CinémaHorreur

Wishcraft – Danny Graves

Wishcraft. 2002.

Origine : États-Unis
Genre : Tauromagie
Réalisation : Danny Graves aka Richard Wenk
Avec : Michael Weston, Alexandra Holden, A. J. Buckley, Huntley Ritter, Austin Pendleton, Meat Loaf, Alexandra Beckenridge.

Brett Bumpers, plutôt bon élève, n’a d’yeux que pour Samantha Warren dont il assure l’accompagnement scolaire en histoire. Seulement voilà, en bonne pom-pom girl qui se respecte, elle lui préfère Cody, un sportif. Alors qu’il semble condamné à l’aimer en silence, un colis envoyé de manière anonyme pourrait bien faire évoluer les choses. Ce sexe de taureau érigé en talisman aurait la propriété d’exaucer trois voeux à qui voudrait bien s’y fier. Incrédule, il s’en désintéresse jusqu’à ce que son ami Howie l’exhorte à s’en servir. Convaincu, Brett souhaite que Samantha vienne au bal du lycée en sa compagnie. Et patatras ! Dès le lendemain, celle-ci l’invite à son plus grand étonnement. Seulement le charme n’a qu’un temps et la soirée passée, tout revient comme avant. Alors il vise plus grand et demande à ce qu’elle tombe amoureuse de lui. Et ça marche ! Tout à son bonheur, il prête bien peu de cas aux quelques meurtres qui endeuillent le lycée. Pourtant, il se pourrait qu’ils soient liés à l’étrange amulette qui a changé sa vie.

Commençons tout de suite par une révélation : Danny Graves n’existe pas. En tout cas pas en tant que réalisateur de Wishcraft. Je sais, ça fait un choc. Mais pas autant que l’identité de l’homme qui se cache derrière ce pseudonyme : Richard Wenk. Bon, je le concède, ce nom ne doit pas parler à grand monde. Il est l’auteur de Vamp, un film de vampires inégal mais néanmoins sympathique en 1986 et 12 ans plus tard de Gary et Linda, une comédie romantique servie par Andie McDowell et Andy Garcia. Rien d’inoubliable. Et ce n’est pas Wishcraft qui viendra inverser la tendance. Par ce titre, Richard Wenk sonne le glas de sa carrière de réalisateur, conférant une portée symbolique au choix de son pseudonyme. En outre, en utiliser un s’avère souvent révélateur de relations de travail conflictuelles ou de désaccords profonds quant au résultat final. Il n’avait sans doute plus la force et suffisamment la foi pour s’épuiser dans ce genre de combat, préférant l’écriture de scénarios. De là à penser que Wishcraft aurait considérablement souffert de ses conditions de production reviendrait à croire qu’on peut changer le plomb en or. Wishcraft se présente sous une forme bâtarde entre le teen movie et le slasher, tentant maladroitement d’émuler la formule qui a fait le succès de la série de Joss Whedon avec son mélange des genres, Buffy et les vampires. Au générique, quelques jeunes acteurs à la carrière naissante desquels se détache Alexandra Holden dont le personnage de Elizabeth Stevens qu’elle interprète durant la 6e saison de la série Friends lui a procuré une petite notoriété, soutenus par des visages familiers sans pour autant être de grands noms : Austin Pendleton (On s’fait la valise docteur ?, Short Circuit, la série Oz), Allyce Beasley (la secrétaire dans la série Clair de lune) ou encore Meat Loaf (The Rocky Horror Picture Show, Wayne’s World, Fight Club).

Le lycée Martin van Buren est un lycée américain de petites agglomérations comme on en a vu des tas. Belle façade en briques, nombreux espaces végétalisés pour que les élèves puissent se retrouver en toute quiétude et stade attenant. Les élèves eux-mêmes ne sortent pas des attendus cultivant un esprit de caste qui rappelle la prison. Brett Bumpers, lui, éprouve les pires difficultés à se situer. Ses facilités scolaires tendraient à le rapprocher du groupe des intellos, en fait des ambitieux présentés comme l’avenir de la tech. Or Brett a une sensibilité plus littéraire et surtout, un manque total d’esprit de compétition. Alors il traîne avec Howie, prototype du lourdaud de service qui ne semble s’intéresser à rien d’autre qu’aux femmes (en l’occurrence, Desiree) mais incapable de s’adresser à elles autrement que par un commentaire déplacé sur leur physique. Un nigaud de première doublé d’un puceau tout droit sorti de Beavis et Butt-Head et censé apporter une touche humoristique au film. Mais il demeure un personnage annexe qui gravite autour du couple Brett Bumpers – Samantha Warren. Cette dernière n’existe que pour ce qu’elle représente : le Graal aux yeux du timide Brett. Et elle devient rapidement – et littéralement – le jouet de ses désirs. Une potiche dont Brett fait ce qu’il veut, non sans nourrir quelques scrupules au passage. Si la voir tomber dans ses bras le comble d’aise, son ego finit par en prendre un coup lorsque Howie lui rappelle que sa relation n’existe que grâce aux pouvoirs de l’amulette. Le film n’en fait pas un mauvais bougre alors qu’il se comporte de manière toxique. Pour assouvir ses envies, il n’hésite pas à briser un couple, prêtant bien peu de cas à Cody, le petit ami de Sam. Son seul tort, être un sportif un peu bas de plafond qui considère tout homme ne pratiquant pas une activité sportive comme étant un homosexuel. Mais dans les faits, il ne maltraite personne. Il effectue sa scolarité sans gâcher celle des autres. Même une fois largué, il reste digne et ne tente pas le coup de force à l’encontre de Brett. Il apparaît comme un amoureux transi qui se refuse à laisser paraître ses fêlures. En somme, il vit prisonnier de son image et de sentiments qui le dépassent. Et le film finit par le réduire à ça, transformant sa détresse en rancoeur afin de nourrir le dernier acte. C’est que le film se veut aussi horrifique avec son lot de morts violentes et son tueur masqué et doté d’une force prodigieuse d’après les dires du médecin légiste interprété par une figure bien connue des fansticophiles, Zelda Rubinstein (Poltergeist, Poltergeist 2, Poltergeist 3, Angoisse). Alors pour donner corps à cela, rien de tel qu’une grande baraque isolée au milieu d’une forêt, lieu de tous les possibles.

Wishcraft cultive un certain flou dont on ne sait jamais vraiment si il existe à dessein ou découle d’un scénario hésitant. Le premier meurtre n’intervient qu’au bout d’une bonne vingtaine de minutes de film et après que Brett ait fait son premier voeu. Le lien de cause à effet apparaît alors évident, et ostensiblement mis en avant par l’accroche de l’affiche. Toute médaille ayant son  revers, il semble aller de soi que chaque voeu exprimé se paye dans le sang. Or cette piste n’est qu’un leurre, le tueur suivant sa propre feuille de route. Les deux événements sont même décorrélés, à tel point que Brett n’est jamais inquiété, ni par les inspecteurs de police chargés de l’enquête, ni par le tueur. Il peut donc se consacrer à sa romance en toute sérénité. Cela donne la drôle d’impression d’assister à deux histoires en parallèle dont le héros serait totalement étranger. Autant dire que dans ces conditions, savoir qui se cache derrière le masque du tueur n’est pas d’un fol intérêt. Et les meurtres qu’il commet pas davantage. Les scènes qui les concernent souffrent de plusieurs maux, le premier d’entre eux tenant à la mise en scène. Il y a une volonté de ne pas heurter les âmes sensibles et d’éviter les coups de ciseaux intempestifs du comité de censure. Les meurtres restent très sages sur le plan graphique (peu d’hémoglobine, des effets de maquillage assez sommaires) et très peu impactants. Le montage n’aide pas et les cadrages, beaucoup trop serrés, non plus. L’ambiance n’est clairement pas étouffante et la menace que le tueur est censé représenter ne bouleverse que très modérément le quotidien des élèves. Et lorsqu’il révèle son identité au grand jour, ainsi que ses motivations, l’incrédulité est de mise. Tout cela n’apparaît pas bien sérieux et le film se termine en bataille de testostérone sous les yeux embarrassés de Samantha, érigée contre son gré en symbole de la deliquescence de la jeunesse actuelle. Le fond du film est là : si la société a besoin de héros, ceux-ci se doivent d’être des hommes. Et tant pis si ces derniers ont des choses à se reprocher, ils seront quand même récompensés.

Sous couvert de film d’horreur, Wishcraft est un film sur l’éveil à la sexualité. Mais une sexualité problématique car assouvie grâce à l’utilisation de la magie. Et qui n’est ni plus ni moins qu’un procédé répréhensible au même titre que le GHB par sa manière d’ôter toute conscience à la victime. Par cet aspect pour le moins maladroit de son scénario et une dimension horrifique assez miteuse, Wishcraft s’avère un spectacle affligeant et peu recommandable.

 

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