Cinéma Horreur

Don’t Be Afraid of the Dark – Troy Nixey

Don’t Be Afraid of the Dark. 2010.
Origine : États-Unis/Australie/Mexique
Genre : horreur tout public
Réalisation : Troy Nixey
Avec : Katie Holmes, Guy Pearce, Bailee Madison, Jack Thompson, Julia Blake.

Parce qu’elle n’est qu’une petite fille dont l’avis importe peu, Sally Hurst se retrouve à voyager seule dans un avion pour aller rejoindre son père et sa nouvelle – et jeune – fiancée. La prise de contact est glaciale tant la gamine ne souhaite pas être là et le fait savoir. Elle retrouve néanmoins un peu d’allant lorsqu’elle découvre la maison que son père vient d’acquérir. Tellement spacieuse qu’elle répond à son insatiable curiosité entre ses pièces multiples et son vaste jardin. La nuit, en revanche, ladite demeure se fait plus inquiétante, surtout lorsque des voix venues de la cave scandent son prénom.

Guillermo del Toro est un homme qui fourmille de projets et d’idées en tout genre. Après avoir mis en boîte Hellboy 2 : les légions d’or maudites, il ambitionne d’adapter Bilbo le Hobbit sur grand écran. Une conjonction d’éléments contraires allant de la grève des scénaristes début 2008 en passant par les problèmes financiers rencontrés par la MGM l’amèneront à jeter l’éponge au profit de Peter Jackson au cours de l’année 2010. Heureusement, pour se changer les idées, il peut compter sur son rôle de producteur. En parallèle à son travail d’adaptation, il avait lancé l’idée d’un remake des Créatures de l’ombre, un téléfilm de John Newland diffusé sur les télévisions américaines en 1973. Il s’y investit au point d’en cosigner le traitement en compagnie de Matthew Robbins avec lequel il avait déjà collaboré sur Mimic. Les deux hommes procèdent à quelques aménagements par rapport au film original, notamment en focalisant l’intrigue sur une petite fille et non plus l’héritière de la maison, assurant ainsi la filiation avec deux œuvres phares de Guillermo del Toro, L’Échine du diable et Le Labyrinthe de Pan. Dans ce cadre étriqué et fortement marqué par la personnalité du producteur, il revient au novice Troy Nixey – dessinateur de comics de son état et qui n’a plus œuvré dans le cinéma depuis – d’essayer de tirer son épingle du jeu.

Contrairement à ce que pourrait laisser penser son architecture victorienne et néo-gothique, la maison acquise par Alex Hurst et Kim n’est pas ce qu’on peut appeler une maison hantée mais plutôt une maison « habitée » par des formes de vie inconnues. Une révélation qui intervient dès le prologue au cours d’une scène choc qui ne semble devoir son existence qu’à une projection test aux retours négatifs. Cette plongée dans cette fin de XIXe siècle où la demeure était encore en possession de son illustre occupant, le peintre Emerson Blackwood, évente une partie de son mystère et nous donne un temps d’avance sur les protagonistes. L’entame du film se mue donc en vitrine de l’excellent travail de l’équipe artistique. A grand renfort d’amples mouvements de caméra, on parcourt les magnifiques décors qui constituent la propriété, ne perdant pas une miette du moindre détail de ses luxueux intérieurs et de ses vastes extérieurs. Sally nous sert de guide jusqu’au clou de la visite, cette cave surmontée d’une coupole en verre et dont l’entrée a été savamment murée, lieu majestueux et poussiéreux où le monstre de Frankenstein aurait pu prendre vie, rappelant les grandes heures du studio Universal. A l’instar des réalisations de Guillermo del Toro, Don’t Be Afraid of the Dark exhale un doux parfum fétichiste dont Troy Nixey demeure prisonnier. Visuellement splendide, le film n’est que ça, la faute à un scénario paresseux qui de manière inexplicable se refuse à approfondir les quelques pistes amorcées.
Toute l’intrigue tourne autour de Sally, une enfant en délicatesse avec son nouveau statut de fille de divorcés. A la séparation de ses parents s’ajoute le lâche abandon de sa mère, laquelle prétexte l’envoyer chez son père seulement pour la durée des vacances alors qu’elle s’en débarrasse purement et simplement, laissant le soin à celui-ci de lui expliquer de quoi il retourne. En outre, elle s’astreint à une médication régulière, ce qui n’augure rien de bon pour une gamine de son âge. Dans ce contexte, elle vit très mal son intrusion dans la nouvelle existence de son père, ne cherchant ni à retrouver une complicité avec lui ni à nouer des liens avec Kim, sa petite amie. Elle s’enferme dans une attitude butée et geignarde, espérant ainsi que son père la renvoie chez elle. Tout concourt à la fragiliser et à l’isoler, à commencer par les facéties des homoncules, ces petits êtres teigneux et sensibles à la lumière qu’elle a bêtement – et inexplicablement – libéré des entrailles de la maison. Comme s’ils agissaient guidés par sa colère, ils s’acharnent sur une robe de Kim, la lacérant à grands coups de rasoir. Un acte qui a tôt fait de jeter un voile de suspicion sur la gamine, au point que le père fasse appel à un psychiatre pour savoir ce qui ne tourne pas rond chez elle. Du point de vue des adultes, elle inventerait ces histoires de petites bestioles dans le seul but d’attirer l’attention sur elle. Pleinement exploitée, cette piste aurait pu conférer une toute autre dimension à la séquence de la réception lors de laquelle Sally subit l’assaut des homoncules. Munie du polaroid prêté par Kim comme seul moyen de se défendre, elle multiplie les photos sur ses assaillants, les repoussant momentanément à grands coups de flash. Autant de preuves de leur existence sur lesquelles personne ne s’appesantit à l’exception d’un cliché, montrant seulement le visage terrifié de l’enfant. En l’état, cette scène n’a d’autre vocation qu’assurer un moment de tension sans apporter quoique ce soit à la dramaturgie du récit. A ce moment-là, si Alex est toujours aussi perdu, davantage préoccupé par la revente de la maison pour rentrer dans ses frais que par l’état de santé de sa fille, Kim a quant à elle depuis longtemps pris fait et cause pour Sally, ayant mené sa propre enquête sur la maison et son ancien occupant. Car en vérité, le cheminement de Kim vers l’acceptation de son instinct maternel apparaît comme l’élément central du récit, celui qui nous prépare à la dramatique de sa conclusion.

Comme en atteste le livret consacré à l’art de Don’t Be Afraid of the Dark qui accompagne l’édition prestige du dvd, beaucoup d’attention a été accordé aux décors du film et surtout aux homoncules. Sans doute trop au regard du résultat final, un film à l’esthétique parfaite mais au propos simpliste. Le souci du détail qui a accompagné la conception des homoncules se heurte à la désinvolture de leur traitement. Capables de terrasser un homme massif et qui plus est au fait de leur existence, ils se montrent en revanche incapable ne serait-ce que de blesser une gamine apeurée et enfermée dans la salle de bain. Au fond, ils apparaissent bien inoffensifs car très casaniers. Il ne suffit pas de convoquer l’esprit de l’écrivain Arthur Machen pour leur conférer une dimension mythologique, quand bien même les scénaristes tentent d’entremêler l’existence des homoncules et la légende de la petite souris. Guillermo del Toro et Matthew Robbins accouchent d’un film d’horreur inoffensif, par trop prévisible et qui de surcroît nous prive d’une plongée dans l’antre des créatures. Frustrant.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.