Cinéma Horreur

Salem – Mikael Salomon

Ecrit par Loïc Blavier

salem

‘Salem’s Lot. 2004.
Origine : Etats-Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : Mikael Salomon
Avec : Rob Lowe, Samantha Mathis, Donald Sutherland, Rutger Hauer…

Il est de notoriété publique que Stephen King ne porte pas dans son coeur certaines des adaptations de ses livres, quand bien même la trahison se révèle excellente (Shining de Stanley Kubrick). L’auteur semble exigeant sur la fidélité au matériau de base… C’est en partie ce qui explique l’intérêt qu’il semble porter pour des adaptations sous forme de téléfilms, permettant au moins de respecter à peu près tous les éléments importants des livres. Ça, Les Tommyknockers, Le Fléau, Les Langoliers, le nouveau Shining. Tous des téléfilms longs, et malgré tout souvent ratés. Bien avant eux, dès 1979, Salem avait déjà eu droit à un traitement sous forme de téléfilm de trois heures, réalisé par Tobe Hooper. Un fiasco total, et pas uniquement parceque le métrage de Hooper fut réduit d’au moins une heure pour l’exploitation commerciale à l’étranger (en France y compris). C’était la seconde adaptation d’un livre de King à l’écran après Carrie de De Palma, et le premier représentant d’une longue série de navets basés sur l’oeuvre de King. Mais ce roman-ci est certainement l’un des plus importants de l’écrivain, et après avoir revu Shining avec Mick Garris, l’auteur ne pouvait en rester là. Ou du moins certaines personnes crurent bon de produire une nouvelle version capable de remporter les suffrages de l’écrivain et de ses fans.

C’est donc reparti pour l’histoire racontée sous forme de flashback par Ben Mears, écrivain à bout de course dévoilant ce qu’il s’est passé dans la petite ville de Nouvelle-Angleterre de Jerusalem’s Lot, dans laquelle l’arrivée d’un mystérieux antiquaire nommé Barlow et de son associé Straker dans le manoir maudit du coin coïncida avec le début de la disparition relativement rapide de la ville. Mears, écrivain de retour dans sa ville d’origine, dût y combattre celui qui s’avéra être un vampire, en compagnie de quelques alliés d’horizons divers…
Le film dure peut-être trois heures, mais niveau fidelité, on repassera. Certes, quasiment tous les personnages importants du livre répondent à l’appel, et le déroulement suit à peu près celui du roman, mais avec des arrangements pour le moins douteux. Ainsi, dès sa première scène, le film trahit le livre : Mears n’est plus parti au Mexique mais dans l’Illinois, où il cherche noises à un prêtre qui semble du coup très louche… C’est de son lit d’hôpital que le héros, joué par un Rob Lowe en permanence apathique, racontera son histoire à un infirmier. L’histoire de Salem est au départ celle de n’importe quelle petite ville : en apparence paisible, mais pleine d’individus cherchant à dissimuler leurs petits secrets. La ville elle-même est construite autour d’un secret, celui de la vieille Marsten House, manoir où des meurtres se déroulèrent bien des années auparavant et là où Barlow et Straker ont récemment emménagés. Le retour probable à la vie de cette vieille bâtisse et le retour de l’écrivain renommé, qui dans sa jeunesse découvrit les cadavres ayant précipité la réputation du manoir, va donc bouleverser une petite ville déjà moribonde. Les secrets jouent un grand rôle dans toute cette affaire, et toute la première partie du téléfilm (découpé en deux) leur est consacré… Ben Mears est après tout un écrivain, et son rôle n’est rien d’autre que de fouiller dans le passé de Salem et de ses habitants. Tous les personnages (et il y en a un sacré paquet) ont leur petits secrets qui vont les précipiter dans le malheur, aidés en cela par l’épidémie qui gagne la ville après la mort par « anémie » (mon oeil, oui, c’est du vampirisme !) des jeunes gamins Glick. Adultères, incestes, pulsions violentes, amours contrariés, homosexualité, traumas de jeunesse, alcoolisme, abus de confiance… Tout ça gangrène la ville et refait surface de façon très peu ludique, faisant du film une sorte de grande fresque pleine de ragots déprimants au sujet de personnages à peine plus intéressants que les petits commentaires que Jean-Pierre Pernaut se plait à faire après chaque reportage du journal de 13 heures de TF1. Le contexte est hivernal, la neige est boueuse, le ciel est gris, la lumière est inexistante, les personnages sont presque en hibernation… Le film est d’une laideur peu commune et d’une molesse à faire pâlir la plus mordue des victimes de Barlow. Celui-ci n’est en réalité là que pour achever une ville mal en point, et pour ça, même pas besoin de s’activer beaucoup. Ses victimes s’occupent de propager le vampirisme, et lui peut rester peinard, bien au chaud dans son cercueil. Rutger Hauer, interprète de Barlow, doit en tout et pour tout avoir dix minutes de présence à l’écran, sur la fin du film. Sa courte prestation, aussi fade que le reste, ne sera en rien comparable avec celle du vampire du film de Tobe Hooper, seul élément à sauver de ce piètre Vampires de Salem de 1979. Ici, si il fallait sauver quelque chose, ce serait la prestation de Donald Sutherland en Straker, allié humain de Barlow. Bien plus charismatique que Hauer, Sutherland, muni pour l’occasion d’une superbe barbe marxiste, joue avec une certaine efficacité sur l’ambiguité du petit vieux machiavélique qu’il incarne.
Tout la première partie du film est ainsi faite qu’elle prépare son spectateur à recevoir l’entracte publicitaire de façon plus qu’enthousiaste. Puis démarre la seconde partie, et le train-train quotidien de cette communauté d’imbéciles s’arrête quelque peu pour laisser plus de place au fantastique. L’épidémie de vampirisme ne fait plus un doute pour Ben Mears et ses amis (dont Matt Burke, qui du petit vieux qu’il était dans le roman de King devient ici un grand gaillard noir homosexuel… ou comment attirer deux catégories de public potentiel en un seul personnage), et il faut donc agir. Mais untel a une crise cardiaque, untel doit gérer une sombre histoire de chantage, untel fait mine de ne pas y croire, untel se retrouve en taule… Bref on ne voit plus le bout de ce triste Salem 2004. Les quelques scènes un peu plus actives de la chose sont des flashbacks oranges et saccadés sur l’enfance de Mears, proprement immondes, ainsi que quelques scènes de vampirisme qui augureront d’un final exagérement moche. Les effets spéciaux numériques au rabais sont tout juste dignes des films de monstres de type Nu Images, et la mise en scène s’inscrit avec vigueur dans le style clippesque de bien des productions récentes. Une modernité qui trouve écho dans l’inutile utilisation d’internet (le prêtre y recherche des informations sur les vampires !), dans l’utilisation de téléphones portables, dans la mention du conflit afghan et dans la présence d’une jeunesse gothique, qui témoigne de la volonté des scénaristes de raccoler un jeune public qui se serait sûrement enfui si le cadre des années 70 du roman avait été conservé… Sans parler de l’imbécilité de la mort des vampires : avec un pieu dans le coeur, les créatures de la nuit ne se contentent pas de tomber en poussière, il faut auparavant qu’elles fassent un énorme bond jusqu’au plafond, et seulement là elles deviendront poussière. J’avoue que le procédé peut faire sourire. Mais c’est bien la seule chose du téléfilm a susciter un soubresaut d’intérêt. Dans l’ensemble, le spectateur aura plutôt envie de dormir. Les trois heures auront au moins permis une sieste plus longue que dans les nullités classiques d’une heure trente.

Laisser un commentaire