Les Ripoux – Claude Zidi

Les Ripoux. 1984.

Origine : France
Genre : Buddy-movie à la française
Réalisation : Claude Zidi
Avec : Philippe Noiret, Thierry Lhermitte, Régine, Grace de Capitani, Julien Guiomar, Claude Brosset.
 
 
Sur le terrain depuis 20 ans, l’inspecteur René Boirond (Philippe Noiret) améliore son ordinaire à coups de petites combines et de retours d’ascenseur. Il ferme les yeux sur des petits délits et en retour, il peut manger à l’œil, grappiller quelques centaines de francs ou s’offrir des fringues. Un train-train délictueux que l’arrivée d’un nouveau partenaire tend à ébranler. Jeune flic ambitieux mais dénué d’expérience, François Lesbuche (Thierry Lhermitte) ne jure que par le strict respect du code pénal. Il voit donc d’un mauvais œil les largesses dont son aîné fait preuve et refuse de manger de ce pain-là. Or à son âge, René n’a pas du tout l’intention de redevenir vertueux. Il va donc s’arranger avec Simone (Régine), mère maquerelle en fin de carrière et accessoirement sa compagne, pour faire en sorte que François revoie certaines de ses priorités.
 
 
« Et le César du meilleur film est attribué à… Les Ripoux de Claude Zidi ! » A la surprise générale, Claude Zidi, chantre de la comédie populaire, obtient en cette année 1985 la consécration de ses pairs, faisant ainsi la nique à L’Amour à mort d’Alain Resnais, Carmen de Francesco Rosi, Les Nuits de la pleine lune d’Éric Rohmer et Un dimanche à la campagne de Bertrand Tavernier. Une douce revanche pour celui qui a démarré sa carrière de réalisateur au service des Charlots avec Les Bidasses en folie en 1971 et qui depuis se retrouve régulièrement éreinté par la presse. Adepte d’un humour souvent nonsensique – il participe à l’écriture de tous ses films – Claude Zidi a vu défiler du beau linge devant sa caméra, multipliant les collaborations avec Pierre Richard et Jane Birkin (La Moutarde me monte au nezLa Course à l’échalote), Louis de Funès (L’Aile ou la cuisseLa Zizanie), Coluche (L’Aile ou la cuisseInspecteur la bavureBanzaï) ou encore Jean-Paul Belmondo (L’Animal) et Jacques Villeret (Bête mais discipliné). Les Ripoux marque néanmoins un changement dans son approche de l’humour, aidé en cela par les nombreuses anecdotes rapportées par l’ancien policier Simon Mickael. Il délaisse le burlesque pour un comique de situation plus en adéquation avec son propos.
 
 
L’intrigue des Ripoux relève de la chronique accumulant les péripéties plus qu’il ne développe une réelle trame narrative. Il y a bien un semblant de fil rouge – la surveillance de Camoun, trafiquant de drogues notoire – mais celui-ci s’inscrit en pointillé et lorsque sa résolution intervient, celle-ci passe au second plan. Ce qui prime ici, ce sont les personnages, et plus précisément le duo René Boirond – François Lesbuche construit sur le modèle du buddy-movie. Tous d’eux d’une catégorie d’âge différente, il représente également deux manières différentes d’aborder leur métier qui revient à dissocier la théorie de la pratique. Il en résulte les bisbilles attendues entre le vieux grognard à la morale élastique et le jeune loup aux dents longues qui ne connaît de la vie que ce qu’en disent les bouquins. Les caractères de chacun sont poussés aux confins de la caricature afin d’accentuer leurs dissemblances. A René revient le rôle de mentor. Fort de son expérience, il doit apprendre les ficelles du métier à son jeune partenaire et surtout lui inculquer la patience. Son petit commerce parallèle ne s’est pas monté en un jour. Il lui a fallu du temps pour comprendre les rouages du quartier (le XVIIIe arrondissement de Paris) et instaurer ce climat de confiance avec ses habitants. François, provincial bourré d’énergie et de principes, arrive là comme un chien dans un jeu de quilles. Il cultive cette image du flic intègre et impulsif prompt à mettre tout le monde derrière les barreaux conformément au code pénal. Un rigorisme brillamment mis en boîte par René, prouvant par l’absurde qu’un strict respect de la loi rendrait leur travail impossible tant il y aurait à faire et qu’il vaut mieux parfois fermer les yeux sur quelques entorses minimes au règlement. Bien entendu, l’aîné prêche pour sa paroisse et si François n’est pas dupe, l’idée commence à faire son chemin dans son esprit. François a une approche un peu trop idyllique de sa profession et l’image que René lui renvoie ne peut que heurter sa sensibilité. On peut d’ailleurs s’étonner de la transparence de René à son égard quant à ses petites combines. Cela tient d’une part à son tempérament joueur – sa grande passion, les paris hippiques – et d’autre part à un sentiment d’impunité lié à sa faconde et à sa ruse. Il a toujours un tour dans son sac pour se sortir du pétrin, quitte à envoyer un de ses amis derrière les barreaux. C’est cette amoralité qui fait tout le sel du personnage – à l’inverse de François, beaucoup plus quelconque – néanmoins contrebalancée par la bonhomie joviale de Philippe Noiret.
 
 
Claude Zidi ne cherche pas à faire le procès de la corruption dans les rangs de la police. Son film n’a pas cette vocation. Il cherche avant tout à amuser sur la base d’anecdotes éclairantes du quotidien d’un policier, lesquelles permettent un défilé de personnages hauts en couleurs. Et au-dessus d’eux trône René. Pour condamnable que soit son comportement, celui-ci ferme essentiellement les yeux sur de petits délits perpétrés par du menu fretin. En outre, cette attitude quelque peu je-m’en-foutiste se nourrit des déboires du personnage. On devine qu’il adopte ce comportement depuis la mort de sa femme, emportée par le cancer, dont il conserve la librairie qu’il lui avait offerte telle une relique de leur bonheur disparu. Son amoralité cache une profonde tristesse, laquelle s’est muée au fil du temps en morosité teintée d’amertume. L’incendie qui touche ce lieu empli de souvenirs poussiéreux lors du dénouement prend une évidente portée symbolique. Il est temps pour René de repartir à zéro et de s’autoriser à rêver de nouveau. Dans ce cadre, l’évolution de François s’embarrasse moins d’alibis. Bien aidé par les manigances de René, il est tombé amoureux fou de Natasha, une prostituée très portée sur le luxe. Se faire un max d’argent devient pour lui le moyen le plus sûr de la garder. Au passage, on note la vision quelque peu étriquée de la femme idéale : celle-ci doit être ou avoir été prostituée. Une manière d’accentuer le côté protecteur de l’homme tout en prolongeant l’aspect gentiment subversif du film. Car au fond, Les Ripoux demeure la quête éperdue d’un bonheur conjugal autour de laquelle se fédèrent deux âmes solitaires. Comme tout bon buddy-movie qui se respecte, le film de Claude Zidi transforme l’inimitié liminaire en une profonde amitié à la vie à la mort. Ici, nul besoin de la sceller dans le sang, seul suffit le respect de la parole donnée. Ces flics là n’ont rien de héros sans peur et sans reproche, ce sont avant tout des hommes faillibles dans un costume trop grand pour eux. Se croire plus beau qu’il n’est attire d’ailleurs à François les railleries de son compère, lequel s’amuse de son nouveau look qui en jean, santiags et blouson de cuir rappelle le Jean-Paul Belmondo de sa période polars musclés entamée avec Peur sur la ville. Une image aux antipodes de celle que les deux hommes véhiculent.
 
 
Pas désagréable au demeurant, quoique un peu longuet à force de ne pas raconter grand chose, Les Ripoux parvient à maintenir l’intérêt, à défaut de nous tenir en haleine, grâce la grandiose prestation de Philippe Noiret et de quelques seconds rôles, Julien Guiomar au premier chef. Un film qui a su marquer son époque au point de se décliner en d’étonnants produits dérivés dont un jeu de société édité par Schmidt l’année suivante, où il s’agit d’extorquer de l’argent pour monter une affaire, et d’un jeu vidéo d’aventure en 1987 sur Atari ST et Armstrad CPC. Au cinéma, le film donnera lieu à deux suites dispensables, toujours réalisées par Claude Zidi, Ripoux contre Ripoux en 1990 puis plus tardivement Les Ripoux 3 en 2003.
 
 

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