Histoires fantastiques 2-12 : Mémoire éternelle – Michael Riva
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Amazing Stories. Saison 2, épisode 12The Eternal Mind. 1986.Origine : États-Unis
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John Baldwin, notamment assisté de son épouse Catherine, travaille d’arrache-pied sur le Projet Lurec. Alors qu’ils commencent par être gagnés par le défaitisme, ils obtiennent un premier résultat de taille, la visualisation de fragments de mémoire du chimpanzé qui leur sert de cobaye. Plutôt que s’en réjouir, cette soudaine avancée plonge John dans un océan de perplexité. A l’article de la mort – il souffre d’un mal incurable – il accepte de moins en moins l’idée de ne plus pouvoir présider à la bonne marche du projet. Il lui vient alors une idée folle, devenir le premier cobaye humain et ainsi transférer sa mémoire dans un ordinateur. Une décision que sa femme a bien du mal à accepter alors que leur supérieur, d’abord sceptique, finit par se faire à cette idée, convaincu par les millions de dollars que cela pourrait engendrer. Pour la science, et surtout pour assouvir son ego, John passe outre le refus de Catherine et abandonne son enveloppe corporelle pour devenir le « fantôme dans la machine ».

En France, on a longtemps considéré que le court-métrage était un passage obligé pour tout aspirant réalisateur afin qu’il puisse s’aguerrir et apprendre à diriger une équipe de tournage. Aux États-Unis, il en va autrement. Le nombre de séries étant pléthorique sur le petit écran, et sachant qu’à l’époque, chaque saison compte facilement une vingtaine d’épisodes, la télévision devient une grosse consommatrice de réalisateurs. Le médium compte bien évidemment ses vieux routiers mais s’ouvre aussi occasionnellement à de nouveaux noms pour lesquels il s’agit alors d’un galop d’essai voire d’une opportunité sans suite. C’est le cas pour John Michael Riva, rebaptisé ici par coquetterie Michael Riva. Ce chef décorateur de métier pour des films aussi variés que La Main du cauchemar, Les Goonies ou encore La Couleur pourpre, passe donc son baptême du feu sur une série déjà rôdée et au budget plutôt confortable. Il réitérera l’expérience quelques années plus tard le temps d’un épisode des Contes de la crypte, Le Secret. Au scénario, on retrouve en binôme une autre néophyte, Julie Moskowitz, nom d’ordinaire plutôt rattaché à la production. Assistante pour Steven Spielberg en personne, travaillant notamment sur Retour vers le futur ou bien L’Aventure intérieure, elle profite d’un retour d’ascenseur pour laisser libre cours à son imagination dans ce qui restera comme une opportunité sans lendemain. Son scénario s’inscrit dans l’air du temps en plaçant le travail d’un groupe de scientifiques au coeur de son récit, lequel n’est pas sans évoquer le récent Brainstorm. Forcément, dans le cadre étriqué d’un épisode d’une vingtaine de minutes, Mémoire éternelle réduit son angle d’attaque à l’intimité d’un couple, faisant fi de considérations plus philosophiques et géopolitiques.

Depuis 2001, l’odyssée de l’espace, le cinéma cultive une défiance envers la chose informatique qui trouve un prolongement à l’entame des années 80 avec des films aussi différents que Wargames (la guerre nucléaire à portée de clic d’un adolescent), Terminator (la prise de pouvoir des machines) ou encore Electric Dreams (l’ordinateur de compagnie qui cherche à éliminer l’homme de la maison). Mémoire éternelle reprend ce qui était encore un argument de science-fiction mais l’aborde sous un jour plus romantique. L’épisode se montre peu disert sur les motivations et surtout sur l’identité des commanditaires des recherches entreprises par le couple Baldwin et leur équipe. L’essentiel tient à cette volonté de perdurer au-delà de la mort dans un mouvement egotique masqué derrière l’excuse de l’amour éternel. John Baldwin se meurt et avec lui c’est tout le savoir en sa possession qui risque de disparaître. Néanmoins, il n’envisage pas la transmission car en réalité, l’autre point qui le chagrine par dessus tout réside dans son incapacité à vivre suffisamment longtemps pour voir la fin des travaux entrepris. Il ne peut se résoudre à ne pas pouvoir porter ses recherches jusqu’à leur terme. Se joue en creux son strapontin pour la postérité qu’il ne veut laisser à personne d’autre. Pas même à son épouse. Il n’a rien du savant fou. Tout ce qu’il fait est savamment réfléchi et répond à un plan bien établi. Au passage, il ne rechigne pas au chantage émotionnel lorsqu’il s’agit de rallier Catherine à sa décision. Le personnage s’avère plus retors que l’image liminaire du savant amoureux et souffreteux. Sa soif de reconnaissance le pousse à une certaine cruauté. Une cruauté qu’il ne vit pas comme telle – il est persuadé d’agir pour le mieux – mais pourtant bien réelle. Et c’est Catherine qui en fait les frais. Catherine qui doit supporter que leurs souvenirs intimes soient jetés en pâture à tous les autres membres de l’équipe. C’est elle encore qui doit porter la charge mentale des errances de son mari après avoir déjà été un soutien de tous les instants. Sous son vernis romantique, Mémoire éternelle cache une noirceur aussi inattendue qu’involontaire. Involontaire car le final cultive une forme d’émerveillement face à la manifestation d’un amour éternel, ultime soubresaut de vie chez l’homme devenu machine.

Fort d’un sujet ambitieux qui préfigure le mouvement transhumaniste, Mémoire éternelle pâtit de sa briéveté. Les scrupules post-mortem de John surviennent de manière trop abrupte, ne nous laissant pas le temps d’appréhender leur cheminement. En outre, ils tendent à minimiser la position inconfortable de Catherine, contrainte de devoir frayer au quotidien avec une projection de l’homme de sa vie en abscence de toute intimité. Pas mauvais en soi, Mémoire éternelle est un épisode qui laisse un goût d’inachevé, autant par les questions qu’il soulève que par leur traitement.



