Cinéma Horreur

Night of the Demons – Kevin Tenney

Ecrit par Loïc Blavier

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Night of the Demons. 1988.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Kevin Tenney
Avec : Amelia Kinkade, Linnea Quigley, Alvin Alexis, Billy Gallo…

C’est Halloween ! Pour fêter ça, rien de mieux que d’aller passer la nuit dans un crematorium de sinistre réputation sis à l’écart de la ville. Et pour se mettre dans l’ambiance, rien de mieux que de communiquer avec les esprits. Tous ces jeunes gens ne pensaient pas à mal en voulant festoyer ainsi. A vrai dire, ils ne pensaient pas du tout. C’est pourquoi ils ont oublié qu’avant d’être une fête pittoresque, Halloween est aussi le seul moment de l’année où des créatures malfaisantes peuvent faire la noce sur Terre. Du coup, les voilà infiltrés par un démon qui n’a d’autre ambition que de s’emparer d’eux jusqu’au dernier.

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Déjà usé au début de la décennie, le schéma simpliste des jeunes cons allant guincher dans leur coin n’invite pas à l’enthousiasme lorsque Night of the Demons débarque en 1988. Non seulement du fait de l’usure, mais aussi parce qu’à cette époque le comique a pris le pas sur l’horreur, diluant celle-ci jusqu’à l’effacement pur et simple, brouillant la frontière entre comédie adolescente et film d’horreur. Avec pour corollaire un certain ennui qui marquera bien des films des années 90, décennie stérile qui aboutira avant tout à la résurgence du slasher sur un mode tout public.
Oui mais cela n’empêche pas qu’il demeure toujours des exceptions, et que pour couper court au suspense, Night of the Demons est du nombre. Non pas parce qu’il renouvelle quoi que ce soit, car il n’est après tout qu’une resucée d’Evil Dead (en plus de débarquer en caméra subjective comme chez Raimi, le démon y agit de la même manière en possédant un premier bougre qui contaminera ensuite ses victimes), mais parce qu’il va droit au but sans s’égarer dans des considérations barbantes. Ce qui est tout compte fait assez rare, lorsque l’on sort des sentiers battus pour se confronter aux petits budgets qui palliaient leur absence de moyens en tournant longtemps à vide autour de personnages creux. Doté d’un budget réduit sans être famélique -environ le tiers de ce dont disposa Raimi pour Evil Dead II l’année précédente- Kevin Tenney sait exploiter parfaitement ses atouts, et se montre conscient de ce que son public recherche. C’est ainsi qu’il ne s’appesantit jamais sur ses personnages, composés de l’alliage habituel de gros plaisantins, de timorées chichiteuses, de dévergondées notoires et de braves types quelconques, condamnés à n’être que de la chair à saucisse, et qu’à ce titre il dédaigne fort logiquement… à moins qu’il ne les méprise, puisque qu’il se refuse ostensiblement à en placer un au dessus de l’autre. Il n’y a aucun personnage principal dans Night of the Demons, il n’y a que des gens qui survivent plus longtemps que les autres afin que le film n’en soit pas réduit à s’arrêter faute de combattants (encore que l’idée pourrait être sympathique…). Notons que même ceux qui parviennent au bout de l’aventure ne sont pas particulièrement appréciés du réalisateur, si l’on en juge la totale absence d’héroïsme dont ils font part ainsi qu’au dernier plan les mettant en scène, lors duquel ils apparaissent comme des sujets de moqueries pour le vieux voisin que leurs semblables avaient houspillé en partant pour Hull House. En revanche, disposant en Linnea Guigley d’une pièce de choix, Tenney n’hésite pas à la dévoiler dans des scènes dont la vulgarité égale bien celle de son personnage. Aucun raffinement : la « scream queen » de service est là uniquement pour servir de friandise visuelle, et il est inutile de biaiser. En revanche, on peut tirer de ce statut un certain humour, et c’est probablement pourquoi Quigley est vêtue d’une robe rose bonbon qui souligne la frivolité de son personnage et qui permet d’en faire un démon au look pour le moins saugrenu. L’autre protagoniste féminine d’importance est pour sa part mise en relief par son costume gothique qui, après une danse assez provocante (l’actrice est danseuse avant tout), lui permet de prendre la tête des démons.

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Kevin Kenney ne fait donc pas de détour, mais pour autant il ne se prend pas au sérieux comme pourrait le faire un jeune amateur de gore muni d’une caméra et qui voudrait choquer papa et maman. Il parvient à trouver le juste milieu entre un second degré omniprésent et un traitement de l’horreur convaincant, basé sur la juste interprétation de ce que doit être un film comme Night of the Demons. De fait, il fait simple mais concret : une première partie d’exposition, une seconde que l’on pourrait résumer en « il y a quelque chose qui cloche », et une troisième qui tourne au pandémonium. Soit une progression continue qui à aucun moment ne retombe. Si le film propose de nombreuses scènes croustillantes, ce qui aurait déjà suffi à en faire un spectacle agréable, il ne s’agit pas d’une succession de visions séparées par des creux. C’est ce qui le rend vraiment bon. A tel point que le gore peut s’y montrer léger sans que pour autant l’agressivité ne vienne à disparaître, quitte à se déguiser en angoisse permanente, voire même en frayeur pour les plus impressionnables. Ce que l’on doit d’abord à la bonne gestion du manoir et du huis-clos entretenu par la caméra : l’accent est mis sur les couloirs, sur les pièces délabrées et sur la photographie funeste (même au cœur de la fête, avant que le démon ne soit invoqué -et par conséquent nous sommes toujours dans l’exposition, ce qui est un moyen de contourner l’habituel ennui que provoque celle-ci-, le rouge annonce ce qui va suivre). Tout pour mettre en condition le spectateur et prendre au piège des personnages toujours à la merci de leur environnement, lequel abrite les démons de plus en plus inévitables au fur et à mesure que leur nombre s’accroit. Ces derniers jouent également une large part dans ce climat vaguement oppressant : inspirés autant sinon plus par L’Exorciste que par Evil Dead, les effets de maquillage sont une grande réussite, allant de pair avec la déambulation étrange de ces monstres, qui peuvent soit imiter les tourmenteurs de Bruce Campbell, soit se montrer brutaux comme un Jason Voorhees en bonne forme, en fonction du personnage possédé. Même avec quelques répliques sardoniques ici ou là, ils restent diablement menaçants, au point qu’avec de telles allures, on se demande comment les victimes pourront échapper à des fins particulièrement cruelles, ce qui n’est pourtant pas particulièrement le cas. Ou du moins, l’impression de gore provient avant toute chose des démons et des émotions de dégoût qu’ils inspirent et qui ne faiblit jamais. Tout cela nous donne une petite perle de la série B horrifique des années 80, qui donnera naissance à deux suites et, bien entendu, à un remake en 2009.

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