Le Retour de Chucky – Don Mancini

Cult of Chucky. 2017.

Origine : États-Unis
Genre : Poupée émancipée
Réalisation : Don Mancini
Avec : Fiona Dourif, Alex Vincent, Michael Therriault, Adam Hurtig, Jennifer Tilly, Brad Dourif.

Cela fait maintenant 4 ans que le Dr. Foley suit Nica. Le psychiatre se félicite qu’elle accepte enfin la responsabilité des crimes qu’elle imputait jusqu’alors à Chucky. En guise de récompense, il la transfère à Harrogate, un hôpital psychiatrique de moyenne sécurité. Autrement dit, cet établissement offre davantage d’intimité et de libertés aux patients et leur permet de recevoir de la visite. En guise de premier visiteur, Nica voit débarquer Tiffany Valentine, laquelle se présente en qualité de préceptrice de sa nièce Alice. Elle lui annonce abruptement la mort de l’adolescente – le chagrin l’aurait tuée – et lui lègue sa poupée Brave Gars. Complètement défaite et rongée par la culpabilité, Nica se taillade les veines la nuit venue. Elle a la désagréable surprise de se réveiller le lendemain, l’avant-bras grossièrement recousu. Au sol, écrit dans une flaque de son sang, un message attestant du retour de Chucky et de son désir de décider seul du moment où Nica mourra.

Avec sa fin à tiroirs, La Malédiction de Chucky annonçait à la fois le programme du prochain film – le retour d’Andy Barclay – et laissait en suspens quelques interrogations autour des réelles motivations de la poupée psychopathe. Autant le dire tout de go, Le Retour de Chucky (banalité affligeante du titre de la part d’un distributeur blasé) n’éclaircira rien sur ce point, bien au contraire. Don Mancini se plaît à complexifier une donnée de départ qui était considérée comme acquise pour son bon plaisir. A croire que ces presque 30 années passées confiné dans un corps de caoutchouc ont durablement grillé les neurones de Charles Lee Ray qui ne sait plus trop quoi faire de ses pulsions meurtrières. A son sujet, Don Mancini navigue à vue et ne semble plus motivé que par la possibilité de revisiter l’ensemble de la saga au gré des caméos. A ce propos, restez bien jusqu’au terme du générique de fin pour connaître l’identité de l’invité mystère. En bon chef de famille, il se plaît à réunir un large échantillon des acteurs phares de la série (moins le personnage de flic interprété par Chris Sarandon et pourtant antagoniste de Charles Lee Ray avant transformation) tout en recyclant des idées qu’il porte en lui depuis des lustres et qu’il n’avait jusqu’alors pas eu l’occasion d’exploiter. C’est désormais chose faite, puisque le clou du spectacle de ce septième opus a germé dans son esprit à l’époque de Chucky 3.

Suivant en cela l’exemple de son illustre aîné Freddy Krueger, Chucky s’est rapidement mué en amuseur public au fil de ses méfaits jusqu’à l’overdose et ce Fils de Chucky de triste mémoire. Et puis Don Mancini a mis de l’eau dans son vin. Si La Malédiction de Chucky n’a rien de mémorable, au moins prend-il soin de redonner une envergure maléfique à son personnage. Cette approche semble ici perdurer pendant un temps. Certes, Chucky ne peut s’empêcher quelques bons mots ou des gestes déplacés (il raffole du doigt d’honneur) mais cela reste dans le ton d’un personnage à l’espièglerie malveillante qui sied bien à son enveloppe physique. Malheureusement, Don Mancini retombe dans ses travers, et son personnage avec lui, à la faveur de ce coup de théâtre en gestation depuis si longtemps. Un rebondissement qu’il ne prend même pas la peine d’amener de manière satisfaisante, l’évacuant en une phrase au grotesque achevé (« Il y a quelques années, j’ai découvert un nouveau sortilège sur vaudoupourlesnuls.com »). Cela dit, il nous avait déjà fait le coup lors du réveil de Chucky dans le film de Ronny Yu, internet ayant remplacé le bouquin. Que Charles Lee Ray puisse ainsi investir de multiples corps laisse pantois. Au-delà d’ouvrir sur des perspectives spectaculaires (l’infâme pourrait alors se multiplier à l’infini et se constituer une armée de tueurs sadiques), ce tour de passe-passe trahit avant tout son artificialité. Don Mancini limite cet élément à un effet de surprise propice à l’amusement. Il a visiblement pris son pied à l’idée de cette multiplication des Chucky, laquelle lui permet des échanges chargés en second degré et en blagues potaches entre les trois avatars. Si l’idée génère un plaisir immédiat – renforcée par l’attaque en trio de ce pauvre Carlos – elle pose également question par un traitement pour le moins roublard. A l’aune d’une construction en crescendo, Chucky se révèle en homme de spectacle machiavélique. Il ménage ses effets et prend son temps pour mieux surprendre l’assistance par des choix dont lui seul peut saisir le sens. Il n’est plus soumis à cette horloge interne qui le rendait mortel à mesure que sa fenêtre de tir pour migrer dans un autre corps s’amenuisait (idée abandonnée depuis le 4e épisode). Il agit désormais comme bon lui semble, goûtant après tant d’années le plaisir inégalable de saisir dans le regard de ses victimes toute leur incrédulité quand elles réalisent qu’elles meurent de la main d’une poupée. Qu’il finisse par admettre s’être finalement accommodé de sa prison de latex apporte une dimension nouvelle à Chucky que Don Mancini s’empresse de circonscrire au seul temps du bon mot. Il nourrit d’autres desseins pour sa créature, plus tapageurs et empreints d’une continuité tardive. Cette fin aurait pu s’avérer concluante en d’autres temps, quand les intentions de Charles/Chucky coulaient de source. Là, elle apparaît sous son jour le plus mercantile, martelant l’irrépressible envie de Don Mancini d’allonger encore la saga à grands renforts d’effets d’annonce.

Heureusement, Le Retour de Chucky ne se limite pas à ça. Don Mancini se révèle plus intéressant dans sa manière d’aborder l’après Chucky chez ses victimes survivantes. A tout seigneur tout honneur, Andy en a la primeur, le récit démarrant sur un dîner romantique qui tourne court. A l’ère d’internet, il devient difficile pour Andy Barclay de cacher son sombre passé à ses conquêtes. Et invariablement, celles-ci prennent peur, surtout lorsqu’il leur révèle posséder plusieurs armes à feu chez lui. Et effectivement, il dispose d’un véritable arsenal dans sa nouvelle demeure, un chalet perdu en pleine forêt (adieu l’appartement entraperçu lors de la scène post générique du volet précédent). Andy n’est pas sorti indemne de sa rencontre avec Chucky. Séparé de sa mère, ballotté de familles d’accueil en familles d’accueil puis envoyé dans une école militaire, il a en outre toujours été considéré avec suspicion, son histoire de poupée tueuse défiant l’entendement. S’il n’a pas sombré dans la folie, il révèle néanmoins de profondes fêlures comme en atteste ce macabre trophée qu’il conserve à l’abri d’un coffre-fort, la tête de Chucky sur laquelle il déchaîne sa haine et sa frustration en la torturant. Celle-ci, balafrée comme de juste n’est autre que le Chucky que nous connaissons, le patient zéro en quelque sorte. A l’inverse, Nica n’a suscité aucune compassion en dépit de son handicap. Convaincue de meurtres, elle a fini en asile sous les bons soins du Dr. Foley qui a force de traitements lourds, a réussi à la persuader de sa culpabilité. Dans ses grandes lignes, ce septième épisode rappelle Halloween II avec son héroïne coincée dans un établissement hospitalier à la merci du tueur revanchard venu achever sa tâche. Et en guise de Dr. Loomis, Andy mais avec en sus, tare de la jeunesse, une fâcheuse tendance à arriver en retard. Les points communs s’arrêtent là, Nica demeurant très présente à l’écran. Le personnage s’enrichit considérablement par rapport à sa première apparition où seul son handicap lui servait de caractérisation. Ici, elle nous apparaît particulièrement marquée psychologiquement, guère aidée par le Dr. Foley qui profite de sa position pour assouvir ses fantasmes. Une femme affaiblie, martyrisée mais toujours combative malgré que ses cris d’alerte répétés soient toujours accueillis avec défiance et incrédulité. On lui renvoie constamment cette image de schizophrène coupable du massacre de sa famille. Dans le rôle, Fiona Dourif démontre toute l’étendue de son talent. Davantage que la poupée, dont on connaît depuis longtemps les capacités (le film se montre par ailleurs particulièrement généreux en passages gores), elle représente le principal pôle d’attraction du film, son atout humain, celui qui distingue Le Retour de Chucky du sempiternel jeu de massacre.

En dépit de rebondissements toujours plus tirés par les cheveux, Le Retour de Chucky redore quelque peu le blason de la saga. Efficace, parfois même réjouissant, il constitue un spectacle de bonne tenue à un split-screen inutile près. Néanmoins, l’entêtement de Don Mancini à prolonger vaille que vaille la saga pose question. Au moment de la sortie du film, il allait jusqu’à envisager une déclinaison en série télé sans abandonner les longs-métrages pour lesquels il verrait d’un bon œil le retour de Glen/Glenda. Une conclusion s’impose, à l’instar de Charles Lee Ray, Don Mancini demeure bel et bien prisonnier de la poupée Brave Gars.
A noter qu’entre-temps, Chucky a eu droit à son remake (Child’s Play : la poupée du mal, sorti en 2019) cas inédit alors que la saga originelle n’a toujours pas officiellement cessé.

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