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Masters of Horror 1-08 : La Fin absolue du monde – John Carpenter

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Masters of Horror. Saison 1, épisode 08
John Carpenter’s Cigarette Burns. 2005.
Origine : Etats-Unis / Canada
Genre : Horreur
Réalisation : John Carpenter
Avec : Norman Reedus, Udo Kier, Chris Gauthier, Zara Taylor…

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Gérant d’un cinéma en voie de décrépitude, Kirby Sweetman arrondit ses fins de mois en parcourant le monde à la recherche de films rares à l’intention de collectionneurs fortunés. L’un d’entre eux, Mr. Bellinger, le mandate pour retrouver La Fin absolue du monde, un film maudit prétendument détruit mais dont la rumeur persistante quant à son existence attise les fantasmes les plus fous. Voyant là l’occasion rêvée de régler ses dettes, Kirby accepte la proposition, ne se doutant pas dans quoi il a mis les pieds.

Plus que tout autre réalisateur de cette première fournée des Masters of Horror, la participation de John Carpenter constitue un petit événement en soi. Volontairement retiré des affaires depuis Ghosts of Mars en 2001, il fallait bien ce projet clé en main et à la durée de tournage très courte pour le sortir de sa retraite. En acceptant la proposition de Mick Garris, au moins avait-il la garantie d’avoir carte blanche, et donc de ne pas s’épuiser à devoir continuellement lutter pour imposer sa vision à des producteurs obtus. Un confort appréciable qui a eu l’effet d’endormir un John Carpenter qu’on a connu plus percutant, et surtout nettement plus inspiré.
A l’inverse de ce qu’il avait l’habitude de faire, John Carpenter se contente ici du seul poste de réalisateur, n’étant impliqué ni dans l’écriture du scénario, ni dans la composition de la musique. Pour cette dernière, on reste cependant en terrain familier puisque le compositeur n’est autre que son fils Cody, qui perpétue la simplicité des partitions paternelles et leur aspect entêtant, à l’instar du morceau qui ouvre l’épisode. Quant au scénario, le choix de John Carpenter s’est porté sur une histoire qui rappelle le roman Images anciennes de Ramsey Campbell, où comment la recherche d’un film mystérieux entraîne bien des mésaventures, le plus souvent mortelles. Œuvre du duo Scott Swan et Drew McWeeny – responsables du site d’informations sur le cinéma Ain’t it cool – La Fin absolue du monde joue la carte du référentiel, à commencer par le titre original qui évoque ces marques laissées sur la pellicule pour annoncer les scènes chocs à venir. De l’évocation du Festival du film fantastique de Sitges (l’édition de 1971, soit les vrais débuts du festival avec notamment au programme L’Abominable Dr Phibes) aux Frissons de l’angoisse à l’affiche du cinéma que dirige Kirby, tout concourt à renouer avec une époque aujourd’hui révolue où le cinéma fantastique savait imprimer durablement la rétine via un imaginaire débridé et des images chocs. Une époque où les films conservaient une aura de mystère de par leur rareté, et dont chacun de leur passage en salle constituait un événement en soi. Bref, une usine à fantasmes qu’entretient le bouche à oreille d’aficionados totalement exaltés. Car contrairement à ce que pourrait laisser croire la citation liminaire attribuée à Hans Backovic (« Un film, c’est magique ; et entre de bonnes mains, une arme. »), cet épisode ne s’interroge guère sur le pouvoir de l’image – la plupart des personnages que nous croisons n’ont d’ailleurs jamais vu le film – mais bel et bien sur la passion qui confère à l’obsession des ces individus prêts à tout pour assouvir leur curiosité. En cela, La Fin absolue du monde relaie certaines thématiques déjà abordées dans L’Antre de la folie. On retrouve donc ce fanatisme de passionnés au cœur des récits, propices aux actes les plus irrationnels, le cinéma d’horreur succédant à la littérature fantastique. Néanmoins, le segment des Masters of Horror se veut beaucoup moins ambitieux, la folie restant circonscrite à un cercle d’initiés, sans jamais empiéter sur le monde. De fait, si l’on excepte l’entame de l’épisode, plutôt efficace par son savant mélange d’informations et de zones d’ombre, le récit ne parvient jamais à retranscrire toute la portée maléfique prêtée à « La Fin absolue du monde ». On touche pourtant là à l’essence même d’un certain fantastique, proche des écrits de Lovecraft, où l’horreur se déploie tout en suggestion mais imprègne durablement l’esprit. Rien de tel ici. John Carpenter meuble son intrigue d’images chocs le plus souvent ridicules (la main brûlée de l’un des contacts de Kirby) voire totalement gratuites (la décapitation de la conductrice de taxi), quand cela n’est pas totalement hors de propos (le trauma du héros qui repense au suicide de sa fiancée toxicomane). Par son côté « bout de ficelle », l’enquête perd rapidement de son intérêt, jusqu’à un final outrancier qui commet en outre l’erreur de montrer quelques images du film maudit. Trop brèves pour que l’on puisse percevoir leur nature destructrice, elle témoigne surtout de l’impasse dans laquelle s’est fourvoyée John Carpenter. Jamais l’aura maléfique de ce film ne contamine les images, hormis quelques effets aussi faciles qu’inefficaces. Et si l’on s’en réfère aux quelques propos collectés par Kirby, « La Fin absolue du monde » pourrait n’être qu’un snuff movie de plus réalisé par un réalisateur sans talent n’ayant trouvé que ce procédé excessif pour faire parler de lui.

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De ce sujet aux résonances pourtant évidentes avec son œuvre, John Carpenter en a tiré un épisode particulièrement mollasson et dépassionné. Plutôt que de se fourvoyer dans des panouilles qu’il réalise sans envie (Pro-life, son segment de la saison 2 réussit l’exploit d’être encore plus mauvais ; et si The Ward est mieux fichu, il n’en demeure pas moins sans saveur), il aurait mieux valu qu’il s’en tienne à son choix initial de rester à l’écart du milieu. Il n’a visiblement plus l’énergie ni la passion qui l’animaient tout au long de sa carrière et qui en a fait l’un des porte-étendards du genre fantastique, à l’instar d’autres réalisateurs conviés à la série de Mick Garris, dont l’événement télévisuel qu’elle constituait initialement s’est mué en enterrement.

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