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Histoires fantastiques 2-13 : L’Autostoppeuse – Ken Kwapis

Amazing Stories. Saison 2, épisode 13

Lane Change. 1987.

Origine : États-Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : Ken Kwapis
Avec : Kathy Baker, Priscilla Pointer, Cletus Toung, Misty Forrest.

Par une nuit d’orage, Charlene Benton, dite « Charlie » (Kathy Baker), parcourt les routes de l’Illinois en direction de Springfield. En chemin, elle aperçoit sur le bas-côté une naufragée de la route (Priscilla Pointer) qui l’enjoint à s’arrêter. Faisant fi de toute psychose inhérente à ce genre de situation – Hitcher était sorti 1 an auparavant, quand même ! -, elle n’écoute que son bon coeur et prend l’autostoppeuse à son bord. Celle-ci, plutôt que se présenter, se met à questionner sa bienfaitrice, d’abord de manière évasive puis de manière plus précise sur sa vie personnelle. A cela s’ajoute les curieuses visions de Charlene qui la renvoient à son passé. Tout cela entremêlé fait de ce trajet un moment émotionnellement intense pour Charlene qui n’en demandait pas tant.

Pour ce treizième épisode de la deuxième saison, Histoires fantastiques réunit une fois de plus des gens rompus au petit écran. La réalisation échoit à Ken Kwapis, qui avait démarré dans le métier en réalisant des épisodes des anthologies pour adolescents CBS Afternoon Playhouse et ABC Afterschool Specials. Il venait aussi de s’essayer au cinéma avec le drame The Beniker gang en 1984 puis la comédie Suivez cet oiseau en 1985. Le scénario est quant à lui l’oeuvre de Ali Marie Matheson, fille de Richard Matheson, qui a elle-même beaucoup écrit pour la télévision, comptant à son tableau de chasse les séries Fame, Les Jetsons, Clair de lune, Quoi de neuf, docteur ? (la série qui a révélé Leonardo Di Caprio) et même le dessin-animé MASK. Rien qui ne la prédisposait au fantastique, si ce n’est par son ascendance. Côté actrices, Priscilla Pointer présente un CV similaire avec énormément de séries télévisées à son compteur (parmi les plus connues : Kojak, Cannon, Dallas, L’Agence tous risques) mais aussi quelques films dont certains emblématiques : Carrie au bal du diable, dans lequel sa fille Amy Irving joue également, A la recherche de Mr Goodbar et Blue Velvet. A l’inverse, Kathy Baker démarre tout juste sa carrière, vue uniquement dans L’Étoffe des héros et La Nuit du crime. Rien de clinquant donc, mais du solide pour cet épisode qui joue la carte du quasi huis-clos en mode road movie sous un climat propice au dérapage horrifique.

Autant l’annoncer tout de suite, et d’ailleurs cela n’étonnera guère les suiveurs de la série, l’horreur ne sera pas au rendez-vous si ce n’est le temps d’une vision aussi traumatique que fugace. L’Autostoppeuse, le titre français, pour logique qu’il soit s’avère en réalité trompeur. La vieille dame en carafe n’a nulle part où aller et se sert de ce prétexte uniquement pour influer sur la vie même de Charlie. En ce sens, le titre original Change Lane – « changer de voie » – est plus parlant. Il évoque un champ des possibles, l’éventualité de tout pouvoir reprendre à zéro, ou tout simplement de ne pas se laisser distraire et d’aller là où on avait prévu d’aller. Au départ, Charlie paraît sûre d’elle et de son choix : laisser derrière elle une vie conjugale décevante et à laquelle elle a mis un terme. Seulement ça, c’est dans les actes. Dans les faits, elle est encore mariée – son alliance est là pour le lui rappeler – et elle n’a pas vraiment résolu ses tourments intérieurs. Et c’est justement à un voyage à travers eux qu’elle se voit conviée contre son gré. A partir du moment où elle prend à son bord la vieille dame, chacune des voitures qui vont les dépasser agit comme la résurgence d’un souvenir. Le récit file alors la métaphore. Le passé de Charlie envahit le rétroviseur pour ensuite naviguer à ses côtés puis disparaître brutalement une fois qu’il a basculé devant elle. Le message est clair, Charlie n’en a pas encore fini avec son passé. Cependant, son avenir n’est pas encore totalement écrit pour autant. Elle se trouve dans un entre-deux, ou pour rester dans la même logique, à une intersection. Le propos de Ali Marie Matheson va à l’encontre des idées reçues qui ont tendance à toujours inciter à aller de l’avant. Elle privilégie davantage le temps de la réflexion, encouragé par l’élément fantastique du récit, quitte pour cela à se dédire et devoir rebrousser chemin. Sous ses atours de femme sûre d’elle, Charlie nage en plein doute. La déception liée à des réminiscences de l’éducation paternelle l’amène à adopter la méthode Coué. Une manière de rester maîtresse de ses choix en toute circonstance, dans le privé comme dans le professionnel.

Reposant sur un fantastique qui joue des paradoxes temporels sur un mode minimaliste, L’Autostoppeuse séduit par cette idée toute simple de voir une femme littéralement rattrapée par son passé. En filigrane se lit néanmoins une défense du sacro-saint mariage qu’il convient de ne pas rompre sous peine de… mourir. Un avis quelque peu tranché et radical qui se retrouve noyé dans l’habillage classique de la série, à savoir un fantastique bon enfant dans le sens où il apporte souvent quelque chose de positif aux personnages.

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