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Devenir un vrai mâle – Amazing Ameziane – Shoop – Trouba

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Devenir un vrai mâle
2011
Origine : France
Genre: Humour, action
Auteurs : Amazing Ameziane, Shoop et Trouba
Editeur : Huginn et Muninn

En janvier 1986, la presse cinématographique s’enrichissait d’un titre supplémentaire, le bimestriel Impact, émanation de Mad Movies, sa devancière plus spécialisée dans le fantastique. La couverture d’alors –Sylvester Stallone en guise d’illustration d’une rétrospective consacrée à la saga Rocky – valait note d’intention: ce nouveau magazine ferait ses gorges chaudes du cinéma d’action et de ses principales figures de proue (Stallone donc, mais aussi Arnold Schwarzenegger, Jean-Claude Van Damme, Steven Seagal, Chuck Norris, et beaucoup d’autres). Et ce fut effectivement le cas durant les 15 années de son existence, lors desquelles la revue aura toujours su garder une place pour ses « action stars » préférées, et ce malgré leur déclin fort logique au sein d’une industrie en constante mutation, et prompte à moquer ce qui lui a valu tant de succès.

A sa manière, Devenir un vrai mâle renoue avec les grandes heures de la revue, dont elle pourrait en être la déclinaison sur un mode amusé et gentiment moqueur. Toutes les stars « made in eighties » sont là, accompagnées de quelques figures incontournables de la décennie (Snake Plissken, Robocop, Indiana Jones) et d’une poignée d’icônes increvables des décennies précédentes parmi lesquelles on reconnaît James Bond sous les traits de Sean Connery et l’inspecteur Harry Callahan. Le casting est prestigieux, malheureusement celui-ci n’a pas été convoqué au service d’une fiction qui se serait fait forte de réunir de façon ludique tous ces grands noms, dans la lignée des Expendables de Stallone. Tout au plus avons-nous droit à une historiette –guère fameuse– de deux pages relatant l’élimination d’Oussama Ben Laden par Chuck Norris. Ce dernier sert d’ailleurs de fil rouge à l’ouvrage. Outre la primeur de la couverture qui reprend le visuel d’Invasion USA, l’un des fleurons de sa filmographie bassement patriotique, il bénéficie d’un topo sur sa jeunesse, d’un autre sur l’édification de sa légende, et de quelques affiches fantasmées, l’une autour d’un film qui ne verra jamais le jour, et l’autre autour de la campagne de Sarah Palin pour les présidentielles américaines de 2012. Symbole d’un machisme désuet et aux idées étriquées, le coquet acteur incarne la parfaite mascotte d’un ouvrage qui ne se prive par ailleurs pas de lui tailler quelques costards à sa mesure.

Davantage qu’une bande dessinée, Devenir un vrai mâle se veut le guide incontournable du machisme à la sauce action star. Ainsi, grâce aux savants conseils d’Arnold Schwarzenegger, nous saurons désormais comment nous faire remarquer à coup sûr en société. Quant à Steven Seagal, après nous avoir détaillé par le menu ses meilleures techniques de cassage de joyeuses, il nous gratifiera de quelques-unes de ses astuces pour éviter les pièges de la vie. A ces conseils de « professionnels » s’ajoutent quizz, fiches métiers, recommandations vestimentaires et autres catalogues des objets indispensables pour être un mec. A la longue, cette accumulation en devient rébarbative. Ce qui aurait pu s’avérer amusant de manière quotidienne, voire plus sûrement hebdomadaire, posté sur un blog (ce qui fut peut-être le cas de certains « gags », d’ailleurs) devient franchement lourd et désagréable en format bande dessinée. Vite éventé, le concept ne fournit plus assez de surprises pour motiver la poursuite de la lecture. Quant au dessin, il se borne à un rôle purement illustratif, caricaturant avec plus ou moins de bonheur chacune des « action stars ».

Devenir un vrai mâle s’apparente à un délire entre potes autour d’une cinéphilie très ciblée, qui joue des clichés du genre tout en s’en abreuvant goulûment. L’ouvrage lui-même se présente comme un objet hybride entre la bande dessinée et le dvd, la quatrième de couverture reprenant certains éléments du visuel des jaquettes, et dont les bonus sont à découvrir sur le blog du trio. D’un intérêt relatif, cet album ne saurait susciter davantage de passion qu’un bref survol d’un contenu finalement assez pauvre et surtout peu drôle.

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