliffhanger, une collection dont les personnages n’appartiennent pas à Jim Lee.

Semic va se faire, et nous faire, plaisir en sortant un grand nombre de séries Image dont certaines cartonnent encore aujourd’hui comme Spawn ou Sam & Twitch voir Fathom mais aussi la série dont je veux vous parler et qui fait partie des atypiques : Crimson (et oui on y vient). Crimson fait parti des productions Cliffhanger un de mes studios préférés car il est celui qui a su faire preuve de la plus grande innovation dans ses séries en sortant des sentiers battus comme Battle Chasers, Danger Girl, Out There ou Steampunk

En clair, il aura fallu que le géant Marvel vive une refonte de son empire (départ des futurs fondateurs d’Image et accessoirement une banqueroute) pour que la France voit arriver une autre vision du comics loin des sentiers mainstream. Découvrons donc un des titres qui a permis à son dessinateur d’accéder à la lumière des projecteurs mondiaux.

Crimson : une autre vision du mythe vampirique version années 90

Si Crimson est paru en 1998 aux USA, les lecteurs français ne découvrent ce récit qu’à partir de mi 1999.  Bien que née quasi en même temps que la série TV Buffy, chasseuse de vampires, Crimson a des sources d’inspirations différentes comme le film Génération perdue (The Lost Boys) de Joel Schumacher ainsi que des concepts narratifs de F.G. Haghenbeck. Reste que le concept d’adolescent confronté au mythe des vampires n’est qu’un point de départ pour le duo Ramos/Augustyn car nos deux compères vont y ajouter bien plus…

Un scénario plus complexe et profond qu’on pourrait croire

Depuis sa sortie de l’écurie Marvel, Ramos aime sortir des sentiers battus en nous dépeignant un monde entre réel et fantastique, où les monstrueux ne se trouve pas forcément où on l’attend et où le coté obscur n’est pas une fatalité sans possibilité de rédemption (DV8, Out There). Crimson, série créée avec Augustin,  en est l’exemple type et l’on assiste au parcours initiatique d’Alex Elder vampire par accident se retrouvant au beau milieu d’une guerre dont il est un élu non consentant. Lorsque je relis mes propos, je ne peux m’empêcher de penser au film Cabal (Nightbreed), réalisé par Clive Barker en 1990, dont la trame est plutôt proche : un élu malgré lui, des monstres que n’en sont pas et une humanité pas si gentille qu’on pourrait le croire…

Et oui, ici pas vraiment de bons ni de méchants, que ce soit du côté des vampires, loups-garous, démons, humains, anges, dragons… car tous ont des raisons d’agir comme ils le font. Mais alors, comment gérer un scénario complexe avec une liste assez imposante de rôles sans tout foutre en l’air en devenant trop confus à force de trop en faire ou inintéressant en rendant l’histoire trop light ? C’est la force d’Augustin qui a réussi ce tour de force entourant notre héros de personnages secondaires tout aussi profond que lui, avec des caractères marquants et des background cohérents comme Joe, Scarlet, Zophiel ou Saint Georges qui seront utiles tout au long du récit, obtenant même un chapitre bien à eux permettant ainsi au lecteur d’avoir de l’empathie à leur égard à même niveau que le personnage principal.

Au delà des protagonistes assez riches. Les auteurs en remettent une couche en mélangeant dans un seul scénario l’Ancien Testament, des récits historiques ainsi que certains mythes. On se retrouve à  voire se battre Templiers, loups-garous, dragons, anges (et forcément démons) dans un conflit mettant tout simplement la possession de la Terre et l’eden en jeu. Certains diront que c’est cousu de fil blanc cette histoire, que chaque saison de Buffy nous offre le même topo mais Augustin fait plus que nous relater une histoire aussi manichéenne qu’une saison de de la série de Joss Whedon : la richesse de chaque personnage s’étend au “clan” (l’équipe, la fratrie, la race) auquel il appartient mais pas obligatoirement pour le pousser à agir dans le même sens. Afin d’éclaircir cette phrase un poil obscure prenons l’exemple de Van Fleet, un des protagonistes : ce personnage a pour but d’œuvrer à la destruction du monde des hommes mais il se retrouve amené à effectuer des choix à l’encontre du plan initial, il ira même à s’allier avec ceux qu’il considérait comme des adversaires. Ce n’est pas parce qu’on est un méchant et que l’on déteste l’humanité que l’on veut forcément sa disparition…

Un dessin typique des années 90 oui, mais en constante évolution

Bon, côté dessin, je ne vais pas mentir on est assez loin du style Ramos que l’on a pu voir dans les derniers Spiderman… On découvre le Humberto Ramos des débuts avec un style cartoon typé “années 90”. Il fait partie de la récente team Image et de fait on retrouve dans son trait les influences de Lee ou Madureira.

Mais il y a aussi, caché dans les ombrages et la colorisation, ce qui fera la future patte de Ramos : un style se rapprochant du manga sans aller jusqu’à imiter Adam Warren. On retrouve des personnages plus filiformes que bodybuildés (dieu merci il ne s’est pas inspiré de Liefeld pour le coup) avec une paire d’yeux immenses mais ça ne s’arrête pas là. La science du comics d’Humberto Ramos se révèle à travers la mise en page de Crimson : chaque case foisonne de détails et on ne peut que s’extasier de la fluidité des mouvements de chaque plan. Bref, on retrouve une mise en page prête à être adaptée au cinéma. Ajoutons à cela que si cartoon et manga sont des termes qu’on n’a pas l’habitude de retrouver dans le mythe vampirique (à moins de jeter un œil du coté de Vampi adaptation années 2000 de Vampirella en manga) Ramos arrive à mixer ces éléments de style avec le ton de l’histoire : c’est sombre, violent et sanglant sans que ça détonne niveau style graphique.

Au final, ce comics mérite-t-il sa place en bibliothèque ?

Si on écoute les fans de comics Image, la série Crimson se retrouve dans le top des séries cultes. Néanmoins, Crimson reste un comic-book typique des années 90 (intrigue à tiroir, personnages archétypés comme 60% de la prod Image d’ailleurs) un genre qui a été adapté à toutes les sauces au point que certains le trouvent indigeste. Pour autant, le scénariste Brian Augustyn nous a offert une histoire bourrée de bons points (pas tous aboutis mais bon…), qui nous poussent à ne pas décrocher jusqu’à la fin de l’histoire. Le héros reste attachant malgré son statut de vampire, élu d’une prophétie, aux grand pouvoirs,  essayant de protéger l’Humanité (dit de cette manière ça fait trop pour un ado, non ?). L’action et les scènes de violence inhérentes à un titre sur les vampires et la fin du monde sont présentes sans trop être imposées. L’atmosphère sombre contraste avec les dessins de Ramos sans que l’un ne gêne l’autre. D’ailleurs, malgré les années, celles-ci restent très belles et prouvent le talent de l’artiste à raconter une histoire juste à travers une planche savamment découpée, talent que je n’arrive à retrouver que chez quelques vieux briscards du comics comme Romita Jr ou Birne voir Kirby…

Je concluerai en présentant Crimson comme un titre qui est le plus bel exemple de ce que la fin des années 90 pouvait nous offrir en dehors des productions DC/Marvel :  une madeleine de proust de la production comics, recette simple mais efficace dans laquelle on aime se replonger même si ce n’est pas de la grande gastronomie… Sachant que Glénat nous a offert une version Omnibus comprenant l’intégralité de l’histoire avec en prime la mini série Scarlet X Lune sanglante dessinée cette fois-ci par Carlos Meglia, génial dessinateur de la série Cybersix et bossant avec Crisse sur Cañari, ce serait dommage de se priver. 😉

 

 

 

Michaël Rocle

Michaël Rocle

Tout aurait pu commencer par une belle journée ensoleillée dans un lieu bucolique rappelant la petite maison dans la prairie avec une jeune fille se vautrant lamentablement dans les prés le sourire aux lèvres mais non... En fait la naissance de Mike se déroule dans la grisaille de la capitale du Champagne par des cris et de la douleur (un signe surement) car il est clair que la vie citadine n'est pas adapté à votre zéro tout comme le spiritueux aux bulles dorées. Bref le bambin ira s'épanouir à la campagne (finalement on retrouve la famille Ingalls) où le sale môme commence à s'intéresser aux comics et mangas.

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