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Les Contes de la crypte 3-07 : Un vampire récalcitrant – Elliot Silverstein

Ecrit par Loïc Blavier

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Les Contes de la crypte. Saison 3, épisode 07.
The Reluctant Vampire. 1991.
Origine : Etats-Unis
Réalisation : Elliot Silverstein
Avec : Malcolm McDowell, Sandra Dickinson, Michael Berryman, George Wendt…

Donald Longtooth est un vampire récalcitrant. Ce qu’il refuse, ce n’est pas tant sa condition que les devoirs qui vont avec, c’est à dire boire le sang de pauvres bougres jusqu’à ce que mort s’ensuive. C’est pourquoi Donald a trouvé une bonne planque : gardien de nuit dans une banque du sang. Toutefois, bien difficile est la vie d’un vampire à l’ère moderne : la disparition des stocks pousse le directeur à menacer tout le monde de licenciement, sauf Sally, sa secrétaire, à qui il fait des avances douteuses. Or, il se trouve que Sally éprouve des sentiments bien réciproques à l’égard de Donald. Ce dernier veut protéger sa dulcinée, mais difficile de trop en faire quand les vilaines canines repoussent dès qu’elle s’approche d’un peu trop près. Complexe situation dont Donald ne se débarrassera pas qu’en réapprovisionnant les stocks avec le sang de délinquants… Et par dessus le marché, Van Helsing rôde en ville.

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Commencée à la télé, finie à la télé, telle est la carrière de notre réalisateur du jour, Elliot Silverstein, qui aura tout de même connu une courte mais honnête filmographie pour le grand écran (Les Détraqués, Un homme nommé Cheval). Quant à son bagage télévisuel, rien de franchement marquant si ce n’est pour quelques épisodes de La Quatrième dimension (l’originale) qui ne remontent donc pas d’hier. Il entre ici dans la dernière ligne droite de sa carrière, avec le premier des quatre épisodes mis en boîte par ses soins pour Les Contes de la crypte, lequel s’inscrit dans une veine nettement parodique (scénarisé d’ailleurs par le scénariste de Flic ou zombie, cette sympathique boutade mêlant zombie et buddy movie), incontestablement plus que dans la majorité des épisodes de la série qui pour schématiser s’évertuent généralement à ironiser sur l’immoralité d’un personnage, voire d’une situation. Ce que Silverstein fait aussi, mais en inversant les choses : là où son personnage principal aurait par nature dû être foncièrement malveillant -c’est un vampire, ne l’oublions pas-, il n’aspire en fait qu’à une vie tout à fait normale, celle d’un type qui peste à la sonnerie du réveil et boit dans un verre. Il est même un peu fleur bleue, d’où son emploi en banque du sang, d’où son désir de servir de chevalier servant à une demoiselle en détresse et d’où sa décision de ne s’en prendre qu’à la lie de la société pour réapprovisionner les stocks et sauver ainsi les emplois de ses collègues. Ainsi, il a sa conscience pour lui. Un vrai galant homme, qui n’est pas sans apparaître comme une caricature anticipée des vampires romantiques façon Buffy voire Twilight. C’est que sa bonne âme s’accompagne d’une personnalité alternant entre le modeste employé de bureau et le jouvenceau découvrant la vie. Ainsi, si sa soudaine poussée de canines à l’approche du cou de sa belle rappelle bien la nature sexuée du vampire, elle s’accompagne aussi d’une soudaine crise de gêne. Pour dire les choses franchement, quand Donald cherche à cacher ses dents, cela revient au même que s’il essayait de cacher une érection. Sa peur de passer à l’acte vaut autant pour donner de l’amour que pour donner la mort. Il y a quelque chose de doucement ironique à voir Malcolm McDowell incarner ce type de personnage, véritable antithèse du rôle qui l’a fait connaître, celui de Alex dans Orange mécanique. A l’inverse, Silverstein emploie également deux autres « têtes » à contre-emploi : le débonnaire George Wendt (le voisin de House) pour camper un patron vicelard et Michael Berryman qui pour une fois lutte pour le bien en donnant sa version personnelle d’un Van Helsing tout aussi fanatique que dans les productions Hammer. Sauf que cette fois, le vampire qu’il traque est donc un brave type en proie à la timidité, qui se retrouve bien malgré lui au cœur des évènements. Affronter ses sentiments n’était déjà pas facile pour Donald, alors quand en plus il y a un rival en position de force à éloigner ainsi que le plus célèbre chasseur de vampires, les choses sont vouées à virer au drame shakespearien. Silverstein joue sur le manque de charisme et la lâcheté de son vampire (la femme qu’il aime est d’ailleurs a son image : d’une banalité confondante), vu comme un héros indigne et un adversaire qui ne l’est pas moins, et qui se retrouve même à un moment défendu par celle qu’il doit lui-même protéger. A se demander comment il a pu survivre jusque là. Et le réalisateur de prolonger cette forme de parodie jusque dans le final, qui là encore bouscule les habitudes de la série en ayant recours à un happy end réussissant malgré tout à préserver une certaine forme d’humour noir, encore qu’il ne vise pas le personnage principal.

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Silverstein a donc eu recours à un ton différent dans son approche de la série : celle-ci renverse la bonne morale, et Un vampire récalcitrant renverse ce renversement sans pour autant retourner dans le classicisme. L’idée est bonne, son application un peu moins : le rythme y est assez mollasson, les acteurs un peu apathiques (Michael Berryman y compris -il se sent peut être un peu déphasé par le contexte !-) et du coup on ne peut pas goûter pleinement à cette intrigue pourtant bien trouvée.

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