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Monster, tome 3 : 511 Kinderheim – Naoki Urasawa

Monsuta
Tome 3 : 511 Kinderheim. 1995

Origine : Japon
Genre : Action, polar, thriller
Dessins : Naoki Urasawa
Scénario : Naoki Urasawa
Editeur : Big Kana

Toujours traqué par la police qui le prend pour un tueur en série, Tenma n’en poursuit pas moins ses investigations pour retrouver Johann. Ce dernier joue avec le bon docteur un jeu vicieux, lui laissant des messages à son attention dans les lieux mêmes de ses méfaits. Cette fois-ci, Tenma se trouve à Berlin. Il y apprend notamment que Johann a vécu dans un orphelinat de l’Allemagne de l’Est à la sombre réputation, le 511 Kinderheim. Ce qu’il va y découvrir dépasse l’entendement.

Troisième tome de la série, 511 Kinderheim marque un certain fléchissement au niveau du rythme, nettement moins haletant que dans Surprise Party, mais pas au niveau de la qualité. Au récit parallèle qui sous-tendait le tome précédent, Naoki Urasawa préfère une trame unique et linéaire centrée sur le seul docteur Tenma. A ce propos, il est amusant de constater qu’à mesure que celui-ci s’enfonce un peu plus dans les sombres tréfonds de la psyché humaine, son statut de héros au grand cœur croit de manière proportionnelle. Le chirurgien prodige aveuglé par ses ambitions du début s’est mué en homme taciturne et vengeur, sans pour autant remiser son humanité au placard. Ainsi, si il refuse dans un premier temps de soigner un terroriste, coupable d’avoir provoqué la mort d’innocents dont un enfant, il finit par s’exécuter, non sans l’avoir proprement sermonné au préalable (« Vous comprenez enfin à quel point tuer quelqu’un est horrible ? »). Dans ce troisième tome, il vient également en aide à un enfant brutalisé et offre ses bons services aux habitants d’une petite bourgade, assistant le médecin local lors de sa tournée. Sa trajectoire épouse alors celle d’un autre médecin injustement accusé de meurtre, le bon Richard Kimble, héros de la série Le Fugitif. Comme ce dernier, et alors qu’il poursuit un but précis, Kenzô Tenma ne cesse jamais de faire le bien autour de lui, faisant preuve d’un altruisme d’autant plus louable que sa situation s’avère particulièrement instable. Toutefois, le héros de papier ne bénéficie pas encore d’un poursuivant attitré aussi acharné que le héros hertzien. Le commissaire Runge, le seul apte à incarner cette menace, demeure encore en marge de l’intrigue, mais pas pour longtemps à en juger par la conclusion de ce troisième tome. Héros au grand cœur, chirurgien infaillible, plutôt beau gosse (d’ailleurs, le bon docteur présente une trouble ressemblance avec Nikki Larson, le détective privé un brin queutard du dessin animé éponyme qui fit la joie du club Dorothée en son temps), Kenzô Tenma aurait de quoi agacer plus d’un lecteur par tant de perfection. Et si ses élans moralisateurs lors de son entrevue avec le terroriste ne sont pas loin d’y parvenir, dans l’ensemble, l’exacerbation de ses grandes qualités ne viennent pas plomber le récit. Au contraire, c’est dans la confrontation de cet homme d’une grande probité à un univers particulièrement sombre et abject qui confère tout son intérêt à Monster.

Au départ, on pouvait s’étonner du choix de l’Allemagne comme théâtre de l’action. Or, avec ce troisième tome, ce choix de la part de Naoki Urasawa apparaît totalement délibéré et dénué de toutes volontés exotiques. Démarrée dans une Allemagne encore divisée, l’intrigue se déroule désormais dans un pays réunifié mais au passé loin d’être soldé. En remontant aux origines de Johann, Tenma plonge en fait dans les méandres de la société allemande, se prenant de plein fouet les inimitiés persistantes entre l’ex Allemagne de l’Ouest et l’ex Allemagne de l’Est. La première représenterait le Bien, avec un peuple heureux et une économie prospère lorsque la seconde symboliserait le Mal, souffrant d’une économie désastreuse et abritant des habitants qui vivent dans un ennui total. Johann serait donc la mauvaise graine issue de cette Allemagne de l’Est dont certains orphelinats, comme le 511 Kinderheim, servaient en fait à d’horribles expériences comportementales visant à faire de ces enfants de parfaits guerriers, dépourvus du moindre sentiment. Une prolongation des expérimentations nazies, en somme. A la suite de ce Mr Hartmann à l’aspect respectable, Naoki Urasawa fait basculer son simple thriller dans une horreur plus tangible et plus glauque, car touchant des enfants, images même de l’innocence. Se faisant, il révèle un pays malade vivant une réunification douloureuse du fait de fantasmes et d’idées préconçues solidement ancrées dans les esprits. Plus que de la seule Allemagne de l’Est, Johann est donc le fruit d’un pays déchiré, l’entité monstrueuse d’une nation bicéphale.

Toujours plus ambitieux, ce troisième tome témoigne à nouveau de la parfaite maîtrise de Naoki Urasawa. Il parvient encore à surprendre, conférant une dimension toujours plus maléfique à Johann, dont la présence n’est même plus utile au récit tant son ombre néfaste plane en permanence au dessus de lui. Tout ce qui le concerne est passionnant. Par contre, lorsque l’auteur se concentre davantage sur la fuite de Tenma, l’intrigue devient plus classique et de fait, moins intéressante à suivre, notamment du fait de parallèle trop grossier comme avec le docteur Schumann, à l’histoire identique à celle du héros. Johann en moins, bien sûr.

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