Cinéma Horreur

Shining – Stanley Kubrick

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The Shining. 1980.
Origine : Royaume-Uni / Etats-Unis
Genre : Épouvante
Réalisation : Stanley Kubrick
Avec : Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd, Scatman Crothers…

Isolé dans les montagnes rocheuses, l’hôtel Overlook ferme ses portes durant les cinq mois de l’hiver, le temps que les routes redeviennent praticables. Tout le personnel quitte l’hôtel durant ce laps de temps, et l’établissement est confié à un gardien chargé de faire marcher les chaudières et d’effectuer les éventuelles réparations nécessaires. Jack Torrance se fait engager comme gardien par le gérant de l’hôtel, il pense pouvoir profiter de ces cinq mois de solitude pour écrire son nouveau roman. Il s’installe donc avec sa femme Wendy et son fils Danny dans l’hôtel désert. Mais alors que la petite famille organise sa nouvelle vie, d’étranges événements ne tardent pas à mettre en péril l’équilibre mental de chacun de ses membres…

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A la base, Shining est un livre de Stephen King, mais il n’entretient que peu de rapports avec son adaptation au cinéma. En effet, seules les grandes lignes de l’histoire sont communes aux deux œuvres, Kubrick ayant préféré remanier l’histoire selon ses désirs. Au point que l’écrivain furieux demanda à ce qu’on retire son nom du générique. Mais ne tenons pas compte des griefs de Stephen King, car les choix du réalisateur ont été payants et son œuvre, primée au festival d’Avoriaz, est devenue un monument du cinéma d’angoisse.
Le tournage du film débute en 1978 aux studios Emi, à Elstree en Angleterre, où tous les intérieurs de l’hôtel fictif sont reconstruits. Pour les scènes en extérieurs, les prises de vues sont faites autour de l’hôtel Timberline dans l’Oregon. Le casting est composé principalement du grand Jack Nicholson dans le rôle de Jack Torrance, de la fragile Shelley Duval dans celui de son épouse et enfin de Danny Lloyd qui incarne le fils Torrance. Ceux-ci, et notamment Shelley Duval, ne se priveront pas de colporter par la suite des anecdotes de tournages qui assoieront définitivement la réputation de mégalomane perfectionniste de Kubrick. Ce dernier imposant à ses acteurs parfois jusqu’à une cinquantaine de prises de vue pour la même scène.
Enfin signalons également que Shining est l’un des premiers films à avoir massivement recours à la steadycam : un système inventé par Garret Brown en 1970 qui consiste en une caméra fixée à un système de contrepoids monté sur un bras mécanique, lui même fixé à un harnais enfilé par l’opérateur. Ce système permet des mouvements de caméra très fluides, la caméra restant droite en toute circonstance.

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En bon esthète, Stanley Kubrick met tout cet attirail technique au service d’une œuvre dont il peaufine la narration et la structure.
Shining nous entraîne donc dans une montée crescendo de l’angoisse, qui explose dans un final paroxystique. Dès le début du film, Kubrick installe une atmosphère lourde de menaces, multipliant les avertissements sur la nature des événements qui vont suivre : le gérant expliquant que l’hôtel est construit sur un ancien cimetière indien, puis relatant le sanglant fait divers dont l’hôtel fut le théâtre. Ou encore ce superbe premier plan, filmé depuis un hélicoptère, qui nous montre les personnages comme écrasés par l’immensité du décor naturel environnant, révélant ainsi leurs faiblesses face à l’environnement. Et bien sûr les insertions rapides des plans montrant les diverses manifestations des « fantômes de l’hôtel » : les deux petites filles inquiétantes, le sang se déversant de l’ascenseur… Pourtant, nonobstant ce démarrage rapide et immédiatement visuel, le film est relativement contemplatif, permettant au scénario de se mettre en place lentement et aux acteurs de travailler leur jeu de plus en plus démonstratif. Et en fin de compte, les manifestations purement visuelles sont finalement assez rares. Kubrick utilise les effets spéciaux avec une parcimonie relative, afin de conserver leur impact maximal. Il préfère faire reposer son histoire sur le dos de ses acteurs. Tous nous livrent des compositions extraordinaires. Evidemment Nicholson marque le plus. Ces images où il arpente les couloirs de l’hôtel avec son regard fou et son sourire dément ont a jamais marqué l’histoire du cinéma. Face à la puissance du jeu de Jack Nicholson, la fragilité du personnage joué par Shelley Duval n’en est que plus marquée. Elle est une femme isolée, seule et perdue face à sa famille qu’elle ne comprend plus. Le thème du sixième sens de l’enfant Torrance (ce fameux « Shining » qui donne son titre au film) est quant à lui traité de manière assez secondaire. Il sert surtout de ressort dramatique lors de la scène finale. Kubrick préfère nettement se concentrer sur la montée de la folie chez Jack Torrance et sur la décomposition de la cellule familiale plutôt que sur l’enfant seul.

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Tel un chef d’orchestre passé maître dans son art, le réalisateur agence les différents éléments du film de manière à créer ce sentiment de menace constante et surtout de distiller une ambiance de terreur insidieuse qui cloue le spectateur sur son fauteuil et l’oblige à garder les yeux ouverts. Le film recouvre des thèmes relativement variés, qui vont de la maison hantée classique (avec l’apparition des spectres qui hantent l’hôtel tels que Grady et ces deux petites filles assassinées) au thème de la perversion des personnages par l’environnement (Torrance rendu fou par l’hôtel). Shining est également un terrible huis clos, qui arrive à parfaitement rendre l’isolement et la solitude à l’écran. La structure même du film est conçue en ce sens. L’espace et le temps se rétrécissent de plus en plus : on passe des majestueux décors montagneux au hall de l’hôtel, puis à la petite chambre des Torrance et enfin aux étroits couloirs du labyrinthe. Le film se permet ainsi de jouer sur les sentiments d’agoraphobie et de claustrophobie qu’il fait naître alternativement chez le spectateur.
C’est en combinant ces éléments de manière parfaitement cohérente et maîtrisée que Kubrick arrive à faire de son film un chef d’œuvre du genre et une œuvre impérissable.

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