Les Quatre malfrats – Peter Yates

The Hot Rock. 1972.
Origine : États-Unis
Genre : Cambriolage rocambolesque
Réalisation : Peter Yates
Avec : Robert Redford, George Segal, Ron Leibman, Paul Sand, Moses Gunn et Zero Mostel.

A sa sortie de prison, John Dortmunder est pris en filature par une mystérieuse automobile conduite par nul autre que son vieux complice, Andrew Kelp. Ce dernier, après les félicitations d’usage concernant sa liberté retrouvée, s’empresse de lui proposer un coup fumant. Il s’agit de dérober un diamant africain exposé au musée d’histoires naturelles pour le compte de l’ambassadeur du pays auquel il appartient. John n’hésite pas longtemps avant d’accepter la proposition et a tôt fait d’échafauder un plan aux petits oignons pour lequel ils ne seront pas trop de quatre pour le mener à bien. Le jour J, tout se déroule pour le mieux jusqu’à ce que l’un d’eux – en possession du diamant à ce moment là – ne se fasse serrer par les gardiens du musée. Premier contretemps d’une longue série.

Après l’intermède romantique de John et Mary en 1969 puis l’envolée guerrière de La Guerre de Murphy en 1971, Peter Yates renoue avec le polar en compagnie de ces Quatre malfrats. Derrière ces quatre malfrats se cache un roman de Donald Westlake – Pierre qui brûle lors de sa première traduction chez nous puis désormais trouvable sous le titre Pierre qui roule – dont l’œuvre a curieusement été davantage adaptée en France (Mise à sac d’Alain Cavalier, Le Jumeau d’Yves Robert, Le Couperet de Costa-Gavras, …) qu’aux États-Unis. Ce roman marque les premiers pas de John Dortmunder, personnage récurrent de l’écrivain, qui ne pouvait trouver meilleure incarnation à l’écran que Robert Redford. Par la suite, des acteurs aussi différents que George C. Scott (sous le nom de Walter Upjohn Ballentine dans Bank Shot de Gower Champion), Paul Le Mat (Jimmy the Kid de Gary Nelson), Christopher Lambert (sous le sobriquet de Gus Cardinale dans Why Me ? De Gene Quintano) ou encore Martin Lawrence (rebaptisé Kevin Caffery dans Escrocs de Sam Weisman) l’ont tour à tour interprété.

Le lourd fardeau qui pèse sur les épaules de John Dortmunder se retrouve tout entier illustré par cette réplique bien sentie d’Andrew Kelp, son beau-frère : « Tu es un as mais il [le commanditaire, NdR] pourrait s’étonner que tu te retrouves toujours au ballon ». Quoi qu’il fasse, le monte-en-l’air doit toujours composer avec une féroce malchance qui lui colle aux basques. John ne laisse pourtant rien au hasard mais il subsiste toujours un accroc qui vient gripper les rouages de sa belle mécanique délictueuse. De ce désagrément découle son principal trait de caractère, la persévérance. Loin de céder à l’abattement, il se fait fort de remplir coûte que coûte ses engagements, autant par fierté que par respect pour l’accord passé avec ses employeurs. Il démontre à l’occasion un calme olympien, principal garant de l’autorité naturelle qu’il dégage. S’il n’est pas l’instigateur du vol – ce rôle échoit à son beau-frère – il incarne néanmoins la tête pensante de l’entreprise, celui vers lequel tout le monde converge lorsqu’il s’agit de s’adapter aux multiples embûches. A ce titre, le récit ne s’embarrasse pas d’antagonistes ou d’éventuelles discordances au sein de l’équipe. Seuls les caprices du destin suffisent à en nourrir les péripéties. Des péripéties qui viennent rappeler le statut instable de John sur lequel pèse en permanence le spectre de la prison. Cela s’illustre par le choix de certains plans (John listant les points positifs et négatifs du vol filmé à travers les mailles d’un grillage, le même peu rassuré attendant qu’on lui ouvre les portes du coffre derrière une lourde porte munie de barreaux) et par les hasards d’un destin facétieux qui l’amènent à mener l’évasion d’un de ses comparses de la même prison où il vient de purger sa peine puis à investir un commissariat afin de retrouver le diamant, caché dans une cellule.
Cependant, cette menace – larvée – n’impose pas au film un suspense haletant. Les Quatre malfrats, à l’instar du roman dont il s’inspire, s’ébat davantage dans une légèreté de bon aloi. La multiplication de coups du sort s’abattant sur le quatuor confère une certaine drôlerie à leur folle équipée. Rien ne fonctionne comme prévu mais paradoxalement, ils bénéficient d’un crédit illimité pour imaginer les combines les plus folles. Non content de les payer grassement (25000 $ par tête, auxquels s’ajoute un défraiement de 150 $ par semaine), leur commanditaire – le Dr Amusa, représentant aux Nations Unies d’un pays fictif, la Wattawi Centrale – joue les mécènes, voire les producteurs suivant une analogie pas si tirée par les cheveux que ça, cédant à tous leurs caprices. A sa manière, John Dortmunder est un artisan de la fauche. Devant en permanence s’accommoder de cette malchance encombrante, il excelle dans l’art de la débrouille. A la débauche de moyens des premières tentatives (utilisation de voitures, camion, hélicoptère, explosifs en tous genres, uniformes), il revient au bon vieux système D à base de manipulations et de faux-semblants. Si, Robert Redford oblige, John Dortmunder occupe le devant de la scène, ses acolytes ont quand même le temps d’exister à ses côtés. George Segal incarne Andrew Kelp dont l’activité principale, douce ironie, consiste à vendre serrures et systèmes d’alarme. En somme, il n’a pas réellement besoin de se lancer dans des combines aléatoires, d’autant qu’il vient d’être père, mais on sent chez lui cet ardent besoin de briller dans le regard de son beau-frère. Pour cela, il n’hésite pas à s’improviser en une sorte d’ « impresario ». A ce duo familial s’ajoute Stanley Murch, le pilote, auquel le fraîchement disparu Ron Leibman (le père de Rachel dans la série Friends) apporte sa gouaille. Passionné d’automobiles au point d’écouter en stéréo un enregistrement sonore de la course de Daytona en compagnie de sa maman, il est incollable sur les meilleurs itinéraires à emprunter afin d’éviter les bouchons en fonction de l’heure. Et en guise de quatrième roue du carrosse, le discret Allan Greenberg, lequel bénéficie des airs droopyesques de Paul Sand. Un vieux garçon qui a du mal à couper le cordon (son père assure également le rôle de son avocat, et tous les dimanches, il s’astreint au repas familial), ce qui n’ira pas sans occasionner quelques désagréments. A eux quatre, ils forment une bande de pieds nickelés sympathiques, des prolétaires de la cambriole plus proche de l’esprit du Pigeon que du glamour et de la décontraction à l’œuvre dans L’Inconnu de Las Vegas.

Soutenu par la musique aux accents funky de Quincy Jones, Les Quatre malfrats s’impose comme un agréable divertissement et une très honnête adaptation du roman de Donald Westlake. A noter que le dessinateur Lax adaptera à son tour Pierre qui roule en bande-dessinée dans la collection Rivages/Casterman/Noir.

Une pensée sur “Les Quatre malfrats – Peter Yates

  • 17 mars 2020 à 15 h 14 min
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    Je n’ai jamais entendu parler du film ni de l’auteur de ses livres mais je vais le chercher, sachant que j’aime beaucoup les films de casse comme Braquages de David Mamet. En tout cas votre critique m’a donné envie de le regarder.

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