Cinéma Horreur

Cellar Dweller – John Carl Buechler

Ecrit par Loïc Blavier

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Cellar Dweller. 1988.
Origine : Etats-Unis
Genre : Monstre glouton
Réalisation : John Carl Buechler
Avec : Debrah Farentino, Brian Robbins, Yvonne De Carlo, Jeffrey Combs…

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Colin Childress (Jeffrey Combs) fut un illustrateur de comics horrifiques à succès, célèbre pour sa série Cellar Dweller. Mais il a mal fini : décédé dans un incendie domestique, il a en plus été accusé post-mortem d’avoir assassiné une donzelle à coups de hache. Sa mémoire a ainsi été injustement salie, lui qui au contraire a été jusqu’à mettre le feu à ses dessins, auxquels un vieux traité de magie noire avait donné la faculté de faire apparaître un monstre velu de l’enfer venant concrétiser les planches dans la réalité.
De nombreuses années après le drame, Whitney Taylor (Debrah Farentino, ici sous le nom de Mullowney) vient vivre dans la maison de Childress, devenue un foyer pour artistes. Grande fan de Cellar Dweller et de son créateur, elle compte bien redonner vie à son œuvre. Investissant la chambre de son idole, elle tombe sur le funeste grimoire. L’inconsciente s’en inspire, et elle ira bientôt s’étonner que plusieurs collègues disparaissent mystérieusement.

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A défaut d’avoir de la suite dans les idées, Charles Band a des idées de suites. Officielles autant qu’officieuses. Si les Future Cop, les Ghoulies, les Puppet Master et les Demonic Toys n’en finissent plus de s’étaler sur pellicule (au point que plusieurs d’entre eux se croisent sans que l’on ne puisse plus être sûr des franchises auxquelles appartiennent certains films), ce n’est pas pour autant qu’un même concept n’a pas fourni plusieurs films similaires. Ainsi, la compagnie Empire Pictures a eu une forte tendance au cours des années 80 à multiplier les petits monstres. Dès 1985 et Ghoulies, les dés étaient jetés. S’en sont suivis les interminables sagas à base de jouets maléfiques (orientation prise à la suite du Dolls de Stuart Gordon en 1987), mais aussi Troll, confié aux bons soins de John Carl Buechler, le responsable maison des effets spéciaux. Au terme de celui-ci, les mini monstres -pour la plupart repris de Ghoulies– ont laissé place à un grand monstre. C’est là dessus que Cellar Dweller vient embrayer, toujours sous la caméra de Buechler, et toujours en s’inspirant fortement du look désormais reconnaissable des créatures maison. On ne s’étonnera donc pas que ce grand pachyderme de Dweller nous semble familier. Ce n’est pas parce que nous sommes dans l’Empire de Charles Band que nous ne sommes pas entre amis. Tenez, la star maison Jeffrey Combs lui-même vient nous saluer en tenant le rôle quasi muet de cet illustrateur maudit dont la mésaventure meuble un pré-générique qui en fait n’est qu’une version condensée du film principal. Les mauvaises langues pourront même dire que ce qui suit le générique n’est que la séquelle traînant en longueur du court-métrage que constitue le pré-générique. Ils n’auraient pas tout à fait tort… Tout ce qui se trouve dans cette petite dizaine de minutes se retrouvera quasi à l’identique dans le reste : le coup du grimoire, les gros plans sur les dessins, la victime déshabillée en sang, le monstre qui mange goulûment, le dessinateur qui se rend compte de son erreur et l’ingéniosité dont il fait preuve pour se débarrasser de son envahissante création. Même sans une telle introduction il n’y aurait déjà guère eu de place pour le suspense, mais dans ces conditions le scénario de Cellar Dweller n’est plus qu’une vérification d’inventaire effectuée par un réalisateur dilettante qui s’accorde bien des pauses entre quelques scènes vaguement gores pour traîner auprès de ses acteurs au demeurant fort sympathiques, mais dont les personnages manquent pour le moins d’épaisseur. Parmi eux, on reconnaîtra la vétérante Yvonne De Carlo, dont la participation à la série The Munsters dans les années 60 n’est certainement pas pour rien dans la régularité avec laquelle elle fut embauchée pour des productions horrifiques au crépuscule de sa carrière. Elle incarne ici la vile gardienne de la propriété, que son hostilité aux illustrateurs de comics et donc à l’héroïne condamnerait certainement à une fin abominable si nous étions dans un film moralisateur. Ce qui n’est pas vraiment le cas, puisque si les ennemis de Whitney sont bien les premiers à tomber, ses amis ne seront par la suite pas plus épargnés. On se demande alors pourquoi Buechler a pris la peine de monter en épingle le conflit qui oppose Whitney à une camarade et à sa propriétaire. Le monstre n’agit pas pour protéger sa créatrice, il n’est pas le reflet de ses humeurs : il est plutôt du genre à se repaître au gré des opportunités. Et d’ailleurs puisque les dessins ne tardent pas à apparaître sans dessinateur, Whitney elle-même finit par ne plus avoir beaucoup d’importance et devient elle aussi la proie potentielle du Dweller. Comme si petit à petit, les quelques velléités scénaristiques étaient rejetées au profit d’un film de monstre classique, à la limite du slasher casanier.

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Probablement lassé de n’avoir qu’un seul type de film à se mettre sous la dent, Buechler ne s’est donc pas trop foulé. Entre ses effets spéciaux honnêtes mais diablement proches de Ghoulies ou de Troll et son scénario pépère, Cellar Dweller manque de relief. On était en droit d’attendre davantage de la part d’un démon gorille échappé de l’enfer. Pourtant, l’ensemble ne dure qu’une heure et quart. C’est déjà de trop pour le peu qu’il y a à montrer… Pourquoi donc avoir accepté de tourner cela ? Si ce n’est pour faire plaisir au bon copain Charles Band et rajouter une ligne à son CV ? Et bien parce que caché tout dans le fond, il y avait quand même un soupçon d’attirance de la part de Buechler pour ce scénario galvaudé. Derrière l’histoire du monstre se cache en effet un hommage aux comics horrifiques et aux anthologies qu’elles ont pu inspirer. Un an avant Les Contes de la crypte, qui viendront reprendre cette idée en l’adaptant au format plus adapté d’une série télévisée, Buechler paye son tribut aux EC Comics. Ce qu’il fait maladroitement, ne sachant guère se renouveler au fil du film, se contentant soit de clichés éculés (la maison isolée, les soirées de tempêtes, la cave poussiéreuse) soit de reprendre sans cesse le même tic consistant à faire des gros plans sur les planches dessinées reproduisant les meurtres filmés en « live » (ce ne sont pas les seules récurrences : la façon dont le monstre apparaît et se délecte de viande fraiche est toujours la même : tout cela semble avoir été tourné en une prise et divisé au montage). Plus grave : il ne trouve jamais l’équilibre de l’humour noir. Comme dit précédemment, le monstre n’est pas l’émanation de la volonté de l’héroïne, ce qui permet d’éviter la moralisation mais fait aussi rater le coche de la méchanceté gratuite qui se retournerait contre son auteur lors du dénouement. Buechler tente pourtant de conclure par le subterfuge de l’arroseur arrosé, mais n’ayant pas su façonner convenablement ses personnages cela ne donne pas grand chose si ce n’est un vague rebondissement gratuit. Dans tout bon épisode des Contes de la crypte, les personnages sont tous négatifs : un tas d’arrivistes, de salopards et de détraqués que l’on aime voir maltraités. Ici, il y a bien des gentils dédouanés de leur responsabilités et qui malgré tout font même amende honorable. Nous sommes loin du poil à gratter d’EC Comics et Cellar Dweller se montre hélas assez consensuel. Cependant, le principal obstacle à l’hommage est d’être trop long et par conséquent pas assez accrocheur. Développer le pré générique ou raccourcir le film et caser le résultat au sein d’un film à sketch aurait en partie remédié au problème. Au final, si ce n’est pour ce monstre décontracté avec son pentagramme gravé sur le torse, il n’y a pas grand chose de positif à retenir, tout finissant par tourner à vide après des prémices relativement prometteurs.

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