Cinéma Comédie Science-Fiction

Retour vers le futur – Robert Zemeckis

Ecrit par Loïc Blavier

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Back to the future. 1985.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie / Science-fiction
Réalisation : Robert Zemeckis
Avec : Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Crispin Glover, Lea Thompson…

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C’est en 1980 que le scénariste Bob Gale eut l’idée de Retour vers le futur et en rédigea le premier script en compagnie de Robert Zemeckis, son collègue sur le 1941 de Steven Spielberg. Ils leur fallut attendre plusieurs années avant d’être en mesure de tourner leur film, le temps que Steven Spielberg ne vienne leur donner un coup de main décisif à l’aide de sa propre compagnie Amblin, fraichement créée. Comme Gremlins, le premier gros succès du studio, Retour vers le futur allait se faire en coproduction avec une major hollywoodienne, cette fois la Universal, dont le patron Sid Sheinberg était alors en pleine période tyrannique (les modifications exigées sur le Brazil de Terry Gilliam et sur le Legend de Ridley Scott). Mais Spielberg n’était déjà plus n’importe qui, et défendit ses petits camarades tout en leur apportant ses propres idées, généralement bien acceptées, tel que le remplaçement de l’acteur Eric Stoltz par Michael J. Fox, un temps éloigné du projet pour cause d’emploi du temps. Ceci, plus les modifications apportées par ses auteurs depuis 1980, aboutit à un résultat final n’ayant plus grand chose à voir avec ce qui était initialement envisagé. Il faut dire qu’en cinq ans la culture pop américaine avait évolué vers un nouveau style qui allait être au cœur du film réalisé par Robert Zemeckis, qui s’affirmait déjà avant Forrest Gump comme un réalisateur très porté sur le passé de l’Amérique, observé d’un point de vue culturel.

Marty McFly (Michael J. Fox) est un jeune homme typique de l’année 1985 : il déplore l’inanité de sa famille et, gentiment rebelle, il rêve de faire carrière dans le rock. Au grand dam de son proviseur, il est l’ami de Doc Brown (Christopher Lloyd), inventeur de profession qu’il doit justement retrouver un soir sur un parking de supermarché afin de découvrir sa nouvelle invention. Il s’agit d’une machine à voyager dans le temps prenant la forme d’une voiture DeLoreane. L’essai est couronné de succès, mais au moment où le Doc s’apprête à faire lui-même son premier saut dans le temps, il est assassiné par les terroristes libyens à qui il avait dérobé du plutonium, ingrédient essentiel pour faire fonctionner le tacot spacio-temporel. Lui aussi visé, Marty cherche à s’échapper avec la DeLoreane, oubliant la nature de l’engin. Il se retrouve donc là où le Doc avait arrêté sa programmation, c’est à dire en novembre 1955. Le jour même où ses parents sont censés se rencontrer. Par inadvertance, Marty empêche cette rencontre, doublant le défi qui s’impose à lui : retourner dans son époque et réussir à unir de nouveau ses parents, sans quoi il disparaîtra de la surface de la Terre. Heureusement, il sera aidé par le Doc Brown de 1955.

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Retour vers le futur est l’un des films emblématiques des années 80 américaines. Son succès commercial lui a permis de s’imposer comme une œuvre phare de cette décennie aussi polémique d’un point de vue politique que d’un point de vue cinématographique. Ce carton au box office, il le doit entre autre à son personnage principal, très mode et très cool. La preuve : il joue de la guitare électrique, il fait du skate board et il ne s’occupe pas trop du lycée, où il est la tête de turc de son proviseur. L’identification du spectateur à Marty McFly était très facile. Histoire d’ancrer définitivement le film dans son époque, la chanson principale de Retour vers le futur est « The Power of love », le tube très « top 50 » de Huey Lewis and the News. Zemeckis rassemble tous les stéréotypes de son époque, leur ajoutant même le couplet tout aussi stéréotypé -mais cette fois intemporel- de la famille indigne de leur fils (le père freluquet, la mère boulotte et conservatrice, le frangin beauf, la sœur imbuvable). Dans son exposition, le film est à la limite de sombrer dans la démagogie, à l’instar de bien des comédies familiales produites à la même époque (Michael J. Fox ne venait il pas après tout de finir l’atroce Teen Wolf ?). Seul Doc Brown, sympathique savant fou hystérique et marginal, semble échapper à son époque. Et puis le film bascule donc en 1955. A partir de là, ce recours systématique aux stéréotypes va se trouver justifié par un postulat qui, si il n’est pas neuf, suscite toujours l’attention : découvrir une version différente du monde tel qu’on le connaît. Un sujet qui n’est pas neuf non plus. Les voyages dans le temps avaient déjà été utilisés au cinéma notamment dans La Machine à explorer le temps, le film de George Pal adapté de H.G. Wells, auquel Zemeckis rend d’ailleurs hommage en ouvrant son film de la même manière que s’ouvrait celui de Pal. Mais autant voire plus qu’à La Machine à explorer le temps, Retour vers le futur ressemble à La Vie est belle de Frank Capra -dont Gremlins était déjà une fine démarcation-. Comme le personnage de James Stewart, celui de Michael J. Fox découvre tout un environnement qu’il connait, mais qui diffère grandement de celui auquel il est habitué. Ainsi, le monde des années 80 tel qu’il était présenté ne découle pas de rien. En montrant ses origines, Zemeckis désacralise la vision égocentrée que peut avoir son public jeune -car telle est sa cible- vis à vis de sa propre époque, dont la mode et les coutumes s’affichant au quotidien peuvent apparaître comme autant de signe de suffisance. A la vision dramatique et négative du monde parallèle de La Vie est belle se substitue ici la vision comique et positive du monde de 1955, parent de celui de 1985. Le respect affiché pour le passé par Robert Zemeckis, qui trouvera son paroxysme dans Forrest Gump, se montre ici déjà au grand jour. Le réalisateur ne méprise aucune des deux époques et cherche même à les unir par le lien logique de l’histoire et du progrès (1955 est aussi l’une des premières années du rock, ce même genre vénéré par la jeunesse de 1985). Dans les deux, la jeunesse cherche la liberté, et les parents vus aujourd’hui comme des figures réactionnaires ont hier connu les mêmes sentiments rebelles que leurs enfants. Preuve en est que le jeune Marty McFly se fait copieusement allumer par celle qui sera plus tard sa mère, prude et obèse, mais qui en 1955 reste jolie et prend les devants. Un argument qui suffit à Disney pour refuser le film, jugé capable de mettre mal à l’aise le public familial visé. Quant au père, sa vie ratée date justement de son incapacité à s’affranchir des brimades que lui impose l’armoire à glace du lycée, le même qui en 1985 le contraint à ses quatre volontés. La tâche de Marty n’est pas de lui apporter le culot de sa propre époque, ce qui serait une preuve de suffisance, mais bien de réussir à comprendre l’individu qui est son père, resitué dans son époque, pour mieux lui suggérer la marche à suivre. Le moindre irrespect montré à l’année 1955 peut en effet avoir de funestes conséquences pour l’année 1985. Comme quoi, rien ne tombe du ciel, et tout découle d’un processus logique. L’humour du film vient certainement pas de l’anachronisme, ce procédé trop facile aboutissant aux gags lourds des Visiteurs que le réalisateur n’emploie ici qu’avec parcimonie (la DeLoreane vue comme une soucoupe volante, d’ailleurs plus une référence aux comics d’époque), mais tient dans les efforts dont doit faire preuve Marty pour réussir son objectif principal, à savoir réunir ses parents. Cette tâche s’accomplit sans sentimentalisme, ce qui est assez étonnant compte tenu des préoccupations qui étaient alors celles de Spielberg. Il n’est pas interdit d’y voir la preuve de l’honnêteté du producteur, qui laisse ici à Zemeckis la possibilité de développer sa propre perception (tout comme Joe Dante l’avait fait dans Gremlins). Bien que tournant autour du thème de la famille, et plus précisément de la réconciliation générationnelle, Retour vers le futur évite la moralisation, et n’alourdit aucunement son propos somme toute léger et bon enfant par des phases plus sérieuses (Eric Stoltz fut d’ailleurs remercié en cours de tournage pour être remplacé par Michael J. Fox -le choix initial- en raison du trop grand sérieux qu’il affichait pour le rôle). Tout juste peut on déplorer un rebondissement final laissant entendre que la famille repose sur le succès professionnel…

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Ce discours, véritable pivot du film, s’accompagne aussi d’une portée science-fictionnelle amenée par Doc Brown, chargé de préparer le retour de Marty à son époque. Clairement secondaire, cet enjeu apporte pourtant au film toute son énergie, Zemeckis posant des bases exubérantes faites pour entretenir le suspense. La quête de Marty pour ses parents s’effectue en effet dans un temps limité, comme aime à le rappeler un Doc Brown débordant de vitalité (excellente prestation de Christopher Lloyd), cherchant de son côté à profiter de circonstances extraordinaires et incertaines pour mener à bien son travail. Le réalisateur n’hésite pas non plus à placer de nombreux rebondissements, principalement dans son climax regorgeant de problèmes de dernières minutes bourrés d’auto-dérision. Retour vers le futur ne se prend pas au sérieux, et à l’instar d’un S.O.S. Fantômes, il invente une science aussi improbable que celui qui la pratique. Cela contribue à donner au film une certaine folie appréciable, jouant beaucoup dans le statut de classique aujourd’hui apposé au film. La fameuse DeLoreane est devenue l’une des voitures les plus connues du cinéma, tout comme le langage technique du Doc est passé dans le langage populaire courant.

Réalisé avec une certaine humilité (le film s’apparente plus à une série B de luxe qu’à un blockbuster), le film de Zemeckis parvient sans peine à dépasser les limites de la génération 80 à laquelle il s’adressait. Avec le temps, le film est devenu une sorte de mise en abîme dans laquelle une génération passée se confronte à une génération encore plus ancienne. Mais son style dynamique et son humour léger n’ont quant à eux pas pris une ride. Tout l’inverse d’un Flic de Beverly Hills, autre gros succès comique des années 80, dont les prétentions et le conformisme ne sont aujourd’hui que davantage criants.

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