The Last Winter – Larry Fessenden

 

The Last Winter. 2006.

Origine : États-Unis/Islande
Genre : Réchauffement climatique
Réalisation : Larry Fessenden
Avec : Ron Perlman, James Le Gros, Connie Britton, Zach Gilford, Kevin Corrigan, Jamie Harrold, Joanne Shenandoah.

La North Industries, société spécialisée dans les énergies, dépêche une mission dans une partie inexplorée de l’Alaska afin d’en exploiter les richesses pétrolifères sous couvert de respect de l’environnement. A charge pour elle d’établir différentes zones de forage avant l’acheminement de matériels par des routes gelées dont la construction s’effectue en parallèle. Or la douceur relative des températures empêche le chantier de progresser comme il le devrait. De retour à la station, Ed Pollack (Ron Perlman) annonce aux membres de l’équipe que le matériel sera acheminé coûte que coûte sur le site, quitte à ce que les camions se passent de routes aménagées à cet effet. Seulement pour cela, il doit obtenir la signature de James Hoffman, la caution environnementale du projet. C’est là que les choses se gâtent. Hoffman refuse de signer l’accord et le jeune Maxwell commence à montrer de sérieux troubles comportementaux. Peu à peu, les tensions s’avivent au sein de la station au point de rendre la situation chaotique.

The Last Winter est le septième film de Larry Fessenden, un réalisateur new-yorkais fort peu connu auteur de plusieurs courts-métrages de 1978 à 1981 avant de passer cette même année à un format plus long – presque une heure – avec A Face in the Crowd. A cela une explication simple, le bonhomme écume le circuit indépendant et à ses débuts, ses films ne bénéficient pas d’une exploitation en salles. A l’orée des années 90 et Le Syndrome de Frankenstein, il affiche un goût plus prononcé pour le fantastique et avec Habit (1995), il voit son travail exposé dans quelques festivals avant de connaître – enfin – une sortie en salles deux ans plus tard . Un parcours chaotique qui témoigne néanmoins de son amour immodéré pour le cinéma – il signe également nombre des scénarios qu’il adapte – et qui depuis un rôle secondaire dans A tombeau ouvert de Martin Scorsese (1999) se décline régulièrement devant la caméra. Depuis, il joue dans des films aussi divers que Animal Factory, The Roost, Broken Flowers ou encore A vif et Stake Land. Une manière de conserver son indépendance en obtenant ainsi de quoi financer ses projets. Larry Fessenden reste un auteur confidentiel aux yeux du grand public mais reconnu par certains de ses pairs, à en croire les propos de Guillermo Del Toro le concernant, voyant en lui “l’un des créateurs les plus originaux qui émerge dans le domaine de l’horreur”. Mise en avant sur la jaquette du dvd, cette citation relève du procédé marketing et n’a pas depuis été suivie d’effets.

The Last Winter part avec un sérieux handicap qui tient à la manière dont il a été vendu. Sous prétexte que l’intrigue se déroule dans une station de recherches sise dans une région glacée (ici, les terres inhospitalières islandaises se substituent à l’Alaska) et où ses occupants finissent par affronter une horreur indicible, l’ascendance du The Thing de John Carpenter est avancé. Or à aucun moment Larry Fessenden ne cherche à se confronter à cette œuvre phare du cinéma fantastique. Au contraire, il trace sa propre voie, jouant ouvertement des préoccupations actuelles. Alors qu’il est question de forages pétroliers, les ennuis ne viendront pourtant pas de là puisque l’équipe présente se trouve dans la région uniquement pour cartographier le site. De forage dans cette zone, il n’y en a eu qu’un en 1986. Un forage test dont l’emplacement est marqué d’une sorte de cube métallique. Au milieu de cet immense désert blanc, le puits fait figure de monolithe témoignage non pas d’une possible existence extraterrestre ou d’un éventuel culte à dieu mais bel et bien de la mainmise de l’homme sur l’ensemble de la planète, même dans les coins les plus reculés ou aux conditions climatiques les plus difficiles. L’homme laisse son empreinte partout. Il n’a nul besoin d’être physiquement présent pour créer des disfonctionnements. Les variations de températures qu’observe Hoffman proviennent de l’activité humaine dans le reste du globe. Les membres de la station ne sont qu’un grain de sable, un épiphénomène à l’échelle de la pollution déjà en cours. En somme, les précautions prises par la North Industries pour flatter les défenseurs de l’environnement ne valent que pour endormir l’opinion publique. Le mal est déjà fait. Larry Fessenden prend donc le parti d’un récit frappé du sceau du fatalisme où chaque action des personnages semble vouée à l’échec. Il dépeint l’homme comme un virus que la Nature, tel un corps infecté, s’efforce à combattre et à détruire. Il distille une horreur diffuse et réaliste dont les répercussions sont avant tout psychologique, à l’image de Maxwell, de plus en plus instable à mesure qu’il prend conscience du mal qui a été fait à mère nature. Il parsème le tout d’une dose de folklore (la figure du Wendigo est mentionnée) dont la portée fantastique reste longtemps cantonnée à quelques visions éparses avant de se révéler de manière trop ostentatoire – et contreproductive – lors du final.

Avant cela, le récit repose essentiellement sur les interactions entre les divers personnages présents dans la station dont nous faisons la connaissance à la suite de Ed Pollack, de retour après 5 semaines d’absence. L’exiguïté des lieux, les divergences de vue entre Pollack et les deux écologistes (Hoffman et son second Elliott Jenkins) et le pétage de plombs progressif de Maxwell constituent autant d’éléments propres à envenimer la situation et à rendre la cohabitation de plus en plus précaire. Hormis quelques éclats de voix et la revendication d’une autorité que Pollack n’apprécie pas de voir contestée, les échanges demeurent étonnamment courtois. Même le fait que Abby partage désormais son lit avec Hoffman ne suffit pas à envenimer les choses. Ed accuse le coup, partage son incompréhension auprès de certains mais nous épargne les scènes de ménage. Il reste digne face à l’adversité. Dans le calme ambiant, les changements se montrent plus insidieux. Un nez qui saigne, une subite incontinence, la présence de plus en plus fréquente de corbeaux, oiseaux de mauvais augure qui se repaissent des chairs suppliciées à la première occasion. Larry Fessenden maintient son récit dans une certaine monotonie que l’accélération soudaine de drames ne suffit à ébranler. La faute encore aux personnages dont l’attitude ne varie jamais. Au moment critique, lorsque la folie s’empare d’eux, soit leur sort est rapidement réglé, soit ils disparaissent corps et biens. Le film ne joue pas sur les ressorts attendus de la paranoïa et de la panique, conservant en toutes circonstances un regard bienveillant sur ces hommes et femmes qui se débattent avec des éléments qu’ils ne maîtrisent pas. La recherche de secours par les deux frères ennemis Pollack et Hoffman trace le même sillon. Peu de frictions, beaucoup d’entraide et un bel esprit de sacrifice. C’est comme si Larry Fessenden ne cherchait pas tant à condamner les hommes que les grands groupes pour lesquels ils travaillent, quand bien même ces petites mains ont conscience que ce qu’ils font contribue à la détérioration de l’environnement. L’épilogue se montre en ce sens pessimiste. Si prise de conscience il y a, celle-ci apparaît trop tardive. Mère nature a d’ores et déjà perdu patience et est toute disposée à déchaîner sa colère.

En tant que film d’horreur, The Last Winter n’est pas une franche réussite. Le parti pris minimaliste de Larry Fessenden ne tient pas sur la longueur et ses personnages manquent trop de caractère pour maintenir l’intérêt au beau fixe. Dans la défroque du chef grande gueule, Ron Perlman s’ébat un peu dans le vide faute d’une adversité consistante. Finalement, le plus effrayant dans le film tient à son constat sans espoir. 15 ans après, la situation n’a guère évolué. Les sommets pour le climat s’enchaînent, les belles paroles s’égrènent et pourtant rien ne bouge. La prise de conscience doit être mondiale alors que seules des initiatives à petite échelle offrent quelques perspectives pour infléchir la tendance. A ce rythme là, le réveil douloureux de Abby risque d’être bientôt le nôtre.

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