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Police sur la ville – Don Siegel

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Madigan. 1968

Origine : États-Unis
Genre : Policier
Réalisation : Don Siegel
Avec : Richard Widmark, Henry Fonda, Inger Stevens, Harry Guardino….

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La carrière d’un flic peut parfois se jouer sur une seconde d’inattention. C’est l’amère expérience que font les inspecteurs Daniel Madigan et Rocco Bonaro par un matin comme tant d’autres. Partis pour poser des questions de routine à Barney Benesch, un malfrat bien connu de leur service, ils se retrouvent quelques minutes plus tard bloqués sur le toit de l’immeuble. Impuissants, ils regardent Barney se carapater au loin avec leurs armes de service. Une faute impardonnable que les deux inspecteurs auront à coeur de corriger, mettant par là même leur vie privée entre parenthèses.

Don Siegel fait partie de ces touche-à-tout qui parviennent à s’approprier chaque genre qu’ils abordent en leur conférant une identité propre. Qu’il officie dans le western, le film de guerre, la science-fiction ou le polar, Don Siegel s’attache avant tout à dépeindre la figure d’anti-héros se débattant dans un monde où la violence est reine et finit par pervertir le moindre havre de paix. Madigan (j’occulte volontairement le titre français) est le premier film de ce qu’on pourrait considérer comme sa trilogie sur la figure du policier et que complètent Un shérif à New York (1969) et L’Inspecteur Harry (1971).

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Madigan est un bon flic qui se donne corps et âme à son métier. Ses pairs le respectent, et c’est pourquoi lui et son collègue évitent la mise à pied généralement de mise dans pareil cas. Après ce camouflet, il n’a de cesse de remuer ciel et terre pour retrouver Barney Benesch. Il ne prend même plus la peine de dormir, ne rentrant chez lui qu’en coup de vent, au grand dam de son épouse. Totalement obnubilé par son rachat, Madigan ne lui prête plus guère attention. Il l’aime, c’est indéniable, mais il laisse trop son travail prendre le pas sur sa vie privée. Chacune de leurs entrevues se solde irrémédiablement par une dispute. Madigan a les nerfs à fleur de peau, et ce n’est pas la présence du commissaire Anthony X.Russell qui va contribuer à améliorer son état. Russell est un homme d’une droiture rare. Il se montre inflexible face aux manquements de ses hommes. Lui aussi recherche l’excellence en offrant une image sans failles à ses interlocuteurs, une image aux frontières de l’inhumanité. Russell suscite une grande admiration de la part de Madigan qui quelque part cherche à lui ressembler. Cela contribue à rendre encore plus pénible la période qu’il vit actuellement.
Ici, tout spectaculaire est écarté au profit d’une étude de caractère. Don Siegel remise poursuite en voitures et fusillades grandiloquentes au placard, s’attachant en premier lieu à la description du triste quotidien de son personnage principal. Si le thème n’est pas neuf, Madigan n’en reste pas moins intéressant, notamment grâce à l’interprétation de Richard Widmark. Plus les journées passent, plus la lassitude se substitue à son assurance de façade. Il est épuisé, autant physiquement que nerveusement. Lors d’une rencontre fortuite entre Madigan et Russell, Richard Widmark exprime à merveille toute l’anxiété de son personnage, et surtout la gêne, digne d’un écolier, qu’il éprouve en présence de l’homme qui représente tout ce qu’il aimerait être. Face à lui, Henry Fonda est comme un coq en pâte dans la défroque de l’intraitable commissaire. C’est un rôle qu’il connaît par coeur tant, de l’avis de son propre fils, il ne se déparait jamais d’une certaine rigidité dans sa vie de tous les jours.

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Dans Madigan, ce n’est pas tant l’enquête et son résultat qui importent que le cheminement du personnage principal. Un homme qui, sans s’en rendre compte, met son mariage en péril, trop obsédé qu’il est par le rétablissement de son honneur. Don Siegel signe un film sans fulgurances particulières mais solide et teinté d’un soupçon de fatalisme. Il ne fait pas bon être flic.

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