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Beetlejuice – Tim Burton

 

beetlejuice

Beetlejuice. 1988

Origine : États-Unis
Genre : Comédie fantastique
Réalisation : Tim Burton
Avec : Michael Keaton, Geena Davis, Alec Baldwin, Winona Ryder…

En 1988, Tim Burton n’est pas encore un grand nom. Après avoir fait ses premières armes chez Disney comme animateur, il s’était mis à la réalisation, toujours pour le compte de la firme de la souris qui parle, avec le chef d’oeuvre de six minutes Vincent (1982) et avec un autre court-métrage d’une demi-heure cette fois, appelé Frankenweenie (1984). Après sa séparation d’avec Disney pour cause de divergeance artistique (on lui reprochait son côté trop macabre, trop rebelle), Burton se consacra à une carrière de réalisateur. Il signa Pee Wee’s Big Adventure en 1985, un film comique à la gloire de son comédien-vedette Paul Rubens, interprète de Pee Wee. Si le côté macabre est absent du film, en revanche reste un goût pour un monde décalé, hors-norme, qui se soucie peu du consumérisme et du cynisme de la société moderne.
Après un épisode de la série TV Alfred Hitchcock Presents (épisode titré The Jar), Burton réalisa son premier film personnel : Beetlejuice.

L’histoire est celle de Adam et de Barbara Maitland (Alec Baldwin et Geena Davis), un couple tranquille qui trouve la mort dans un accident de voiture. Très vite, ils vont se réveiller dans leur maison de campagne pour découvrir… qu’ils sont devenus des fantômes, coincés à jamais dans leur maison. Pourtant un beau jour, leur vie de fantôme va être troublée par l’arrivée d’un couple de tarés, les Deetzs et de leur fille (Winona Ryder), accompagnés du “conseiller en design” de la famille. Bientôt les Maitland vont vouloir se débarasser des Deetzs en les effrayant via des manifestations surnaturelles. Devant leurs échecs, il vont faire appel à Beetlejuice (Michael Keaton), un exorciste professionel, réputé cependant pour ses méthodes douteuses (il a même été chassé de la communauté des fantômes)…

Déjà, on peut voir que Tim Burton revient au genre macabre qui avait causé son départ de chez Disney. Mais ce macabre, tout comme dans Vincent et dans Frankenweenie, n’est pas un macabre totalement désespérant. Vu sous un aspect autobiographique assez nostalgique dans Vincent, vu sous un côté hommage aux productions horrifiques de la Universal des années 30 dans Frankenweenie, le macabre est ici présenté comme la principale source d’humour. Un humour noir surprenant. Burton n’est plus chez Disney, ne doit plus travailler en fonction du style de son acteur principal, et donc il se lâche. Il donne libre court à son imagination débordante. Ainsi, il invente toute une société de fantômes aussi étranges les uns que les autres. Des fantômes qui pourraient au premier abord paraître effrayants, mais qui sont en fait attachants. L’homme à la tête réduite, les footballeurs décédés… des personnages juste aperçus, mais dont la seule vision procure au film un côté décalé. Il est en effet plutôt rare de voir des “monstres” sympathiques et humoristiques. Et bien sûr il y a Beetlejuice, le renégat. Beetlejuice qui prend un malin plaisir à satisfaire ses pulsions personnelles, qui n’obeit à aucune règle. Il est libre. Vu comme un mauvais bougre dans la société des morts, il se révèle attachant pour le spectateur. Et ce malgré ses écarts dragueurs, manipulateurs et profiteurs. Il se révèle extrêmement sympathique car ses actes, sans être postifs, ne sont pas non plus véritablement condamnables et font preuve d’un grand sens de l’humour forcément noir. Bref, un personnage qui ose, et dont l’apparition spectaculaire (la règle qui veut que l’on prononce trois fois son nom pour le faire apparaître) contribue à élever au rang de mythe. Un personnage typiquement burtonnien en somme : un rebelle macabre aux penchants asociaux plus ou mois avoués.

Car il est intéressant de voir les analogies humains-fantômes. Les sociétés se ressemblent, finalement. Aussi tarées l’une que l’autre. Nous venons de voir la société des fantômes, maintenant voyons un peu celles des humains. La transition entre les deux est effectuée par le couple Maitland, fraichement morts, mais pas détachés de leur principes en tant que vivants. Ce sont eux les personnages les plus raisonnables, les plus fades même, du film. Ils cherchent juste à faire fuir la famille ayant investi leur demeure. Ils n’y arrivent pas, malgré quelques tentatives bienvenues (la possession des vivants et la danse sur le Day-O de Harry Belafonte). Les vivants à qui ils ont à faire sont encore plus timbrés qu’eux, qui pourtant ont à leur disposition tous les avantages que possèdent les morts pour faire fuir les vivants.
Les vivants justement, à savoir la famille Deetzs. Le mari, un faible opportuniste. La femme, une bourgeoise qui ne peut vivre sans son conseiller en décoration (ou la superficialité poussée jusqu’à l’exubérance). Et leur fille, aux talents de médium évidents. Tout ce petit monde va investir la demeure des Maitland. Un peu effrayés, ils vont très vite s’habituer et s’amuser aux manifestations surnaturelles dont ils sont les “victimes”. Rendant du coup indispensable l’intervention de Beetlejuice, et de ses manières fortes.
Leur fille, cependant, est différente d’eux. C’est une adolescente rebelle (finalement assez normale), idéaliste. Grâce à ses talents de médium, elle va sympathiser avec le couple Maitland et tenter de les aider. Mais elle connaîtra les mêmes problèmes qu’eux : l’envahissant Beetlejuice et le matérialisme forcené de ses parents. Elle constitue pourtant un personnage également typiquement burtonien, puisque différente, à part, solitaire et macabre.
A son image (c’est une fille sombre, sans être ouvertement gothique), tout le film va illustrer les penchants esthétiques du réalisateur. Notamment au point de vue visuel. Le noir domine, mais transpersé par des couleurs vives, se mariant étonnament bien avec la noirceur globale. Un design du monde des morts complétement burtonien, qui renvoit directement aux dessins pratiqués par le réalisateur, presque expressioniste. Et quoi de plus judicieux que ceci pour illustrer un monde des morts qui se doit d’être surréaliste ? D’ailleurs tout au long du film, les décors vont connaitre l’invasion du design burtonien : la patte du réalisateur, tout de suite reconnaissable, est probablement l’un des gros points forts du film.
Tim Burton a donc su avec Beetlejuice se créer définitivement une identité déjà ébauchée dans Vincent et dans Frankenweenie. Une identité ici clairement esthétique, liée avec une vision du morbide héritée de l’expressionisme, mais aussi agrémentée d’une vision purement originale (le traitement des éclairages, notamment). On pourra cependant regretter le manque de profondeur de l’intrigue par rapport à son sujet alléchant, qui a n’en pas douter aurait pû être davantage poussé avec un Burton un peu plus expérimenté. En attendant, reste un film très spécial, à la galerie de personnages/monstres bien spécifiques, pourvu d’une atmosphère unique, qui témoigne définitivement de la naissance d’un futur grand réalisateur.

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