Cinéma Horreur

Lust for a Vampire – Jimmy Sangster

Ecrit par Loïc Blavier

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Lust for a Vampire. 1971.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Un goût Hammer
Réalisation : Jimmy Sangster
Avec : Yutte Stensgaard, Michael Johnson, Ralph Bates, Mike Raven…

Un peu de sang de vierge amené par ses deux protecteurs et le tour est joué : la vampire Carmilla Karnstein est de retour. Le moment est bien choisi puisqu’un pensionnat de jeunes filles a ouvert pas loin du château familial. Se faisant donc passer pour une élève, Carmilla -qui se fait encore appeler Mircalla pour ne pas éveiller les soupçons- peut s’atteler à la tâche l’esprit tranquille. Ou presque : les deux mâles du château n’arrêtent pas de la déranger, l’un parce qu’il a deviné son secret et qu’il veut devenir son serviteur, l’autre parce qu’il l’aime.

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Roy Ward Baker ? Occupé. Terence Fisher ? Jambe cassée. Peter Cushing ? Absent, au chevet de sa femme alitée. Christopher Lee ? Il continue de bouder. En dépit de tous ces absents, il faut donc bien trouver des solutions de repli pour la séquelle de The Vampire Lovers. Derrière la caméra ce sera Jimmy Sangster, scénariste du cru venant tout juste de se mettre à la réalisation avec Les Horreurs de Frankenstein. Et devant, place à Ralph Bates, l’étoile montante du studio, et Mike Raven, un animateur de radio dont la ressemblance avec Christopher Lee est frappante. En un sens, cet apport forcé de sang neuf peut être un atout dans la quête tous azimuts au renouvellement qui caractérisait alors la Hammer. Déjà scénariste de Vampire Lovers, le premier volet de ce qui deviendra la trilogie Karnstein, Tudor Gates est quant à lui toujours là. De quoi être optimiste pour cette première séquelle, sachant que les défauts du premier film était essentiellement d’ordre technique. Ainsi, le premier rôle, celui de Carmilla Karnstein, souffrait d’une trop grande fadeur. Le départ d’Ingrid Pitt ne semble donc pas être préjudiciable… mais son explication douche tout de suite les ardeurs : elle trouve le scénario pourri. Aïe. Et sa remplaçante n’est pas vraiment là pour rassurer : la blonde platine Yutte Stensgaard a un profil encore plus typé playmette qu’elle, ce qui n’aidera certainement pas à faire de son personnage un vampire très convaincant. Et surtout, contrairement à sa prédécesseur qui sauvait les meubles, elle joue franchement mal… Bref, elle semble toute désignée pour fournir l’atout charme d’un film d’exploitation vampirique rigolard. Ce que Lust for a Vampire refuse envers et contre tout, alors qu’il prend l’eau de tous les côtés et ce dès que l’écrivain Richard Lestrange découvre l’existence de cette école peuplée de gravures de mode en robes légères. On est loin des innocentes proies corrompues dans leur chair par Carmilla dans le précédent film (sur lequel j’ai du coup l’impression d’avoir eu un jugement un peu sévère). Ici, ce n’est même pas que les filles sont déjà corrompues : elles n’existent pour ainsi dire pas. Elles permettent quelques plans dénudés, et c’est à peu près tout. Même Carmilla s’en détourne, préférant visiblement le sang des paysannes au leur. Une seule d’entre elle à droit à un peu plus d’attention, et ce uniquement après sa mort. C’est sa disparition qui après quelques dizaines de minutes fera avancer l’intrigue et provoquera l’arrivée de son père venu débloquer un scénario coincé. Enfin son nouveau père, car l’actrice jouait déjà la fille de Peter Cushing dans le premier film. Marrant de voir que Carmilla, censée être le même personnage, est incarnée par une actrice différente tandis que les seconds couteaux sont réemployés dans de nouveaux rôles (car le flic de Lust for a Vampire est également le domestique courageux de The Vampire Lovers). Les égarements sont nombreux.

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C’est également le cas pour ce qui concerne ce Richard Lestrange, romancier spécialisé dans l’épouvante qui obtient le poste d’enseignant après avoir réussi à éloigner le professeur de littérature dont la principale qualité, selon la directrice, semble avoir été son homosexualité digne de La Cage aux folles. C’est qu’il ne faudrait pas envoyer le loup dans la bergerie. Ce qu’est tout à fait Lestrange, lui qui pour sa première visite a pu observer le célèbre cours de « danse façon Rome antique », donné par Mademoiselle Playfair sur laquelle il a tout de suite flashé. Après la résurrection de Carmilla et un bref topo sur les craintes superstitieuses des villageois, voilà donc comment Gates et Sangster ouvrent leur film. Comme une comédie sexy italienne, laissant craindre que la libido de Lestrange servira de fil conducteur au scénario. Ce qui n’est pas le cas : le dragueur patenté tournera bien vite au prétendant transis de Carmilla… Afin d’être humilié ? Non… La blonde vampire tombe elle aussi amoureuse, et de la comédie sexy nous voilà rendus brutalement dans le mélodrame d’un amour impossible encore compliqué par le fait que Mademoiselle Playfair est elle aussi amoureuse de Lestrange et qu’elle est la seule à s’inquiéter des disparitions d’élèves. Au combien minable est ce triangle amoureux dans lequel tout sonne faux, à commencer par les sentiments. Pourquoi Lestrange se mue-t-il subitement d’obsédé en romantique transi, et pourquoi Carmilla plus que Playfair ou qu’une élève ? Parce que c’est comme ça. Pas de construction logique, juste un évènement improbable que l’on doit prendre comme argent comptant. Pourquoi Playfair tombe-t-elle à son tour amoureuse un peu plus tard, déclarant sa flamme au moment le moins opportun, lorsque Lestrange vient de lui exprimer son refus de rapporter les disparitions à la police ? Pareil. Et pourquoi Carmilla, vampire de prestige, succombe-t-elle immédiatement aux amours subites d’un être aussi inepte que Lestrange ? Pareil. Sangster et Gates nous en demandent un peu trop. Non seulement le triangle amoureux est une idée malvenue, mais sa mise en œuvre est encore pire. En point d’orgue, une scène d’amour au château Karstein sur fond de chanson dégoulinante de la mélancolie d’un amour impossible. Et qui n’aurait donc pas dû être, si le scénario avait été censé.
Ce n’est pas la seule chose déplacée dans ce scénario absurde : au milieu du triangle se trouve le professeur Barton (le rôle que Cushing aurait dû occuper), dont la fixation sur Carmilla tient à sa volonté de servir le mal. Cette caricature de personnage est là avant tout pour nous rappeler que Carmilla est une vampire et que nous sommes dans un film d’épouvante. C’est pourquoi Barton est du type occultiste poussiéreux donnant des rendez-vous à la nuit tombée sur la tombe Karnstein et qu’il possède de nombreux livres sur la magie noire ainsi que des papiers qui, via un savant jeu d’anagrammes syllabiques (Mircalla = Carmilla… ce brillant raisonnement sera repris par Van Helsing dans l’impayable Dracula 73), permettront à Lestrange de deviner la nature de son élève. Barton est donc une caution gothique purement artificielle. Voilà à quoi la Hammer en est réduite : à de l’autoparodie.

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Il y aurait beaucoup de choses à dire sur la façon dont le dénouement s’avance. A coup de personnages balancés dans l’intrigue, nous sommes plongés dans les eaux du vaudeville policier, avec comme point de départ la disparition de la première élève. De là, nous assistons à l’arrivée d’un flic, à celle des tuteurs vampires de Carmilla, au père de la victime accompagné de son propre médecin. Tout ça pour qu’en fin de compte le coup de grâce revienne à un cardinal qui passait par l’auberge du village. Le triangle amoureux est bazardé, ses membres deviennent spectateurs de ce qui se trame autour d’eux, les vampires réduits au rang de vulgaires assassins… De toute évidence, ni Gates ni Sangster (dont la manie des gros plans est pour le moins agaçante) n’ont la moindre idée de ce qu’ils font. Et si l’on en juge à ses déclarations comme quoi Lust for a Vampire serait meilleur que The Vampire Lovers, Tudor Gates ne se rend pas bien compte de ce qu’il a fait : l’un des plus mauvais film Hammer. Un vrai désastre.

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