Aventure Cinéma Fantastique

Les Aventuriers de l’arche perdue – Steven Spielberg

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Raiders of the lost Ark. 1981.
Origine : Etats-Unis
Genre : Aventure
Réalisation : Steven Spielberg
Avec : Harrison Ford, Karen Allen, Paul Freeman, Ronald Lacey…

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Le mois de mai de cette année 2008 va être le théâtre d’un petit événement : le retour, près de vingt ans après « sa » Dernière croisade, de Indiana Jones dans Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal. Un retour qui s’accompagne d’un mélange d’appréhension et d’impatience. Après trois aventures d’une qualité relativement égale, le personnage pourrait fort bien perdre de son aura à l’occasion d’un film qui rompt avec les années 30 si chères à l’aventurier, et qui semble vouloir jouer sur un mode référentiel interne à la saga tout en intronisant Indiana Jones héros des années 2000, comme il fut celui des années 80. Mais je m’égare… Par un petit tour de passe-passe, remontons le temps jusqu’en 1981, année de sortie des Aventuriers de l’arche perdue, film qui constitue l’acte de naissance de l’un des plus grands héros générés par le cinéma, si ce n’est le plus grand, j’ai nommé Indiana Jones.

Fruit de la collaboration des deux « wonderboys » George Lucas et Steven Spielberg -dont l’influence sur l’industrie cinématographique commençait déjà à se faire sentir (surtout celle du premier nommé depuis l’immense succès de La Guerre des étoiles)- Indiana Jones s’inscrit dans la veine des sérials des années 30-40, sortes de petits films à épisodes riches en péripéties. Les deux hommes partagent cette même ambition d’insuffler un rythme trépidant à la première aventure de leur héros. Les décors changent mais le rythme reste le même, toujours alerte, ne s’accordant que de courts temps morts. Cependant, cette profusion d’action ne doit pas cantonner les personnages au rang de simples silhouettes. La réussite des Aventuriers de l’arche perdue est à ce prix, et ça, Steven Spielberg l’a bien compris.

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1936 : Adolf Hitler cherche tous les moyens possibles et imaginables pour accroître sa puissance. Il jette son dévolu sur l’arche d’alliance, réceptacle contenant les tables de la Loi que Moïse a brisées sous le coup d’une grande colère. Sous la houlette de l’archéologue français Belloq, les troupes nazies semblent avoir découvert l’endroit où l’arche repose depuis des siècles. De leur côté, les autorités américaines ne tiennent pas à rester les bras croisés et envoient Indiana Jones, un intrépide archéologue, contrecarrer les plans nazis et ramener l’arche. L’aventure peut commencer.

Tourné de cette manière, le résumé des Aventuriers de l’arche perdue peut effrayer. Alors, Indiana Jones représentation du monde libre confronté à l’ogre nazi ? Pas vraiment. Forcément, le voir mettre en échec les plans des nazis revêt un petit côté réjouissant, mais cela ne constitue jamais une fin en soi. Ce choix découle de la profession exercée par le héros. En tant qu’archéologue, les aventures de Indiana Jones se doivent d’être ancrées dans une certaine réalité historique. L’habilité du scénario réside dans ce savant mélange entre vérités historiques (l’intérêt de Hitler pour les sciences occultes) et mythes religieux (l’arche d’alliance comme moyen de communication avec dieu). Indiana Jones sert de jonction entre les deux univers en se révélant à la fois crédible et hors du commun. Et, davantage que les nazis, le principal adversaire du professeur Jones se nomme Belloq, archéologue tout comme lui, sorte de figure antagoniste de notre héros. Il nous apparaît comme un ennemi de longue date, collant comme une ombre aux basques de Indiana Jones, et qui attend le moment propice pour lui ravir ses découvertes. Belloq est un homme cultivé qui rechigne à se salir les mains pour exhumer des trésors. Les explorations de cavernes ou de temples, très peu pour lui. Il préfère laisser ça à des sous fifres, et qu’ils soient nazis ne le dérange pas plus que ça. Il ne cherche qu’à satisfaire ses propres intérêts, et peu lui importe que le führer récupère l’arche, à partir du moment où on lui laisse toute latitude pour l’étudier au préalable. En cela, Indiana Jones et lui se ressemblent. Le professeur Jones accepte cette mission car elle constitue avant tout le rêve de tout archéologue qui se respecte. De plus, il a obtenu l’accord des autorités de son pays comme quoi l’arche rejoindrait le musée pour lequel il travaille, une fois toutes les analyses achevées. Faire la nique aux nazis passe au second plan, et il aurait agi de même quelque soit la nationalité de ses adversaires. Tout comme Belloq, il agit avant tout pour la gloire. Ce sont eux les aventuriers du titre.

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Steven Spielberg donne une vision pas très noble de la profession d’archéologue. Que cela soit l’idole de la première scène, ou l’arche elle-même, Indiana Jones et Belloq ne paraissent s’intéresser qu’à des objets clinquants, délaissant tout le reste. Il faut voir avec quelle désinvolture Indiana jette le couvercle du cercueil dans lequel repose l’arche pour s’en convaincre. Il y a un petit côté pilleur de tombes chez lui, qui rend d’autant plus amusant son statut de professeur d’archéologie et qui ajoute à l’ambivalence du personnage. Indiana Jones n’est pas de ces héros fait d’une seule pièce dont l’angélisme confine à la fadeur. Nous le découvrons tour à tour frondeur, abattu, espiègle, timide, phobique ou encore incroyablement décidé. En un mot, humain. Et le véritable tour de force de Steven Spielberg est d’avoir su développer la personnalité de son héros tout en préservant au film son rythme haletant. Indiana Jones se révèle aux spectateurs au fil de l’action, se révèle par ses actes. En cela, il faut louer l’excellente prestation de Harrison Ford sans qui la réussite du film s’en serait retrouvée considérablement amoindrie. Alors que le rôle était promis à un autre (Tom Selleck pour ne pas le nommer), il se l’est véritablement approprié, l’a façonné à sa guise pour donner naissance au second personnage emblématique de sa carrière, après le gentil vaurien Han Solo. Mais davantage que le mercenaire de l’espace, qui demeure un personnage secondaire, le rôle de Indiana Jones constitue une étape importante dans sa carrière, le propulsant sur le haut de l’affiche de façon durable. Ici, il donne énormément de relief à un personnage qui avait tout du héros de bandes dessinées (n’oublions pas que Spielberg est un inconditionnel de Tintin). Il l’agrémente de multiples expressions et attitudes qui le rendent immédiatement attachant, tout en prenant bien soin de ne pas sombrer dans le caricatural. Son abattage rehausse encore le niveau de certaines séquences, notamment le combat de boxe qui l’oppose à l’imposant mécanicien allemand, grand moment de comédie et d’action mêlées.

Les Aventuriers de l’arche perdue atteste de la grande maîtrise de Steven Spielberg, aussi à l’aise pour mettre en scène des récits angoissants (Duel, Les Dents de la mer) que pour orchestrer un pur film d’aventure mâtiné de fantastique, sans pour autant mettre les personnages de côté. Dans sa quête à l’arche perdue, Indiana Jones dispose de l’aide de Marion et de Sallah, tout deux loin d’être de simples faire valoir. Marion ne joue pas les utilités ou le simple atout charme de l’histoire, elle participe activement à l’action et, à son corps défendant, sacralise la lutte d’ego entre Belloq et Indiana Jones. Quant à Sallah, il apporte toute sa bonhomie à un personnage qu’on sent très proche du héros. Bien qu’il émette quelques réserves quant au bien fondé de l’exhumation de l’arche, il apporte tout le soutien qu’il peut à Indiana en vertu de l’amitié très forte qui les lie.

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Véritable modèle du genre, Les Aventuriers de l’arche perdue fait partie de ces films qui distillent un plaisir immédiat aux spectateurs et ce, quelque soit leur âge. Pourtant, Steven Spielberg n’édulcore jamais son propos, se permettant même quelques scènes à la violence sadique (le mécanicien décapité, ou encore ce soldat qui se fait rouler dessus par un camion) voire des scènes gores (l’ouverture de l’arche et ses conséquences). En fait, il réalise un film totalement décomplexé, aussi bien dans l’action que dans la violence, sans jamais toutefois tomber dans l’outrance. Et le résultat est là : l’enfant de sept ans que j’étais à l’époque de sa découverte en salle (à l’occasion d’une réédition) prend toujours autant de plaisir, vingt et un ans plus tard, à voir et revoir les tonitruants débuts d’un héros éternel.

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